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Posts Tagged ‘Tchernobyl’

Cédric de Queiros, Histoire d’une catastrophe industrielle d’une nouvelle nature, 2012

25 juin 2012 Laisser un commentaire

Préface à la nouvelle édition du livre de Roger et Bella Belbéoch, Tchernobyl, une catastrophe, 1993, aux éditions La Lenteur, mai 2012.

Le livre que nous choisissons de rééditer aujourd’hui est incontestablement la meilleure étude historique sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et ses conséquences. Paru dans la revue L’Intranquille en 1992, puis l’année d’après dans une version augmentée aux éditions Allia, il était devenu introuvable depuis de nombreuses années [1].

Maintenant que la « marmite du diable » s’est remise à déborder à Fukushima, il nous a semblé que l’exposé détaillé du précédent, en quelque sorte canonique, de Tchernobyl, serait des plus utiles pour ceux qui veulent comprendre ce qui se passe au Japon, puis s’efforcer de faire quelque chose de ce qu’ils auront compris.

Les chances de voir réapparaître, suite à cette nouvelle catastrophe, une opposition antinucléaire un tant soit peu conséquente (tant qualitativement que quantitativement) sont malheureusement très faibles – on sait depuis Tchernobyl à quel point la prétendue « pédagogie des catastrophes » est une illusion. Mais si Tchernobyl avait à peine ébranlé la passivité dans nos pays, ce peu de réactions paraît encore beaucoup en comparaison de l’atterrante indifférence qu’a suscitée, particulièrement en France, la catastrophe de Fukushima.

Il n’est pas excessif de dire que l’industrie nucléaire est une espèce de concentré de notre époque, un résumé ou une caricature de ses tendances de fond, de sa nature profonde, visible ailleurs en moins concentré (nous parlerons ici de l’électricité nucléaire, mais la chose est vraie également du nucléaire militaire : la signification de ce dernier fut d’ailleurs perçue longtemps avant celle de « l’atome civil »).

Et ce qui résume, ce qui concentre le plus parfaitement la nature de l’industrie nucléaire, c’est bien sûr la catastrophe nucléaire, et comment elle trouve sa place dans une société (comment elle transforme cette dernière, et comment elle est gérée par elle). Celle de Tchernobyl était sans doute la plus grave de toutes avant Fukushima. Elle est aussi, notamment grâce à ce livre, parfaitement « documentée ». Nous pouvons donc – nous devons – y étudier le hideux visage de notre époque. Lire la suite…

Cédric de Queiros, Discussion de la mise en service annoncée de deux nouveaux réacteurs à la centrale nucléaire de Chooz, 1997

24 juin 2012 Laisser un commentaire

Pour moi le véritable danger réside surtout dans le pessimisme noir des Européens. Une sorte d’ivresse du pessimisme, un peu suicidaire, sévit chez nous. […] Cela dit, une telle situation ne se prolongera sans doute pas. Au bout d’un certain temps, la nécessité où le besoin de consommer finissent par s’imposer.

Peter Praet, chef économiste à la Société Générale de Banque.

Le Vif/L’Express, 24 février 1997.

Il y a quelques mois, on annonçait dans l’indifférence générale que la centrale nucléaire de Chooz, située dans une petite enclave française des Ardennes belges, allait finalement être enrichie prochainement de un, puis deux nouveaux réacteurs – « 1 450 mégawatts, un record mondial » (Le Soir du 16 septembre 1996) – qui accroîtront encore notablement l’environnement nucléaire des habitants de la Belgique, et incidemment leur usage et dépendance d’une énergie de telle origine – « A l’heure actuelle, quelques 55% de l’électricité consommée en Belgique est d’origine nucléaire ». Un peu plus tard, on apprenait de la presse qu’une anomalie s’était déclarée « après que le réacteur ait été poussé jusqu’à 30% de sa puissance » (Imagine, décembre 1996), obligeant à retarder une nouvelle fois la mise en service des réacteurs, sensée maintenant avoir lieu au printemps 1997.

Cette ouverture n’est en somme qu’une mauvaise nouvelle un peu lointaine, parmi tant d’autres aux conséquences pour nous plus immédiates, dont nous sommes contraints de nous inquiéter. Mais cette centrale de plus, à la frontière des deux pays les plus nucléarisés au monde, me décide et me donne l’occasion de discuter une fois de plus de l’industrie nucléaire et du monde qu’elle implique, en étudiant un peu précisément ce qu’on daigne nous en dire aujourd’hui.

Et le peu d’espoir qu’il y a de pouvoir aider directement à la construction d’une quelconque opposition à cette occasion ne m’en dissuade pas. Lire la suite…

Jean-Marc Jancovici, l’écolocrate nucléariste

14 juin 2012 4 commentaires

Dans la série “pourritures nucléaristes”…

Jean-Marc Jancovici est le modèle de l’écolocrate prêt à tout pour «sauver la planète», c’est-à-dire pour repeindre en vert (virant sur le kaki) les entreprises, l’industrie, le marché… sans oublier, bien sûr, le nucléaire.

