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Posts Tagged ‘Richard Dawkins’

Robert Shapiro, Les premiers pas de la vie, 2007

5 février 2015 Laisser un commentaire

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L’apparition soudaine d’une grande molécule telle que l’ADN ou l’ARN est improbable. En revanche, des petites molécules fonctionnant en réseau ont pu constituer l’ébauche de la vie sur Terre.

Les découvertes extraordinaires inspirent souvent de grandes déclarations. Ainsi, James Watson, immédiatement après avoir élucidé la structure de l’ADN avec Francis Crick, courut au Eagle, le pub local, et y annonça qu’ils avaient découvert le secret de la vie. Rien de moins ! La structure en question – la double hélice – méritait-elle un tel enthousiasme ? Presque, car elle stocke les informations nécessaires au fonctionnement cellulaire dans un langage constitué de quatre éléments chimiques, des nucléotides (A, T, C et G), qui jouent le même rôle que les 26 lettres de notre alphabet.

Ces informations sont stockées dans deux longs brins, chacun imposant la nature de son partenaire grâce à la complémentarité des bases (A et T, C et G). On en déduisit un mécanisme de réplication : les deux brins se séparent et de nouveaux nucléotides s’alignent le long de chacun des brins isolés conformément aux règles de complémentarité puis sont associés, de sorte qu’ils constituent deux nouveaux brins. On obtient deux doubles hélices identiques, un préalable à la division cellulaire. Lire la suite…

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Robert Shapiro, A Simpler Origin for Life, 2007

5 février 2015 Laisser un commentaire

The sudden appearance of a large self-copying molecule such as RNA was exceedingly improbable. Energy-driven networks of small molecules afford better odds as the initiators of life.

Extraordinary discoveries inspire extraordinary claims. Thus James Watson reported that, immediately after they had uncovered the structure of DNA, Francis Crick “winged into the Eagle (pub) to tell everyone within hearing that we had discovered the secret of life”. Their structure – an elegant double helix – almost merited such enthusiasm. Its proportions permitted information storage in a language in which four chemicals, called bases, played the same role as twenty six letters do in the English language.

Further, the information was stored in two long chains, each of which specified the contents of its partner. This arrangement suggested a mechanism for reproduction, that was subsequently illustrated in many biochemistry texts, as well as on a tie that my wife bought for me at a crafts fair: The two strands of the DNA double helix parted company. As they did so, new DNA building blocks, called nucleotides, lined up along the separated strands and linked up. Two double helices now existed in place of one, each a replica of the original. Lire la suite…

Olivier Rey, L’homme originaire ne descend pas du singe, 2013

20 mars 2014 Laisser un commentaire

Nous reproduisons ce texte qui, à notre sens, resitue l’opposition entre darwinistes et créationnistes avec une rare finesse et intelligence. Pour autant, nous ne partageons pas, loin de là, les très chrétiennes perspectives que l’auteur indique dans les deux dernières phrases de son texte. Nous pensons au contraire que c’est par l’élaboration d’une véritable philosophie de la nature, qui prend en compte de manière critique l’apport de la science, la reliant non plus seulement à l’efficacité technique et à la recherche de la puissance, mais surtout à la liberté et à l’autonomie humaine, qui permette de préciser, de manière moins abstraite et dépréciatrice que ne le fait l’actuelle théorie darwinienne de l’évolution, la place de l’homme dans la nature. (voir Le vivant, la machine et l’homme)

 

Que les êtres humains ne soient pas les produits de trois milliards et demi d’années de mutations et de sélection naturelle s’exerçant sur le vivant, voilà qui n’est pas aisé à avancer un siècle et demi après la publication de L’Origine des espèces, soixante-dix ans après la confluence du darwinisme et de la génétique dans la théorie synthétique de l’évolution.

