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Posts Tagged ‘science-fiction’

Samuel Butler, Le livre des machines, 1870

Introduction

Ce fut pendant mon séjour dans la Cité des Collèges de Déraison – cité dont le nom érewhonien est si cacophonique que j’en fais grâce au lecteur – que j’appris l’histoire de la révolution qui avait eu pour résultat d’anéantir un si grand nombre des inventions mécaniques en usage auparavant.

M. Thims m’emmena faire visite à un monsieur qui avait une grande réputation de savant, et qui était en même temps, à ce que me dit M. Thims, un homme assez dangereux, car il avait tenté d’introduire un adverbe nouveau dans le langage hypothétique. Il avait entendu parler de ma montre et il avait vivement désiré me voir, car il passait pour le plus savant archéologue de tout Erewhon en ce qui concernait l’ancienne mécanique. Notre conversation tomba sur ce sujet, et en partant il me donna un exemplaire d’une réédition du livre qui avait provoqué la révolution.

Elle avait eu lieu environ cinq cents ans avant mon arrivée, et il y avait beau temps que les gens s’étaient faits à ce changement, bien qu’au moment où il se produisit tout le pays se fût trouvé plongé dans la détresse la plus profonde et qu’une réaction qui s’ensuivit faillit presque réussir. La guerre civile fit rage pendant de nombreuses années et on dit qu’elle détruisit la moitié de la population. Les deux partis s’appelaient les Machinistes et les Antimachinistes, et à la fin, comme je l’ai dit, les Antimachinistes eurent le dessus, et traitèrent leurs adversaires avec une dureté tellement inouïe que toute trace d’opposition fut anéantie. Lire la suite…

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Recension: J.B.S. Haldane et B. Russel, Dédale & Icare, 1923

11 juin 2015 Laisser un commentaire

Livre Dédale et IcareNote de lecture sur un débat entre un scientifique et un philosophe à propos de la science et de l’avenir qu’elle nous réserve…

J.B.S. Haldane, B. Russell, Dédale & Icare, éd. Allia, 2015, 112 p.

 

En 1923, au cours d’une conférence donnée à Cambridge et intitulée Dédale ou la science de l’avenir, l’éminent biologiste et marxiste anglais John Burton Sanderson Haldane, au sortir de la Première Guerre mondiale et de ses atrocités mécanisées et industrielles, se demandais si :

« L’homme devient un simple parasite de la machine, un appendice du système reproducteur d’immenses moteurs compliqués qui usurpent ses activités l’une après l’autre, et finissent par lui retirer la maîtrise de notre planète. »

Et en conséquence :

« Y a-t-il le moindre espoir d’arrêter la recherche scientifique ? »

Mais en bon progressiste, sa réponse est évidement non. Pour lui, science et industrie sont indissociables. Mais s’il ne distingue pas la science de l’usage capitaliste qui en est fait, ce n’est pour s’opposer au développement ni de l’un ni de l’autre :

« Les avancées dans cette direction tendent à unifier de plus en plus l’humanité, à rendre la vie de plus en plus complexe, artificielle et riche de possibilités, et à augmenter indéfiniment la capacité humaine à faire le bien et le mal. »

Et donc, pour l’avenir, il n’y a plus qu’à considérer quels sont les problèmes techniques et quelle sont les capacités scientifiques nécessaires pour les résoudre. Car ce marxiste et scientifique n’imagine pas un seul instant qu’il soit possible non pas de sortir de la société industrielle, mais seulement de refuser ses progrès ou simplement de critiquer ses innovations comme de nouvelles formes de dépossession. Pour lui, il faut s’y adapter le moins mal possible, non en laissant faire le marché libre et autorégulateur, mais en s’en remettant aux spécialistes, experts et scientifiques bienveillants et humanistes… de la trempe de Haldane ! Lire la suite…

Patrick Parrinder, Les démêlés de Wells avec les écrivains de son temps, 1986

En 1984 parurent trois ouvrages d’un immense intérêt pour les lecteurs de Wells. Les deux volumes de sa Tentative d’autobiographie (Experiment in Autobiography, 1934) furent réédités en même temps que H.G. Wells in love (La Vie amoureuse de H.G. Wells) dont l’existence avait été tenue secrète après la mort de l’écrivain en 1946. Un autre roman autobiographique, Héritage, dont l’auteur n’était autre qu’Anthony West, le fils de Wells, fut publié vers la même époque. Il y eut enfin la biographie de son père, très controversée, d’Anthony West également : H.G. Wells : Apects of a Life (H.G. Wells : aspects d’une vie). La publication de ces trois livres, a quelques mois d’intervalle, eut lieu juste après la mort en 1983 de la mère d’Anthony West, la romancière Rebecca West. Lire la suite…

Patrick Parrinder, Wells et la littérature prophétique, 1986

« L’âme prophétique du vaste monde rêvant de choses à venir… »

