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Posts Tagged ‘révolution’

Jan Waclav Makhaïski, Anciens et nouveaux maîtres, 1905

8 novembre 2017 Laisser un commentaire

Le centenaire de la Révolution Russe

Voici cent ans, la révolution russe mettait à bas le régime tsariste. En octobre 1917 la prise du pouvoir par les bolchéviks, avec à leur tête Lénine instaura ce qu’il appelait le « communisme », en fait un capitalisme d’État.

Ces événements eurent un retentissement mondial, ne serait-ce que parce que, après la mort de Lénine et la prise du pouvoir par Staline, le mouvement ouvrier né de la révolution industrielle du XIXe siècle et son aspiration à l’émancipation sociale furent identifiés aux partis politiques et aux régimes staliniens soutenus par l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Frères ennemis, le « monde libre » et le « camp soviétique », patrie du « socialisme réel », furent bien d’accord pour réprimer dans le sang toutes les révoltes populaires, de la révolution espagnole jusqu’au printemps de Prague, et noyer sous les mensonges et les calomnies les aspirations à un monde libéré de toutes les formes de domination hiérarchique et d’exploitation capitaliste. Lire la suite…

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Recension: Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise, 2003

7 novembre 2017 Laisser un commentaire

Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise,
éd. Denoël, 2003, 298 pages.

« TOTAL – le totem de Tantale. »

Michel Leiris

Il y a deux choses que je trouve infiniment précieuses dans un essai de philosophie politique : la clarté et la précision. Ces deux qualités sont largement absentes du texte complexe et rebutant d’Anselm Jappe. Les Aventures de la marchandise prétendent formuler, à la suite de Marx (1818-1883), une nouvelle théorie critique de la valeur, dont l’actualité serait plus criante que jamais, et tirer les implications polémiques de cette reformulation, c’est-à-dire que Jappe entend confondre ceux qui imaginent une forme de critique sociale sans se référer à ce point central.

La théorie de la valeur de Marx n’est pas facile à comprendre. L’exposé le plus connu de la théorie se trouve au chapitre I du Capital (il existe d’autres sources, Jappe fait le point sur la question, pp. 72-73). L’intérêt de son livre aurait pu être d’éclaircir une question épineuse et centrale. Il se montre, malheureusement, très insatisfaisant sur ce point. Lire la suite…

Confédération Nationale du Travail, Le congrès confédéral de Saragosse, 1936

24 octobre 2017 Laisser un commentaire

Prolégomènes à la révolution de juillet 1936

Préface

La CNT (Confédération Nationale du Travail) est née en Espagne en 1910, au cœur des luttes revendicatives immédiates, mais aussi comme organisation quantitative du courant anarchiste espagnol. Durant quelque trente ans, la CNT sera en Espagne la principale force du mouvement ouvrier. La CNT comptera jusqu’à deux millions de membres en 1936, et fait unique dans l’histoire du syndicalisme, n’aura qu’un seul représentant rémunéré. Durant trente ans, la CNT ne se reconnaît pas comme partenaire social, ne conclut aucun accord de salaire, et prépare inlassablement « la révolution sociale » et le « communisme libertaire ».

Le programme adopté en mai 1936 au Congrès de la CNT à Saragosse, deux mois avant le soulèvement révolutionnaire contre le putsch fasciste de Franco, est l’un des plus beaux programmes jamais avancés par une organisation révolutionnaire du passé. Il se verra partiellement appliqué par les masses anarchistes, tandis que leurs “chefs”, avec une lugubre constance, s’enfonceront dans les compromissions du frente popular. Les thèses du Congrès de Saragosse furent dès les premières heures de Juillet 1936, la référence de tous les libertaires espagnols, le Congrès ayant prévu en détail la conduite à tenir en cas de putsch fasciste, et les bases sur lesquelles pouvaient se développer les collectivisations des terres et de l’économie. Lire la suite…

Il faut cracher dans la soupe !

5 septembre 2016 Laisser un commentaire

Notes sur la lutte des classes
au début du XXIe siècle

« Il faut se défendre de deux sortes de folies
également redoutables :
l’idée que l’on peut tout faire,
et l’idée que l’on ne peut rien faire ».
André Brink, écrivain et résistant sud-africain.

Après près de trois mois d’opposition persistante au « projet de loi-travail », il n’est pas inutile de se demander où nous en sommes, et où nous pourrions aller.

Depuis au moins 20 ans ce genre de réformes se succèdent en France et ailleurs avec des cibles différentes, mais allant toutes dans la même direction. Et depuis vingt ans des mouvements sociaux tentent de s’y opposer avec parfois des victoires de circonstance, mais sans jamais parvenir à ralentir le mouvement général de régression, sans jamais réussir à constituer un rapport de force durable contre l’oligarchie économico-étatique au pouvoir.

Le scénario est chaque fois un peu différent, mais il contient malheureusement des constantes qui nous mènent vers les même défaites. Lire la suite…

Bertrand Louart, Quelques éléments d’une critique de la société industrielle, 2003

20 août 2015 Laisser un commentaire

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Introduction

Du 9 au 11 octobre 2002 à Paris, l’association OGM Dangers a organisé des Rencontres de Vendémiaire, série de conférences sur le thème La science contestée avec deux intervenants chaque soir, suivie d’un débat avec le public (environ 20 à 25 personnes étaient présentes). Hervé Le Meur, président de l’association, m’avait invité à prendre la parole à la fin de ce cycle, après les autres intervenants 1.