Et cependant, il est possible d’affirmer pareille chose sans pour autant endosser le costume du créationniste de service, ni s’enrôler dans l’une de ces controverses absurdes dont notre époque raffole. D’un côté, l’intégrisme darwinien, à la Dawkins :

« La vie intelligente sur une planète arrive à maturité quand pour la première fois elle parvient à saisir la raison de sa propre existence. […] Les organismes vivants ont existé sur terre, sans jamais savoir pourquoi, pendant plus de trois milliards d’années, avant que l’un d’entre eux ne commence à entrevoir la vérité. Son nom était Charles Darwin. […] Nous n’avons plus à nous en remettre à la superstition pour affronter les grandes questions : la vie a-t-elle un sens ? À quoi servons-nous ? Qu’est-ce que l’homme ? Après avoir posé la dernière de ces questions, l’éminent zoologiste G. G. Simpson s’est exprimé en ces termes : “Ce que je veux maintenant faire remarquer est que toutes les réponses qu’on a tenté de donner à cette question avant 1859 sont sans valeur, et que le mieux à faire est de les ignorer complètement.” »

Richard Dawkins, The Selfish Gene, Oxford University Press, 2006
(30th anniversary edition), p. 1.

De l’autre côté, un tenant d’une lecture absolument littérale de la Genèse (ce qu’on a coutume d’appeler, aujourd’hui, un « créationniste »), soutenant que le monde que nous connaissons a été créé par Dieu en six jours il y a à peu près six mille ans.

Ainsi obtient-on un débat d’intensité maximale pour un niveau de pensée minimal. Lire la suite…

Klaus-Gerd Giesen, Transhumanisme et génétique humaine, 2004

25 octobre 2013 Laisser un commentaire

Cet article fait partie du dossier Critique du transhumanisme

Les transhumanistes représentent-ils simplement une secte d’illuminés technophiles issus de la classe moyenne, en mal d’ascension sociale et de sensations fortes ? Le rêve d’un être humain programmable à l’image mécaniste d’un logiciel d’ordinateur et produit par des techniques de sélection, d’élimination ou de manipulation biologique, que les éleveurs appliquent aux espèces animales, n’est-il pas fantasmagorique? Raisonner ainsi signifierait sous-estimer un courant de pensée qui prend de l’ampleur et qui a surtout conscience du moment historique que nous vivons sur les plans tant technique qu’idéologique.

Le moins que l’on puisse dire est que l’humanisme se trouve de plus en plus sous le feu croisé, et nourri, de plusieurs idéologies émergentes, et les étonnants progrès de la génétique humaine n’y sont pas pour peu. Moult fois déclaré mort depuis Nietzsche et Heidegger il fait notamment l’objet de critiques acerbes de la part de ceux qui se réclament du transhumanisme. Les premières manifestations de ce courant de pensée remontent au début des années 1980, bien que l’adjectif « transhumaniste » ait déjà été utilisé en 1966 par le futuriste américano-perse F.M. Esfandiary, alors qu’il enseignait à la New School of Social Research de New York, ainsi que dans les ouvrages d’Abraham Maslow, Toward a Psychology of Being (1968), et de Robert Ettinger, Man into Superman (1972). Lire la suite…

Jacques Ruelland, Histoire critique de la sociobiologie, 2010

16 octobre 2013 Laisser un commentaire

La sociobiologie est l’étude systématique du fondement biologique des comportements sociaux des animaux et des humains [1]. Formulée en 1975 par Edward O. Wilson, cette théorie doctrinaire a eu une histoire scientifique mouvementée et s’est rapidement inscrite dans la culture occidentale, faisant de nombreux adeptes, notamment dans le domaine des sciences humaines.

La sociobiologie animale se distingue de la sociobiologie humaine. La première a des prétentions légitimes à la scientificité, mais la seconde ne peut en affirmer. La plupart des études portant sur la sociobiologie confondent la sociobiologie humaine ou théorie sociobiologique [2] et la sociobiologie animale. Cette confusion n’est pas le fruit du hasard ou de l’inattention des critiques : elle répond au désir des sociobiologistes de fonder la théorie sociobiologique sur des avancés de la sociobiologie animale.

