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Posts Tagged ‘socialisme’

Dwight Macdonald, Le socialisme sans le progrès, 1953

20 juin 2017 Laisser un commentaire

Présentation des éditeurs

Cet ouvrage est la traduction de “The Root is Man”, article publié en 1946 dans la revue new-yorkaise Politics. Il comprend les notes et les trois appendices ajoutés par l’auteur lors de sa republication sous forme de livre en 1953.

Dwight Macdonald, journaliste et écrivain américain, est né à New York en 1906. Contributeur de Time puis de Fortune dans les années 1920, il s’intéressa aux idées marxistes dans le contexte de la Grande Dépression. En 1937, il devint membre du comité de rédaction de la Partisan Review, proche du Parti communiste américain, puis du Parti trotskiste auquel il adhéra en 1939. Mais, à partir de 1941, il se démarqua de ce courant et adopta une position résolument pacifiste en réaction à l’entrée en guerre de son pays.

En 1944, il fonda sa propre revue, Politics, qui devint une référence pour la gauche anti-stalinienne aux Etats-Unis. Cette revue accueillit les contributions de bon nombre de « non-conformistes » de cette époque : Daniel Bell, Charles Wright Mills, George Orwell, Albert Camus, Hannah Arendt, Karl Jaspers, Bruno Bettelheim, Victor Serge, Ignazio Silone ou encore Simone Weil. Les trois articles les plus importants qu’y signa Macdonald furent : “The Responsability of Peoples” (1944), “The Bomb” (1945) (1) et “The Root is Man”. Lire la suite…

Edward P. Thompson, Romantisme, moralisme et utopisme, 1976

le cas de William Morris

Présentation

L’ouvrage d’Edward P. Thompson, William Morris, Romantic to Revolutionary, a d’abord paru chez Lawrence & Wishart en 1955. Merlin Press à Londres et Panthéon Books à New York devaient publier une édition revue et corrigée en 1977. Les pages qui suivent, publiées dans la New Left Review n°99, septembre-octobre 1976, sous le titre Romanticism, Utopianism and Moralism : the case of William Morris, sont un extrait de la nouvelle postface, dans laquelle l’auteur réévalue son propre ouvrage vingt ans après, ainsi que des études plus récentes. La postface s’ouvre sur un résumé des études morrissiennes les plus récentes avant de traiter quelques questions fondamentales.

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Au cours des deux dernières décennies, on a fini par reconnaître dans mon étude sur William Morris une « mine d’informations », une mine d’ailleurs quelquefois suspecte, à n’exploiter que subrepticement pour l’avancement du travail doctoral. Rien à objecter : une mine se doit de fournir des matériaux à la fabrique générale de la science. Mais si mon livre n’était pas seulement une mine d’information, mais une construction qui mérite attention pour elle-même ? Et si les pierres qu’on en retire ne faisaient qu’ajouter à l’extension informe des quiètes banlieues universitaires ? On peut au moins se poser la question. Mais il faut faire attention à la façon dont on la pose. Plusieurs de mes successeurs, dans des volumes publiés par les presses universitaires les plus renommées, s’accordent à dire que la question ne peut se poser que d’une seule façon : ma recherche est viciée par un dogmatisme marxiste. Un travail « de recherche intelligent et exhaustif », selon un compte rendu élogieux, « mais gâché par le fort parti pris marxiste de l’auteur» : les activités de Morris y « sont examinées à travers le prisme de la lutte des classes et il en résulte une vision quelque peu déformée des idées de Morris ». Un autre trouve mon livre « défiguré » par la tentative malencontreuses de présenter son objet comme « un marxiste orthodoxe ». Un critique moins charitable note que mon livre a consacré « quelques 900 pages à démontrer que Morris était vraiment marxiste ». Lire la suite…

Radio: Martin Buber, Utopie et Socialisme, 1945

4 janvier 2017 Laisser un commentaire

En cette année d’érection pestidentielle, il est bon de ne pas se laisser confisquer les mots par les vendeurs de boniments et la faconde des endormeurs, aussi «socialistes» et «insoumis» qu’ils puissent mensongèrement se prétendre.

