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Posts Tagged ‘transhumanisme’

Céline Lafontaine, La condition postmortelle, 2008

13 novembre 2017 Laisser un commentaire

Du déni de la mort
à la quête d’une vie sans fin

Résumé

Qu’en est-il d’une société engagée dans une lutte pour en finir avec la mort, à tel point que chaque décès prend les allures d’une défaite scientifique ? Où le vieillissement est considéré comme une maladie ? Où la volonté de prolonger la vie ici-bas se substitue au désir d’immortalité dans l’au-delà ?

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Limite infranchissable fondant l’ordre symbolique, la mort est un « phénomène social total » 1. Premier principe universel, elle pose l’identité de l’humanité à travers toutes les croyances, tous les mythes et toutes les pratiques. Ainsi, en définissant l’homme comme mortel, les Anciens instituaient l’universalité emblématique de la condition humaine : tous les hommes sont mortels 2. La conscience de la mort et les réponses socialement élaborées pour contenir l’inévitable angoisse qu’elle soulève ponctuent le rapport de l’individu à la société. L’anthropologie de la mort nous enseigne, en ce sens, que le statut de la subjectivité est étroitement lié à celui de la mortalité 3. Face à l’inéluctabilité de la fin, l’individu trouve refuge dans la forteresse idéelle de l’immortalité que chaque société dresse afin d’assurer sa continuité. L’histoire des sociétés humaines peut ainsi se lire comme l’ensemble des récits visant à donner vie au rêve d’immortalité. Des mythologies primitives aux grandes religions historiques, de l’immortalité de l’âme à la postérité immémoriale des héros, de la résurrection au Nirvana, le désir d’éternité marque la frontière entre l’ici-bas et l’au-delà. Il trace l’horizon du sens que l’on donne collectivement à l’existence humaine. Il assure la pérennité de l’ordre social à travers le passage des générations. Bref, il est au fondement même de la civilisation. Lire la suite…

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Nicolas le Dévédec, Le meilleur des mondes transhumanistes, 2014

23 décembre 2016 Laisser un commentaire

Introduction au dossier Critique du Transhumanisme

« La révolution véritablement révolutionnaire se réalisera non pas dans la société, mais dans l’âme et la chair des êtres humains. »

Aldous Huxley

Jamais ces mots de l’écrivain Aldous Huxley, l’auteur de la célèbre dystopie Le meilleur des mondes (1932), n’ont-ils paru autant prémonitoires. Chirurgie esthétique, dopage sportif, contrôle de la procréation, augmentation des capacités cognitives ou lutte contre le vieillissement sont autant de manifestations actuelles d’une aspiration forte à améliorer l’être humain et la vie en elle-même par le biais des avancées technoscientifiques et biomédicales.

Depuis plusieurs années, la question de l’amélioration des performances humaines trouve dans le mouvement du transhumanisme son principal et radical promoteur. Courant culturel issu de la Silicon Valley, le transhumanisme considère « l’augmentation » biotechnologique de l’être humain comme un impératif éthique et politique. Se rendre plus beau, plus fort, plus intelligent, plus heureux et vivre presque éternellement grâce aux technosciences sont ses objectifs principaux. Par la cryogénie, la fusion de l’humain et de la machine, le recours à un eugénisme libéral ou encore l’usage de la pharmacologie et des nanotechnologies, les transhumanistes ambitionnent rien de moins que de dépasser entièrement la condition humaine pour accéder à un nouveau stade de l’évolution : la posthumanité. « L’humanité est une étape provisoire sur le sentier de l’évolution. Nous ne sommes pas le zénith du développement de la nature » 1, proclame ainsi le philosophe Max More, l’un des chefs de file du mouvement. Lire la suite…

T. Dubarry & J. Hornung, Qui sont les transhumanistes ?, 2008

13 décembre 2016 Laisser un commentaire

Cet article fait partie du dossier Critique du transhumanisme

Résumé

Nous avons ici tenté de décrypter la nature, la structure et les modalités d’actions d’une minorité active contemporaine au sein des pays développés. Les individus qui composent le mouvement transhumaniste reflètent admirablement bien, à des degrés divers et variés, la situation conflictuelle qui est celle de l’espèce humaine en ce début de 3ème millénaire confrontée à l’importance croissante prise par les sciences, les techniques et la technologie dans nos vies quotidiennes. Discutant de l’avenir de l’humanité, les transhumanistes questionnent des problématiques essentielles qui mettent progressivement en valeur une nouvelle identité idéale posthumaine où la technique, mise au service de l’humain, restaure la légitimité sociale et cosmologique de celui-ci. Lire la suite…