L’étude systématique des bases biologiques du comportement – y compris le comportement humain – fait l’objet de l’éthologie, de l’anthropologie physique, de la psychologie comparative et de la sociobiologie. La mise en relation de l’étude du comportement animal et de la théorie moderne de l’évolution permet à ces disciplines de contribuer positivement à l’avancement des sciences naturelles, mais aussi de susciter la méfiance des sciences sociales auxquelles elles prétendent ajouter d’importants éléments, notamment en ce qui concerne la base biologique des comportements.

Depuis 1975, les idées avancées par les sociobiologistes ont certes répondu à plusieurs questions que l’on pouvait se poser sur la nature humaine, mais ont également suscité d’autres interrogations : comment Edward O. Wilson est-il arrivé, en 1975, à écrire un livre comme Sociobiology. The New Synthesis ? Quelles sont les implications et les conséquences de son contenu ? Quels ont été les courants d’idées et les sources scientifiques ou philosophiques ayant permis la formulation de la sociobiologie animale et sa métamorphose en sociobiologie humaine ? Lire la suite…

Bertrand Louart, Aux origines idéologiques du darwinisme, 2010

Brochure au format PDF

Il y a 200 ans, Lamarck fondait la biologie en tant que science autonome ; il y a 150 ans, Darwin publiait L’Origine des espèces. L’histoire de la biologie abonde plus que toute autre en mythes et légendes. Son objet – la vie sur Terre – n’a toujours pas reçu de définition scientifique précise. Nous proposons de survoler cette étrange histoire où science et idéologie sont étroitement mêlées.

L’année 2009 a été l’occasion de plusieurs commémorations importantes pour les « sciences de la vie ». D’abord le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin (12 février 1809-1882), et les 150 ans de la publication de son célèbre ouvrage L’Origine des espèces (24 novembre 1859). Mais aussi – on a tendance à l’oublier – le bicentenaire de la publication de la Philosophie zoologique (14 août 1809) de Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829), ouvrage où il fonde la biologie en tant que science à part entière en exposant pour la première fois une théorie de l’évolution des êtres vivants, elle-même fondée sur une théorie expliquant leur nature singulière et leur dynamique interne.

Néanmoins, les magazines et les revues à destination du grand public et aussi les publications scientifiques font de Darwin le « fondateur de la biologie moderne ». Ce titre n’est certes pas usurpé, car c’est bien le darwinisme qui a contribué à structurer l’ensemble de la biologie depuis 150 ans, non sans quelques difficultés. Mais ses thuriféraires ne devraient pas y voir un motif de s’en vanter ni d’en être fiers : on peut dire sans trop exagérer qu’en effet depuis Darwin, la biologie s’est enfoncée dans la confusion des idées et la pauvreté de la réflexion. Etrange “biologie” que celle qui ne sait toujours pas ce qu’est un être vivant et qui n’a pas de définition de la vie. A tel point que certains biologistes en viennent à déclarer, sans rire, que « la vie n’existe pas ! » (cf. Henri Atlan, Question de vie, entre le savoir et l’opinion, éd. Seuil, 1994 ou Albert Jacquard, Petite philosophie à l’usage des non-philosophes, éd. Le livre de poche, 1997)

Dans cette brochure, nous voulons faire pièce à un certain nombre de légendes qui émaillent l’histoire de la biologie – notamment autour de Darwin et Lamarck – et par là montrer que celle-ci s’est fourvoyée dans une impasse autant que suggérer une voie nouvelle pour en sortir. Lire la suite…

André Pichot, Mémoire pour rectifier les jugements du public sur la révolution biologique, 2003

27 juin 2011 Laisser un commentaire

À en croire les médias, la biologie serait le dernier bastion de la révolution permanente. Il ne se passe pas un mois sans qu’on nous trompette une fabuleuse découverte susceptible d’éradiquer à jamais la misère et la faim, un bouleversement conceptuel annonciateur d’ébouriffantes perspectives thérapeutiques, à moins que ce ne soit, plus modestement, un exploit technique incongru ou photogénique, et donc riche de sens supposé. Merveilles répétitives forcément doublées d’enjeux financiers superlatifs, mais prudemment commentées au futur, temps des promesses sans garanties, et conjugaison préférée des biologistes — avec le conditionnel, qu’ils utilisent quand le morceau est un peu dur à avaler. Lire la suite…