C’est pourquoi, dans la série Racine de Moins Un, je vous propose d’écouter Patrick Marcolini, qui dirige la collection Versus aux éditions L’Échappée où il publie des ouvrages de philosophie politique, et qui nous présente cette fois la nouvelle édition du livre Utopie et Socialisme (1945) d’une des grandes figures du judaïsme libertaire Martin Buber (1878-1965). Contre le socialisme scientifique de Marx et Engels et à l’opposé du socialisme d’État d’hier ou du socialisme prétendument «réaliste» d’aujourd’hui, Buber réhabilite un «socialisme utopique» qui n’a rien de chimérique:

«Ce n’est pas l’État, le marché ou la technologie qui font société, mais bien les relations communautaires de voisinage, de travail et d’entraide, ainsi que la capacité des personnes à s’associer librement. Or, une révolution est condamnée à l’échec si elle n’a pas posé au préalable les fondations du monde auquel elle aspire. C’est donc ici et maintenant qu’il faut reconstruire des structures de vie collective où chacun considère autrui comme son égal. Elles seront autant d’îlots de socialisme voués à s’agrandir et se fédérer, pour aboutir enfin à la communauté des communautés.» (extrait de la 4e de couv.) Lire la suite…

Pierre Kropotkine, La stérilisation des inaptes, 1912

4 février 2016 Laisser un commentaire

Allocution de Pierre Kropotkine au premier Congrès international sur l’eugénisme, à Londres en août 1912.

A la fin du XIXe siècle, les États-Unis avaient déjà interdit le mariage pour les arriérés mentaux, les alcooliques et les personnes atteintes de maladies vénériennes. En 1907, l’Indiana est le premier État à adopter des lois sur la stérilisation des « inaptes » et des « indésirables ». Suivront en 1909, Washington, le Connecticut et la Californie, puis en 1911, le Nevada et l’Iowa.

Dans une lettre à Jean Grave où il commente cette rencontre, Kropotkine ajoute : « “Stérilisation” des “indésirables”, c’était le clou, et chez les Anglais, une haine sourde des pauvres. Si “vieillesse pouvait”, elle les aurait tous châtrés. » Lire la suite…

Peter Kropotkine, The Sterilization of the Unfit, 1912

4 février 2016 Laisser un commentaire

Lecture delivered by Peter Kropotkin before the Eugenics Congress held in London in August 1912.

Permit me to make a few remarks: one concerning the papers read by Professor Loria and Professor Kellogg, and another of a more general character concerning the purposes and the limitations of Eugenics.

First of all I must express my gratitude to Professor Loria and to Professor Kellogg for having widened the discussion about the great question which we all have at heart—the prevention of the deterioration and the improvement of the human race by maintaining in purity the common stock of inheritance of mankind.

Granting the possibility of artificial selection in the human race, Professor Loria asks: « Upon which criterion are we going to make the selection? » Here we touch upon the most substantial point of Eugenics and of this Congress. I came this morning with the intention of expressing my deep regret to see the narrow point of view from which Eugenics has been treated up till now, excluding from our discussions all this vast domain where Eugenics comes in contact with social hygiene. This exclusion has already produced an unfavorable impression upon a number of thinking men in this country, and I fear that this impression may be reflected upon science altogether. Happily enough the two papers I just mentioned came to widen the field of our discussions. Lire la suite…

Émile Gautier, Le darwinisme social, 1880

14 janvier 2016 Laisser un commentaire

Présentation

Nous proposons ci-dessous le texte où a été employé pour la première fois l’expression « darwinisme social », une brochure (112 pages, éd. Derveaux, 1880) du journaliste français, militant et théoricien anarchiste Émile Gautier (19 janvier 1853 – 20 janvier 1937). Gautier s’oppose à l’interprétation anti-socialiste que fait Ernst Haeckel (1834-1919) – grand vulgarisateur du darwinisme dans la seconde moitié du XIXe siècle – du mécanisme de la sélection naturelle appliqué à la société.

Dans sa critique, Gautier reprend, sans probablement le savoir, une idée de Lamarck : les effets des « lois de la nature » se modifient selon les circonstances dans lesquelles elles sont appliquées. Partant de là, pour lui, la « lutte pour la vie » permanente impliquée par la « loi de la sélection naturelle » diminue d’intensité à mesure que les institutions sociales se développent. L’assistance mutuelle et la solidarité sociale sont les moteurs du progrès de l’humanité et constituent le véritable contenu du « darwinisme social », bien plus que la lutte et la victoire du « plus apte ».

C’est en quelque sorte le précurseur de l’effet réversif de l’évolution®, un siècle avant que l’hagiographe officiel du darwinisme en France Patrick Tort ne le revendique !

Cette occurrence est signalée par Mike Hawkins dans son ouvrage Social Darwinism in European and American thought, 1860-1945 (éd. Cambridge University Press, 1997, p. 177) qui emploie le terme de « tract » (qui signifie en anglais tract, opuscule ou brochure) pour désigner cette brochure, que manifestement il a lue. Patrick Tort a manifestement lu le livre de Hawkins puisque dans une interview donnée au journal Libération en 2008, il désigne cette brochure comme un « tract », que manifestement il n’a pas lu.