Nicolas Le Dévédec, Retour vers le futur transhumaniste, 2015

12 décembre 2016 Laisser un commentaire

Cet article fait partie du dossier Critique du transhumanisme

« Nous voulons devenir l’origine du futur, changer la vie au sens propre et non plus au sens figuré, créer des espèces nouvelles, adopter des clones humains, sélectionner nos gamètes, sculpter nos corps et nos esprits, apprivoiser nos gènes, dévorer des festins transgéniques, faire don de nos cellules-souches, voir les infrarouges, écouter les ultrasons, sentir les phéromones, cultiver nos gènes, remplacer nos neurones, faire l’amour dans l’espace, débattre avec des robots, pratiquer des clonages divers à l’infini, ajouter de nouveaux sens, vivre vingt ans ou deux siècles, habiter la Lune, tutoyer les galaxies. »

Ray Kurzweil

L’aspiration à « améliorer » l’être humain et ses performances aussi bien physiques, intellectuelles qu’émotionnelles par des innovations technoscientifiques et biomédicales s’affirme chaque jour de manière plus évidente. Dopage sportif, médecine anti-âge, chirurgie esthétique ou encore contrôle des naissances en sont quelques-unes des manifestations les plus visibles. Ces exemples ne sont, pour le mouvement transhumaniste, que le prélude d’une révolution plus importante à venir, qui verra l’être humain accéder à un stade supérieur de son évolution grâce aux technosciences 1. Lire la suite…

TomJo, Écologisme et transhumanisme, 2016

21 novembre 2016 Laisser un commentaire

Cet article fait partie du dossier Critique du transhumanisme

Ecologistes, végans et sympathisants de gauche prolifèrent au sein du mouvement transhumaniste. Après Le Monde, Le Nouvel Obs et Politis, Primevère, le plus grand salon écologiste français, invitait en 2016 un de ses représentants à s’exprimer. Didier Cœurnelle, vice-président de l’Association française transhumaniste, est élu Vert en Belgique. Il aurait eu les mots pour séduire les visiteurs de Primevère, avec une « vie en bonne santé beaucoup plus longue, solidaire, pacifique, heureuse et respectueuse de l’environnement, non pas malgré, mais grâce aux applications de la science » 1. Il aura fallu les protestations d’opposants aux nécrotechnologies pour que le salon annule son invitation 2. Les transhumanistes ne luttent pas contre les nuisances. Technophiles et « résilients », ils comptent sur l’ingénierie génétique, la chimie et les nanotechnologies pour adapter la nature humaine et animale à un milieu saccagé.

Faut-il un État mondial inter-espèces pour lutter contre les dominations entre humains et animaux ? Voire entre animaux, avec des prédateurs devenus herbivores après modification génétique ?

Même si leurs idées prêtent à rire, les transhumanistes ne sont pas des ahuris victimes d’une indigestion de mauvaise science-fiction. Ils sont écologistes et végans (c’est-à-dire refusant de consommer les produits issus des animaux), certes. Parfois même bouddhistes. Mais aussi philosophes, généticiens, informaticiens, sociologues ou start-uppers rétribués par Harvard, Oxford, la London school of economics ou Google. La plupart d’entre eux veulent le bien de la planète et de ses habitants, lutter contre les oppressions, tout en augmentant notre espérance de vie jusqu’à « la mort de la mort ». Lire la suite…

Julian Huxley, Le Transhumanisme, 1957

21 janvier 2015 Laisser un commentaire

Cet article fait partie du dossier Critique du transhumanisme

Sir Julian Sorell Huxley, (1887-1975) est un biologiste britannique, socialiste et progressiste, connu pour ses ouvrages de vulgarisation sur la biologie et l’évolution. Son grand-père, Thomas Henry Huxley (1825-1895) était un biologiste connu pour être un collègue et partisan de Charles Darwin (1809-1882).

