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Louis-Gabriel Gauny, Les chemins de fer, 1851

14 novembre 2015 Laisser un commentaire

Quand on entre, comme travailleur, dans la première cour d’un établissement industriel livré à la centralisation de quelques grandes fortunes, on sent une sorte de paralysie qui du front descend au cœur en comprimant la vie sous son étouffement. Mais aussitôt, la nature se débattant au sein des plus placides, elle jette à la gorge de ceux-là un cri de détresse, un mot de condamnation. Quand elle s’enflamme chez un insurgé, elle redresse ses entrailles ; atrabilaire et furieuse elle emplit sa bouche de paroles formidables contre les outrages qu’il doit subir.

C’est surtout dans l’exploitation des chemins de fer qu’on éprouve ce qu’a de pesant l’air du servage. Les ouvriers qui s’y débilitent sont rendus à la dîme du corps et de l’âme que prélève le capital, avec son escorte d’amendes, de mises à pied, d’espionnage et de livret. Ces maudits n’ont pas même cette insouciance courageuse qui quelquefois met en gaîté des compagnons dont la verve s’ébat au fond d’un atelier particulier. Là, toutes les faces sont soucieuses ; pareil au gibier dans la plaine, ces hommes ont l’oreille tendue au bruit du chasseur. Cependant, leur esprit de comparaison, quoique rouillé par la discipline, se hasarde à scruter furtivement les choses. A travers les hauts châssis de l’atelier, ils fixent une demeure décente et bien close, bâtie au centre de matériel : c’est la réunion des bureaux où se forge la chaîne ; c’est le sépulcre où souvent se tient des conseils de vampires qui, s’adjugeant le meilleur de la vie des esclaves, leur sucent la force et la santé jusque dans le ventre de leur femmes et l’estomac de leurs enfants. Lire la suite…

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Low-Tech Magazine, La grande vitesse est en train de tuer le réseau ferroviaire européen, 2013

Voici une traduction en bon français (not in Google french) d’un article de la revue en ligne Low-Tech Magazine. Vous pouvez également télécharger cet article au format PDF avec la totalité des illustrations de l’article original.

Le train à grande vitesse (TGV) est présenté comme une alternative soutenable au transport aérien. Selon l’Union internationale des chemins de fer, le train à grande vitesse « joue un rôle clé dans le développement durable et la lutte contre le changement climatique ». En tant que voyageur régulier en train à travers l’Europe, j’ai pu constater que c’est le contraire qui est vrai. Le train à grande vitesse est en train de détruire l’alternative la plus précieuse à l’avion, à savoir le réseau ferroviaire européen classique en service depuis des décennies.

L’introduction d’une liaison ferroviaire à grande vitesse s’accompagne invariablement de la suppression d’une ligne un peu plus lente, mais beaucoup plus abordable, obligeant les passagers à utiliser le nouveau produit plus cher, ou tout simplement à abandonner le train. En conséquence, les hommes d’affaires passent de l’avion au train à grande vitesse, alors que la majorité des Européens utilisent leur voiture, ou prennent des bus et des avions à bas prix (low-cost).

Un regard sur l’histoire du chemin de fer européen montre que l’option du train à grande vitesse réservé à une élite est loin d’être obligatoire. A l’origine, l’organisation des services internationaux de trains rapides en Europe s’est accompagnée de prix abordables et de différentes mesures destinées à accroître la vitesse et le confort des voyages en train. Bon nombre de ces trains étaient encore plus rapides que les trains à grande vitesse d’aujourd’hui. Lire la suite…