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Pièces et Main d’œuvre, Mémento Malville, 2005

18 novembre 2014 Laisser un commentaire

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Une histoire des années 70

C’est du Comité Malville et du rassemblement contre Superphénix, le 31 juillet 1977, que date la notoriété de l’écologisme grenoblois. Le Comité Malville de Grenoble est le noyau moteur de la mobilisation contre la raison d’Etat, qui lance 60 000 manifestants contre 5 000 gendarmes, sous un déluge de pluie et 2 500 grenades à effet de souffle. Un mort, Vital Michalon. Deux mutilés, Michel Grandjean et Manfred Schultz. Une centaine de blessés. Pertes minimes par rapport aux tueries des manifestations italiennes de l’époque, ou à celles des manifestations parisiennes, quinze ans plus tôt, durant la guerre d’Algérie. Par rapport à l’enjeu du « Plan Messmer » (1975), la nucléarisation du sol français, l’édification à marche forcée d’une machine infernale susceptible de dévaster le Sillon Alpin (Lyon, Grenoble, Genève), et pourvue d’un appareil sécuritaire à sa démesure. Par rapport au dispositif de répression et au personnage qui le dirige : René Jannin, préfet de police d’Alger entre 1961 et 1962.

« Il fallait s’y attendre, d’abord – c’est une évidence – parce que le gouvernement mise énormément sur la politique nucléaire. Ensuite parce qu’il avait annoncé qu’il n’était pas question d’approcher du site. 5 500 hectares ont été interdits à toute circulation et l’on se serait cru dans cette zone, dans un pays en guerre. A l’intérieur même de la centrale, les forces de l’ordre étaient armées de pistolets mitrailleurs. C’est le prix qu’attache le gouvernement à toute manifestation d’hostilité à sa politique énergétique. »

Pierre Blanchet et Claire Brière. Anciens dirigeants maos grenoblois, envoyés spéciaux de Libération, le 1er août 1977.

Mais l’importance de cette journée va bien au-delà de l’exposition d’un courant politique local. Le rassemblement de Malville constitue une apogée et une liquidation. D’autres manifestations avaient rassemblé plus de monde dans les années 1970. Certaines, notamment des manifestations anti-fascistes, avaient été beaucoup plus offensives et quasi-militaires, quoique assez pauvres de contenu politique. Mais jamais avant, et jamais depuis, la contestation ne fut à la fois plus massive et plus radicale. Ce que combattaient les comités Malville au delà de « l’électro-fascisme », dans la confusion et les contradictions des courants qui s’y croisèrent (gauchistes, pacifistes, écolos, etc.), c’était moins « le risque majeur » (cela viendra avec la régression juridico-technicienne postérieure au rassemblement), que ce qu’on nommerait aujourd’hui : nécrotechnologie, système technicien (Ellul), techno-totalitarisme. Lire la suite…