Jean-Baptiste Fressoz, Les leçons de la catastrophe, 2011

Critique historique de l’optimisme postmoderne

« Il faut fonder le concept de progrès sur l’idée de catastrophe. Que les choses continuent comme avant, voilà la catastrophe ».

Walter Benjamin, Charles Baudelaire, Paris, Payot, 1982, p. 342.

 

Les catastrophes qui s’enchaînent engendrent curieusement de grandes espérances. Peu après le désastre de Fukushima, Le Monde publiait une série d’articles aux titres bien sombres mais qui témoignaient en fait d’un optimisme à la fois naïf et paradoxal [1]. Ulrich Beck, le sociologue allemand mondialement connu pour sa théorie de la Société du risque, expliquait : « C’est le mythe du progrès et de la sécurité qui est en train de s’effondrer » ; selon le psychosociologue Harald Walzer, c’est « l’ère de la consommation et du confort qui va s’achever ». L’annonce que font ces articles de la clôture d’une époque, l’emploi du futur proche ou de la locution « en train de » trahissent une conception téléologique de l’histoire : la catastrophe n’est pas même refermée qu’elle présage déjà d’une aube nouvelle de responsabilité, de réflexivité et de souci écologique. Car cette fois-ci, bien entendu, les choses ne peuvent continuer « comme avant ».Lire la suite »

Jean-Baptiste Fressoz, The Lessons of Disasters, 2011

A Historical Critique of Postmodern Optimism

“We must base the concept of progress on the idea of disaster.

A disaster is precisely when things carry on as before.”

Walter Benjamin, Charles Baudelaire, Paris, Payot, 1982, p. 342.

Curiously, repeated disasters inspire great hopes. Shortly after the disaster of Fukushima, Le Monde published a series of articles with quite bleak titles that actually revealed an optimism both naïve and ironic [1]. Ulrich Beck, a German sociologist known throughout the world for his risk society theory, explained: “The myth of progress and security is heading for collapse”; according to the psychosociologist Harald Walzer, “the era of consumption and comfort is ending.” The fact that these articles announce the end of an era, their focus on the near future, and the phrase “heading for,” all betray a teleological conception of history: the disaster had not even ended and it already presaged a new dawn of accountability, reflexivity and ecological consciousness. Because this time, of course, things would not “carry on as before.”Lire la suite »

Jean-Baptiste Fressoz, Le risque et la multitude, 2010

Réflexion historique sur l’échec vaccinal de 2009

Le débat actuel sur la campagne de vaccination contre la grippe H1N1 est centré sur la gestion gouvernementale de l’épidémie : on questionne le choix de la vaccination de masse et le rôle des laboratoires pharmaceutiques dans l’élaboration de ce choix ; on critique surtout la communication du gouvernement et son incapacité manifeste à convaincre de la nécessité de se faire vacciner. L’argument de cet article est différent : il consiste à dire que l’échec vaccinal de 2009 est, plus profondément, celui du risque en tant que technologie de conviction et celui de la communication en tant que forme politique.Lire la suite »

Jean-Baptiste Fressoz, Risk and the Masses, 2010

A historical reflection on the vaccination failure of 2009

The current debate over the vaccination campaign against the H1N1 influenza virus is centred on the government’s handling of the epidemic. Questions have been asked about the decision to carry out mass vaccination and the role of pharmaceutical companies in making such a decision; criticism has focused particularly on the government’s communication and patent inability to convince people of the need to be vaccinated. This article will put forward a different argument: the vaccination failure of 2009 is, at a deeper level, due to the use of risk as a technology of persuasion, and communication as a political form.Lire la suite »