Selon Patrick Tort, dont l’œuvre consiste à laver Darwin de toute tache, le darwinisme social devrait plus justement être attribué à Herbert Spencer (1820-1903), celui-ci ayant prétendument « détourné » l’idée de « lutte pour la vie » et de « survie du plus apte » vers les domaines politiques et sociaux. C’est oublier que Darwin reprend la première dans le titre de son ouvrage de 1859 et la seconde dans le mécanisme de la sélection naturelle. Et ici Gautier s’oppose à la même généralisation faite par Haeckel à partir des idées exprimées par Darwin. La chose porte donc bien le nom qui lui convient.

Gautier est impliqué dans le « procès des 66 », qui s’ouvre le 8 janvier 1883, à la suite des violentes manifestations des mineurs de Montceau-les-Mines d’août 1882 et des attentats à la bombe perpétrés à Lyon en octobre 1882. Avec Pierre Kropotkine (1842-1921) et quelques autres anarchistes, Gautier l’un des accusés les plus en vue du procès.

Cette brochure a-t-elle inspiré Kropotkine pour son ouvrage L’entr’aide, un facteur de l’évolution, qu’il rédigera à partir des années 1890 ? Nous ne saurions le dire…

Jacques Hardeau, janvier 2016. Lire la suite…

Georges Orwell, Le socialisme et l’industrialisation, 1937

7 novembre 2015 Laisser un commentaire

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Prié d’expliquer pourquoi les gens intelligents se trouvent si souvent de l’autre côté de la barricade, le socialiste invoquera en général des raisons de bas intérêt, conscientes ou inconscientes, la conviction non fondée que le socialisme ne peut pas « marcher », ou la simple peur des horreurs et désagréments inhérents à la période révolutionnaire précédant l’instauration du socialisme. Tout ceci a certes son importance, mais il ne manque pas d’individus insensibles à des considérations de cet ordre et qui n’en sont pas moins résolument hostiles au socialisme. S’ils rejettent le socialisme, c’est pour des raisons spirituelles ou « idéologiques ». Leur refus n’est pas dicté par l’idée que « ça ne peut pas marcher », mais au contraire par la crainte que ça marche trop bien. Ce qu’ils redoutent, ce n’est pas les événements qui peuvent venir troubler le cours de leur vie, mais ce qui se passera dans un futur éloigné, quand le socialisme sera devenu une réalité.
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François Jarrige, Un socialisme anti-industriel, 2015

18 septembre 2015 Laisser un commentaire

Le socialisme n’a pas toujours été cette écrasante idéologie productivité obsédée par la compétitivité et la relance de la croissance et favorable à l’éradication de la paysannerie. À ses débuts, le socialisme comptait des franges anti-industrielles qui s’attaquaient au mythe du progrès et défendaient une voie faite de sobriété et de solidarité.

Il semble évident que le « socialisme » est désormais devenu une catégorie vide, manipulée par des technocrates et des politiciens professionnels, largement issus des classes dominantes, incapables de penser d’autres futurs que ceux des grandes entreprises multinationales. Aujourd’hui, le langage est atrophié par la publicité et le bavardage numérique. La prolifération des oxymores creux qui dissimulent les problèmes plutôt qu’ils n’aident à les résoudre – comme « développement durable », « croissance verte » – en est un indice. Le « socialisme » est l’un de ces mots devenus vides à force d’être tiraillés entre des directions si contraires. Pour certains, la décroissance – et même plus largement l’écologie politique – serait de droite car « réactionnaire » et « primitiviste », disent-ils.

À l’inverse, de multiples initiatives visent à réinventer un « éco-socialisme » qui réconcilierait le rouge et le vert, en défendant une écologie sociale contre l’écologie technocratique – qui souhaite avant tout sauver le capitalisme – ou l’écologie purement naturaliste – soucieuse de préserver la nature sans penser les rapports sociaux. Certains trouveront sans doute ces débats inutiles, je les crois essentiels car nous vivons un moment décisif de réinvention du langage. Or le langage construit le milieu dans lequel nous vivons, il modèle le champ des possibles, façonne nos imaginaires. La force de la notion de décroissance est précisément d’avoir introduit un mot neuf dans le débat, d’obliger à repenser les vieux clivages, pour mieux réinventer un futur que beaucoup présentent comme inéluctable. Comme le mot socialisme à ses débuts, celui de décroissance reste incertain, polémique et scandaleux, étirable dans des directions contraires. C’est sa force et sa richesse de ne pas être enfermé dans une doxa sclérosante, tout en offrant un vocabulaire alternatif à la novlangue envahissante du management. Lire la suite…