L’écrivain Aldous Leonard Huxley (1894-1963) est son frère, et si ce dernier est l’auteur de l’ouvrage de science-fiction Le Meilleur des mondes (Brave New World, 1932), ce n’est certainement pas un hasard, puisque Julian Huxley était un partisan de l’eugénisme comme moyen d’amélioration de la population humaine :

« Une fois pleinement saisies les conséquences qu’impliquent la biologie évolutionnelle, l’eugénique deviendra inévitablement une partie intégrante de la religion de l’avenir, ou du complexe de sentiments, quel qu’il soit, qui pourra, dans l’avenir, prendre la place de la religion organisée. »

J. Huxley, L’homme, cet être unique, 1941 ; trad. fr. éd. Oreste Zeluck, 1948, p. 47.

En 1939, il sera un des biologistes à l’origine du Manifeste des généticiens qui prône un eugénisme « de gauche », où l’amélioration des conditions sociales est présentée comme la condition de la réussite et de l’efficacité d’une politique eugéniste. Lire la suite…

Julian Huxley, « Transhumanism », 1957

21 janvier 2015 Laisser un commentaire

As a result of a thousand million years of evolution, the universe is becoming conscious of itself, able to understand something of its past history and its possible future. This cosmic self-awareness is being realized in one tiny fragment of the universe —in a few of us human beings. Perhaps it has been realized elsewhere too, through the evolution of conscious living creatures on the planets of other stars. But on this our planet, it has never happened before.

Evolution on this planet is a history of the realization of ever new possibilities by the stuff of which earth (and the rest of the universe) is made —life; strength, speed and awareness the flight of birds and the social polities of bees and ants; the emergence of mind, long before man was ever dreamt of, with the production of colour, beauty, communication, maternal care, and the beginnings of intelligence and insight. And finally, during the last few ticks of the cosmic clock, something wholly new and revolutionary, human beings with their capacities for conceptual thought and language, for self-conscious awareness and purpose, for accumulating and pooling conscious experience. For do not let us forget that the human species is as radically different from any of the microscopic single-celled animals that lived a thousand million years ago as they were from a fragment of stone or metal.

The new understanding of the universe has come about through the new knowledge amassed in the last hundred years—by psychologists, biologists, and other scientists, by archaeologists, anthropologists, and historians. It has defined man’s responsibility and destiny—to be an agent for the rest of the world in the job of realizing its inherent potentialities as fully as possible. Lire la suite…

Le “manifeste des généticiens”, 1939

19 janvier 2015 Laisser un commentaire

Nous publions, à titre de document historique, la traduction de ce qui a été appelé à l’époque le Manifeste des généticiens, produit du septième Congrès International de Génétique qui s’est clôturé à Edinburgh trois jours avant la déclaration de la Seconde Guerre Mondiale. Les personnalités à l’origine de ce texte, notamment J. Huxley, J. B. S. Haldane et H. Müller, sont toutes progressistes.

Julian Sorell Huxley (1887-1975) est socialiste, promoteur de l’eugénisme, un des créateurs de l’UNESCO et l’inventeur du terme transhumanisme en 1957.

John Burdon Sanderson Haldane (1892-1964) est socialiste, inventeur du concept d’ectogenèse (reproduction humaine en dehors de l’utérus féminin). En 1938, il publie un livre (Hérédité et politique, trad. fr. éd. PUF, 1948) qui démontre l’inanité d’un programme eugéniste dans les conditions politiques et sociales de l’époque.

Hermann Joseph Müller (1890-1967) est communiste, juif d’origine allemande. En 1933, lorsque Hitler arriva au pouvoir, il part en URSS et propose à Staline un programme d’eugénisme positif, mais se heurte à l’influence grandissante de Trofim Lyssenko qui s’oppose à la génétique occidentale. En 1935, il publie un livre (Hors de la nuit, vues d’un biologiste sur l’avenir, trad. fr. éd. Gallimard, 1938) qui se fait le promoteur de l’ectogenèse, propose de constituer des réserves de sperme de grands hommes, d’utiliser des animaux comme « mères porteuses » pour les enfants, etc. Il se réfugie en Angleterre en 1938.

Aldous Leonard Huxley (1894-1963), le frère de Julian Huxley, est l’auteur du roman de science-fiction Le Meilleur des mondes, publié en 1932…

Toute ressemblance avec ce qui se passe aujourd’hui autour de la procréation médicalement assistée (PMA) ou de la gestation pour autrui (GPA) est purement fortuite…

Andréas Sniadecki


 Biologie sociale et amélioration de la population

En réponse à une requête du Service Scientifique de Washington, D.C., adressant la question « Comment la population mondiale peut le plus efficacement être améliorée génétiquement ? » à un grand nombre de travailleurs scientifiques, la déclaration ci-dessous a été préparée et signée par ceux dont le nom apparaît à la fin.