Jean-Marc Jancovici (né en 1962) est sorti de Polytechnique et de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) Télécom de Paris. Il s’est fait connaître au cours des années 2000 par ses ouvrages à destination du grand public sur les problèmes de l’énergie et du changement climatique [1]. A ce titre, il est devenu membre du “comité de veille écologique” de la fondation Nicolas Hulot et il a participé à l’élaboration du “Pacte écologique” signé par les candidats à la présidence de la république en 2007.

Un journaliste de Libération nous présente ses idées à partir de son dernier ouvrage intitulé Changer le monde, tout un programme ! [2] :

Vous n’avez pas tout à fait en tête le tableau ? Jancovici se fait un plaisir de vous le rappeler : nos modes de production et de consommation vont inévitablement provoquer l’effondrement de notre système shooté au toujours-plus-d’énergie-pour-tous. Une longue période décroissance et de chaos s’ensuivra dans un monde fragmenté et conflictuel. Diable! L’auteur traîne pourtant derrière lui une solide réputation de sérieux, à cent lieues des talibans verts ou des millénaristes. [3]

Pour un journaliste hyper-progressiste, comprendre que l’on ne peut avoir une croissance économique infinie dans un monde aux ressources limitées, c’est forcément la preuve que l’on est un illuminé, un fanatique, etc. Il lui faut donc l’autorisation d’un expert patenté pour commencer à prendre au sérieux ce simple constat. Lire la suite…

Alison Katz, Les dossiers enterrés de Tchernobyl, 2008

18 avril 2012 Laisser un commentaire

Connaîtra-t-on un jour l’impact sanitaire des activités nucléaires, civiles ou militaires ? Depuis un demi-siècle, des concentrations délétères de matières radioactives s’accumulent dans l’air, la terre et l’eau, à la suite des tirs atomiques et des incidents survenus dans les centrales. Or des études sérieuses concernant les conséquences des radiations sur la santé sont occultées – en particulier par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la référence internationale dans ce domaine.

Un mensonge de plus

En juin 2007, M. Gregory Hartl, porte-parole de l’OMS de la division du Développement durable et de la Santé environnementale a prétendu que les actes de la conférence internationale des Nations Unies sur la catastrophe de Tchernobyl, tenue du 20 au 23 novembre 1995 à Genève, avaient été publiés. Ils ne l’ont jamais été ; pas plus que les actes de la conférence de Kiev en 2001. Interrogée un peu plus tard par des journalistes, l’OMS a réitéré le mensonge, ne fournissant comme références que des résumés des présentations pour la conférence de Kiev et une sélection très restrictive de 12 articles sur les centaines proposés à la conférence de Genève. Lire la suite…

Jean-Pierre Dupuy, un catastrophiste bien mal éclairé, 2011

16 novembre 2011 Laisser un commentaire

Jean-Pierre Dupuy est aujourd’hui connu comme le penseur de la catastrophe. Cela n’empêche pas celui qui prétendit être dans les années 1970 un « critique radical de la société industrielle » avec Ivan Illich, dont il contribua à faire connaître les idées en France, d’être maintenant… pronucléaire !

Dans les années 1970, Dupuy a fait connaître, traduire et publier les ouvrages d’Ivan Illich. A l’époque, il dirige la collection Techno-critique aux éditions du Seuil, collection qui a pour ambition « d’esquisser des alternatives à la société industrielle », car

« les maux et frustrations dont souffre l’humanité ne sont pas dus simplement à des « bavures » ou à une planification défectueuse de la société, mais découlent inévitablement de caractéristiques intrinsèques du projet technique, qui amènent à prendre pour fin ce qui n’est que moyen. » Lire la suite…

Michel Onfray, le tronc du culte de la technoscience

Téléchargez la brochure complète au format PDF

Dans la série «pourritures nucléaristes»…

Michel Onfray se présente comme le nouveau héraut de la «gauche radicale» dans les médias. Si le créateur des universités populaires est surtout connu pour son athéisme, on sait moins qu’il est pro-nucléaire et pro-transgène. Fou de vitesse, hédoniste, matérialiste, ce pape de l’athéisme se veut un «rebelle», mais, vu de près, sa philosophie a un goût de progressisme et d’étatisme trop bien connu. Lire la suite…

Message d’une liquidatrice de Tchernobyl pour le Japon

12 avril 2011 Laisser un commentaire

Natalia Manzurova, une des rares survivantes de l’équipe de nettoyage qui était à Tchernobyl, était une ingénieur de 35 ans travaillant à Ozersk, Russia en Avril 1986 lorsqu’elle a reçu l’ordre, avec 13 autres scientifiques, de se rendre d’urgence vers la centrale au nord de l’Ukraine. C’était juste quatre jours après que ce désastre nucléaire ait envoyé d’énormes quantités de radiations dans l’atmosphère et forcé l’évacuation de 10.000 personnes. Manzurova et ses collègues étaient parmi les 800.000 «nettoyeurs» ou «liquidateurs» en charge de nettoyer, enlever et enterrer la contamination de ce qui reste appelé «la zone morte». Elle y est restée quatre ans et demi, aidant à nettoyer la ville abandonnée de Pripyat qui est à moins de 3 km de Tchernobyl. Les ouvriers y restaient avant d’être évacués. Manzurova, qui a maintenant 59 ans, a le «collier de Tchernobyl», une cicatrice sur la gorge, résultant de l’ablation de la thyroïde, et une collection de problèmes de santé. Mais au moins, contrairement à tous les membres de son équipe et à la majorité des «liquidateurs», elle est encore vivante.