En 1922, C.K. Scott Moncrieff s’est inspiré des sonnets de Shakespeare pour donner un titre à sa traduction de La Recherche du temps perdu de Proust (Remembrance of things past). Quelques années plus tard, H.G. Wells fit lui aussi un emprunt à Shakespeare pour son roman Visage des choses à venir (The Shape of Things to come) dont Alexandre Corda tira un film en 1935. Si Wells est, comme Brian Aldiss l’a suggéré « le Shakespeare de la science-fiction » [1], c’est parce qu’il a manifesté la volonté d’apparaître comme le prophète d’un siècle où l’on pressentait que la science était capable non seulement de reconstruire le passé mais aussi d’anticiper l’avenir. Pour Shakespeare, l’immortalité de ses propres vers était l’unique défi à opposer au temps. Wells mit au point dans son laboratoire de l’imaginaire, une machine à explorer le temps et, à son bord, il s’embarqua pour des voyages de découverte. Lire la suite…

Herbert George Wells, Préface aux Romans Scientifiques, 1933

Le texte suivant a été publié en introduction aux Romans scientifiques de H.G. Wells (1933), paru aux États-Unis sous le titre : Sept romans célèbres de H.G. Wells (1934). Il représente l’exposé critique le plus complet de Wells sur la nature et la méthode de sa fiction scientifique.

M. Gollancz [1] m’a demandé d’écrire une préface à mon recueil d’histoires fantastiques. Elles sont mises dans l’ordre chronologique, mais je veux dire tout de suite au commencement du livre que, pour quiconque ignore encore tout de mon œuvre, il sera probablement plus agréable de commencer par L’Homme invisible (1897) ou La Guerre des mondes (1898). La Machine à explorer le temps (1895) est un peu ardu pour ce qui est de la quatrième dimension et L’Ile du docteur Moreau (1896) plutôt pénible [2].

On a comparé ces contes à l’œuvre de Jules Verne, et à un moment les critiques littéraires ont eu tendance à me nommer le Jules Verne anglais. En fait il n’y a aucune ressemblance littéraire entre les inventions anticipatrices du grand Français et ces fantaisies. Son œuvre s’est presque toujours occupée de possibilités réelles d’invention et de découverte, et il a fait quelques prévisions remarquables. L’intérêt qu’il évoquait était d’ordre pratique ; il a écrit et cru que l’on pouvait faire ceci ou cela, qui ne se faisait pas encore à l’époque. Il a aidé son lecteur à imaginer la chose faite et à comprendre quel amusement, quelle sensation ou quel mal en découlerait. Nombre de ses inventions ont été « réalisées ». Mais celles de mes histoires qui sont rassemblées ici ne prétendent pas rivaliser avec les choses possibles ; ce sont des exercices de l’imagination dans un domaine tout différent. Elles appartiennent à une catégorie d’écrits qui inclut l’Âne d’or d’Apulée, les Histoires vraies de Lucien, Peter Schlemil et l’histoire de Frankenstein [3]. Toutes sont imaginaires ; elles ne visent pas à être le projet d’une possibilité sérieuse ; en vérité, elles ne visent qu’à emporter la conviction autant qu’un bon rêve qui vous empoigne. Elles ont à retenir le lecteur jusqu’au bout par l’art et par l’illusion, et non par la preuve et par le raisonnement, et à l’instant où il referme la couverture et se met à réfléchir, il s’éveille à leur impossibilité. Lire la suite…

Eugène Zamiatine, Les contes de fées révolutionnaires de Wells, 1922

Les plus dentelées, les plus aériennes des cathédrales gothiques n’en sont pas moins bâties de pierre ; et les plus fabuleux, les plus absurdes contes de fées de n’importe quel pays n’en sont pas moins composés de la terre, des arbres et des animaux de ce pays. Dans les contes de fées de la forêt, il y a le lutin des bois, hirsute et rabougri comme un pin, dont le rire tire son origine de l’écho de la forêt ; dans les contes de la steppe, il y a le chameau blanc magique, qui vole comme du sable fouetté par le vent ; dans les contes des régions polaires, il y a le chaman-baleine et l’ours blanc au corps d’os de mammouth. Mais imaginez un pays dont le seul sol fertile est de l’asphalte ; et sur ce sol d’épaisses forêts – des cheminées d’usines – ; et des troupeaux de bêtes d’une seule espèce – des automobiles – ; et aucun parfum de printemps si ce n’est les vapeurs d’essence. Ce pays de pierre, d’asphalte, de fer, de pétrole, de mécanique s’appelle le Londres du XXe siècle, et naturellement il a dû produire ses propres lutins de fer motorisés, ses propres contes de fées mécaniques et chimiques. Il existe de tels contes de fées urbains : Herbert Wells nous les raconte. Ce sont ses romans fantastiques. Lire la suite…