Cette question « Comment la population mondiale peut le plus efficacement être améliorée génétiquement ? » soulève des problèmes bien plus larges que ceux qui sont purement biologiques, des problèmes que le biologiste rencontre inévitablement dès lors qu’il tente de mettre en pratique les principes de son propre champ de spécialité. Car l’amélioration génétique effective de l’humanité dépend de changements majeurs dans les conditions sociales, et de changements corrélatifs dans les attitudes humaines. Lire la suite…

The « Geneticists Manifesto », 1939

19 janvier 2015 Laisser un commentaire

Social Biology and Population Improvement

The Seventh International Congress of Genetics adjourned at Edinburgh only three days before World War II got under way. It is interesting to recall that just before the shooting started a group of geneticists at that Congress-informally formulated what we might call an Edinburgh Charter of the genetic rights of man. Now that we are setting forth on a sea of words toward the New Horizon and the Four Freedoms it may not be amiss to recall this statement of fundamentals, drawn up and subscribed to at a very solemn time, by some of the leaders of genetic thought.

The question “how could the world’s population be improved most effectively genetically” raises far broader problems than the purely biological ones, problems which the biologist unavoidably encounters as soon as he tries to get the principles of his own special field put into practice. For the effective genetic improvement of mankind is dependent upon major changes in social conditions, and correlative changes in human attitudes. Lire la suite…

Jean-Claude Guillebaud, La pudibonderie scientiste, 2011

7 janvier 2015 Laisser un commentaire

Nous publions ce texte de Jean-Claude Guillebaud non pas pour appeler avec lui l’Église à se rappeler « de l’incarnation et de l’acceptation joyeuse du corps », mais bien au contraire pour inviter nos lecteur.e.s à ne pas laisser a cette institution surannée ce monopole du corps à l’heure de la procréation médicalement assistée (PMA) et autres délires de désincarnation technoscientistes, complaisamment relayés et promus par certain.e.s féministes, homosexuels, LGBT, etc. – pas tou.te.s, fort heureusement – qui ont en horreur les limites que leur impose leur propre corps et veulent le contraindre à se plier à leurs caprices et à leurs fantasmes (et sont prêts pour cela à se « faire violence », au sens ancien de l’expression).

Nous ne doutons pas qu’ainsi nous allons nous attirer les foudres des escudérophobes. Mais nous dénoncerons les fanatiques de l’aliénation sous quelque déguisement qu’ils se présentent, surtout si en prétendant œuvrer pour l’émancipation, ils ne font en fait que promouvoir la délivrance – au sens religieux de ce terme – à l’aide de la technoscience, ce nouveau culte, laïque et obligatoire, de l’État.

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 Au cœur de la mutation anthropologique, technologique et historique, d’insidieuses logiques sont à l’œuvre, notamment dans la cyberculture. Elles vont dans le sens d’une dématérialisation de notre rapport au monde. Le corps est ainsi présenté comme une vieillerie encombrante. C’est bien une nouvelle pudibonderie scientiste qui s’élabore. Entretien avec Jean-Claude Guillebaud.

Tout se passe aujourd’hui comme si le réel, la matière, la chair du monde (et la chair elle-même) nous filaient entre les doigts. Les éloges convenus du corps, de la santé et du plaisir sont autant de leurres. Ils dissimulent une tendance inverse. Au cœur de la mutation anthropologique, technologique et historique, d’insidieuses logiques sont à l’œuvre. Notamment dans ce qu’on appelle la cyberculture. Elles vont toutes dans le même sens : celui d’une dématérialisation progressive de notre rapport au monde. Le réel est congédié au profit de l’immatériel ; l’épaisseur de la matière devient source de crainte ; la chair elle-même est tenue en suspicion. Un peu partout, le corps est ainsi présenté comme une vieillerie encombrante, symbole de finitude, de fragilité et de mort. A mots couverts, c’est bien une nouvelle pudibonderie scientiste qui s’élabore. Elle renoue très curieusement avec le rigorisme de la Gnose des premiers siècles que les Pères de l’Église avaient combattu. Cette néo-pudibonderie scientiste ajoute ainsi ses effets à la rétractation, elle aussi puritaine, perceptible dans le champ religieux. Lire la suite…