Natalia Manzurova

Natalia Manzurova

Quelle a été votre première réaction quand vous avez entendu parler de Fukushima?

Un sentiment de déjà vu. Je connais les problèmes qu’ils vont maintenant avoir.

Mais les experts nous disent Fukushima n’est pas aussi pire que Tchernobyl.

Chaque incident nucléaire est différent et les vrais impacts ne peuvent pas être mesurés avant des années. Le gouvernement ne dit pas toujours la vérité, beaucoup ne retourneront pas dans leurs maisons, et leur vie sera désormais coupée entre avant et après Fukushima. Le gouvernement leur dira probablement qu’il n’y a pas tant de radiations que ça, et ne voudra pas les dédommager pour leurs pertes. Ce qui est perdu là est incalculable.

Quel serait votre message pour le Japon?

Allez-vous en le plus vite possible, n’attendez pas, sauvez-vous et ne comptez pas sur le gouvernement. Ils ne vous diront pas la vérité parce que le lobby nucléaire est trop puissant.

Quand vous avez été appelée pour aller à Tchernobyl, connaissiez-vous la situation sur place?

Je n’en avais aucune idée, jusqu’à bien plus tard en fait… Tout était couvert par le sceau du secret. Si on me demandait aujourd’hui de nettoyer sur un tel accident, je refuserais… Les sacrifices que font les travailleurs de Fukushima sont bien trop grands, parce que l’industrie nucléaire a justement été construite de telle manière que les patrons de ces lobbies n’ont pas à être tenus responsables face aux gens qui nettoient ces désastres; c’est un vrai suicide d’esclaves nucléaires.

En quoi consistait votre travail de liquidateurs?

Nous devions mesurer les radiations, ramasser des échantillons de végétaux pour voir à quel point la radiation était haute, puis passer le bulldozer partout, faire des trous et tout enterrer -maisons, animaux, tout. Il restait quelques animaux sauvages, il a fallu les tuer pour les enterrer aussi.

Restait-il des animaux domestiques?

Les gens n’ont eu que quelques heures pour s’en aller, et ils n’étaient pas autorisés à prendre leur chien ou leur chat. Les radiations restent dans la fourrure des animaux et ne peuvent pas être nettoyées, il a donc fallu les abandonner… Tous les animaux sont d’ailleurs devenus rapidement momifiés…

En quoi votre santé a-t-elle été affectée par le travail dans la zone morte?

Ça a commencé comme de la fièvre, je faisais de la température et je frissonnais… Je voulais dormir tout le temps et manger beaucoup, mon organisme n’avait plus d’énergie… Nous portions des compteurs pour les radiations que nous remettions à nos patrons, mais nous ne savions jamais les résultats.

Mais vous réalisiez le danger?

A un moment donné oui, on connaissait le danger… Un de mes collègues a marché dans une des piscines et ses pieds ont brûlé dans ses bottes… Mais nous pensions que c’était notre devoir de rester. Je me sentais comme un pompier, avec une maison qui brûle… Tu ne peux pas partir juste parce que c’est dangereux…

Quand avez-vous découvert votre tumeur à la thyroïde?

Durant une inspection médicale de routine, ça faisait plusieurs années que je travaillais là… Ils m’ont enlevé la moitié, la tumeur est revenue, ils m’ont enlevé l’autre moitié… Je prends des hormones maintenant, entre autres…

Pourquoi êtes-vous retournée travailler là-bas après les opérations sur vos tumeurs?

Le gouvernement venait de passer une nouvelle loi disant que les «liquidateurs» devaient avoir travaillé au minimum quatre ans et demi sur place pour avoir le droit à une retraite. Une journée de moins et vous n’aviez aucune retraite… Ils n’arrêtaient pas de changer d’ailleurs les lois à propos des compensations parce que nous étions de plus en plus nombreux, et cela n’était pas bon pour l’industrie. Nous n’avons d’ailleurs quasiment plus aucune retraite ni compensation actuellement.

Comment va votre santé depuis que vous avez fini ce travail à Tchernobyl?

Pour moi, ça a fini quand j’ai eu 43 ans. Je n’arrêtais pas de faire des crises d’épilepsie, la pression sanguine explosait, j’étais incapable de travailler plus de 6 mois d’affilée… les docteurs ne savaient plus quoi faire avec moi, ils voulaient même me mettre en asile psychiatrique avant de finalement admettre que c’étaient les conséquences de mon travail et me mettre à la retraite.

Entretien réalisé le 22 mars 2011.

Source:  Traduction française Blog de Marc Lafontan – Original anglais AOL News.