Le texte qui suit a donc été rédigé – et grandement augmenté – à partir des notes prises pour organiser mon intervention orale, qui ne devait pas dépasser une demi-heure. C’était l’occasion d’exposer la critique de la société industrielle, de dénoncer les mythes sur lesquels elle est fondée et également de préciser certaines choses concernant les Lumières et la science qui bien souvent sont décriées sans beaucoup de nuances ni de précision historique. En conclusion, c’était plus particulièrement pour moi l’occasion de mettre en avant des perspectives pour s’opposer au développement délirant de cette société et pour tenter de sortir un tant soit peu de son système de faux besoins. Je n’avais fait alors qu’évoquer dans ses grandes lignes la nécessité de cette démarche de réappropriation des arts, des sciences et des métiers, et c’est à approfondir et développer cette dernière partie que je me suis attaché ici. Lire la suite…

Jacques Roger, Lamarck, un marginal déçu par la révolution, 1989

1 août 2014 Laisser un commentaire

Jean-Baptiste de Monet, chevalier de la Marck, est né le 1er août 1744 à Bazentin-le-Petit en Picardie. Sa famille est noble, mais pauvre. Il est le onzième enfant de la famille et, faute d’argent, on le destine à l’Eglise, seule ressource des enfants nobles sans fortune. Elève au collège des Jésuites d’Amiens, Jean-Baptiste y reçoit un enseignement scientifique sérieux pour l’époque, mais il ronge son frein. Il ne veut pas être prêtre, il veut être soldat, comme son père et ses frères aînés. Et tandis qu’il se languit au collège, la France accumule les défaites de la Guerre de Sept Ans. Lire la suite…

Recension: La Lampe hors de l’horloge, 2014

23 juin 2014 Laisser un commentaire

Si vous n’aimez pas ce monde,
vous devriez en voir quelques autres…

Couverture du livre

Couverture du livre

…Et lire La Lampe hors de l’horloge, Éléments de critique anti-industrielle, paru en 2014 aux Éditions de la Roue.

Mieux vaut le dire d’emblée, il s’agit d’un exercice de lecture exigeant dont la condition première est de souscrire à un constat qui, s’il n’est pas nouveau, n’en est pas moins déprimant puisqu’il s’agit d’un « désastre accompli » qui ne se limite pas à la destruction physique du monde (catastrophe de Fukushima, par exemple) car il gangrène l’esprit humain dont la conscience même, le désir de liberté et la volonté de résister s’amenuisent quand ils n’ont pas totalement disparu. Pour le lecteur déjà convaincu de la justesse de ce constat, ceci ne présente pas de difficulté intellectuelle, et si de surcroît on aime la langue la langue française, on ne boude pas son plaisir.

La première difficulté provient peut-être de la composition de l’ouvrage : trois textes denses qui, à première (et courte) vue, ne semblent pas avoir de lien, ce qui est tout à fait faux ; et si j’ai choisi d’intituler ma recension « si vous n’aimez pas ce monde, vous devriez en voir quelques autres », phrase reproduite dans le corps du premier texte et attribuée à Philip K. Dick, c’est parce qu’elle traduit bien ce qui nous occupe ici. Lire la suite…

Théodore Kaczynski, La nef des fous, 1999

4 avril 2014 Laisser un commentaire

Il était une fois un navire commandé par un capitaine et des seconds, si vaniteux de leur habileté à la manœuvre, si pleins d’hybris et tellement imbus d’eux-mêmes, qu’ils en devinrent fous. Ils mirent le cap au nord, naviguèrent si loin qu’ils rencontrèrent des icebergs et des morceaux de banquise, mais continuèrent de naviguer plein nord, dans des eaux de plus en plus périlleuses, dans le seul but de se procurer des occasions d’exploits maritimes toujours plus brillants.

Le bateau atteignant des latitudes de plus en plus élevées, les passagers et l’équipage étaient de moins en moins à l’aise. Ils commencèrent à se quereller et à se plaindre de leurs conditions de vie. Lire la suite…

Théodore Kaczynski, El buque de los necios, 1999

4 avril 2014 Laisser un commentaire

Érase una vez un capitán y sus oficiales que se volvieron tan presumidos, tan llenos de arrogancia y tan pagados de sí mismos, que se volvieron locos.

Pusieron rumbo al Norte hasta encontrarse con icebergs y témpanos peligrosos y, a pesar de ello, mantenían la misma dirección adentrándose cada vez más en las gélidas y temibles aguas, únicamente para darse el gusto de demostrar su pericia en tan temeraria navegación.

Como quiera que el barco se acercaba más y más al Norte, los pasajeros y la tripulación mostraban cada vez mayor inquietud, y comenzaron a debatir entre ellos y a quejarse de sus condiciones de vida. Lire la suite…

Theodore Kaczynski, Ship of fools, 1999

4 avril 2014 Laisser un commentaire

Once upon a time, the captain and the mates of a ship grew so vain of their seamanship, so full of hubris and so impressed with themselves, that they went mad. They turned the ship north and sailed until they met with icebergs and dangerous floes, and they kept sailing north into more and more perilous waters, solely in order to give themselves opportunities to perform ever-more-brilliant feats of seamanship.

As the ship reached higher and higher latitudes, the passengers and crew became increasingly uncomfortable. They began quarreling among themselves and complaining of the conditions under which they lived. Lire la suite…