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Posts Tagged ‘révolution industrielle’

Chantal de Crisenoy, Lénine face aux Moujiks, 1978

19 octobre 2017 Laisser un commentaire

Présentation de l’éditeur

Lénine n’aime pas le paysan russe, le moujik : dès ses premiers écrits, dans sa polémique avec les populistes russes, il se montre convaincu que la révolution ne pourra venir que des secteurs avancés de la société, de la grande industrie, non pas des campagnes archaïques. Selon lui, le moujik est un « petit-bourgeois », réactionnaire, viscéralement adverse à la classe ouvrière.

Les faits démontrent l’exact inverse : en 1905, la paysannerie réclame comme un seul homme l’abolition du salariat; durant la révolution elle prend les armes par millions, exproprie les grands domaines, revendique l’union avec les ouvriers, qui viennent à peine de quitter la communauté villageoise, et en partagent les souffrances et les espérances. Pourtant, Lénine continue de mépriser cette classe, qui persiste à contredire son marxisme modernisateur. Lire la suite…

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Radio: Célia Izoard, Robots et Travail, 2016

13 août 2017 Laisser un commentaire

Dans la série Racine de Moins Un, émission de critique des sciences, de la technologie et de la société industrielle, Célia Izoard, journaliste pour la Revue de critique sociale itinérante Z, auteure et traductrice aux éditions Agone (David Noble, Le Progrès sans le Peuple; La machine est ton seigneur et maître) et membre du groupe Oblomoff de critique de la recherche scientifique, expose les conséquences politiques et sociales de l’automatisation et de la robotisation générale qui affectent actuellement nos sociétés industrielles. Elle montre que, comme l’avait déjà constaté le père de la cybernétique, Norbert Wiener: «Toute main-d’œuvre mise en concurrence avec un esclave, humain ou mécanique, doit accepter les conditions de travail de l’esclave.» Lire la suite…

Thomas Le Roux, Comment industrialiser la France ?, 2013

14 juillet 2017 Laisser un commentaire

Qu’elle ait été rapide ou progressive, la « révolution industrielle » ou l’industrialisation a été, en tout état de cause, un changement suffisamment important pour remettre en cause un certain nombre de caractéristiques des sociétés d’Europe occidentale de l’Ancien Régime, même dans sa première phase, entre 1750 et 1830. En quelques générations, le rapport de l’homme à l’environnement s’est transformé sous la poussée de l’accroissement de la production artisanale et industrielle. Les réticences de nombreux citadins et la vigilance exercée par les autorités locales à l’encontre de certaines activités de production réputées dangereuses ou insalubres ont du céder le pas, dans le champ de l’expertise, à une approche différente beaucoup plus conciliante avec le processus d’industrialisation. Quand les autorités locales se fondaient sur des pratiques et des savoirs « policiers » (selon le terme de l’époque, repris dans cet article) ancrés dans la jurisprudence et l’ordre judiciaire, la nouvelle expertise relevait davantage de la science au sein d’un ordre de plus en plus administratif.

C’est cette mutation que cet article entend exposer, en soulignant qu’elle n’a pas été forcément linéaire, et qu’elle s’est finalement réalisée au profit d’une expertise sur l’autre. Les rapports de force entre instances liées au pouvoir ont été déterminants pour construire les nouvelles légitimités et inscrire l’industrialisation à l’ordre du jour officiel, malgré des nuisances déjà reconnues par nombre de contemporains. Trois principales phases rythmèrent le processus, avec ses à-coups et accélérations déterminantes. A partir des années 1770, les reconfigurations s’ancrèrent sur l’industrie chimique naissante, notamment celle des acides. Puis, avec la Révolution française, les secteurs stratégiques pour l’État furent à leur tour touchés par la concurrence des expertises. Enfin, le régime napoléonien inscrivit dans le marbre les nouvelles régulations de l’industrie, qui discréditèrent les anciennes préventions contre les pollutions et participèrent à l’industrialisation. Lire la suite…

François Jarrige, La tragédie des tisserands, 2013

11 juillet 2017 Laisser un commentaire

Archéologie d’un monde disparu

Parmi les macro-récits historiques qui construisent les évidences de notre monde, l’histoire économique est l’un des plus puissants. Telle qu’elle est enseignée à l’école, l’histoire économique offre une représentation simple et rassurante de notre époque : il y a d’un côté la « modernité », riche et heureuse de son abondance et de l’autre les sociétés anciennes, traditionnelles, archaïques, nécessairement misérables et opprimées. La représentation de l’évolution de l’économie a été construite par les vainqueurs et les dominants, elle a puissamment enraciné les certitudes progressistes et industrialistes qui façonnent notre temps. Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, alors que l’Europe était en ruine, que les États-Unis exportaient partout leur modernité et que les pays du Sud cherchaient les chemins de l’indépendance, beaucoup de théoriciens ont construit l’évidence progressiste de l’industrialisation comme chemin linéaire et inéluctable, évidence formulée brutalement par W. W. Rostow :

« Les sociétés passent [toutes] par l’une des cinq phases suivantes : la société traditionnelle, les conditions préalables du démarrage, le démarrage, le progrès vers la maturité et l’ère de la consommation de masse. » 1

Pourtant, si on abandonne un instant les grands agrégats statistiques, les visions linéaires et téléologiques pour se tourner vers les « vaincus », vers les expériences autres et oubliées, l’histoire en ressort désorientée. La figure du tisserand à bras peut nous offrir un accès à cette autre vision du passé, moins agressive, moins condescendante, plus tolérante aussi pour les formes de vie qui ont existé avant nous. Jusqu’au début du XXe siècle, les tisserands à bras étaient une figure familière dans de nombreuses campagnes du monde. Avec leurs métiers manuels, ces artisans transformaient les chanvres et les lins que leur livraient les paysans, ils travaillaient aussi des matières jugées plus nobles comme le coton, la laine ou la soie pour des marchés lointains. Au cours du XXe siècle, cette activité ancienne, longtemps omniprésente, avec ses modes de vie et ses traditions singulières, disparut presque partout sous l’effet des usines, des nouveaux matériaux synthétiques et de la mondialisation. Les tisserands, c’est-à-dire les artisans tisseurs, les ouvriers indépendants produisant des toiles en entremêlant deux séries de fils, deviennent les symboles d’un monde vaincu par le progrès industriel. Lire la suite…

Guillaume Carnino, Les transformations de la technologie, 2010

du discours sur les techniques à la “techno-science”

Résumé

Cet article retrace les évolutions du terme « technologie », dans le contexte français, au cours du XIXe siècle. Le passage, aux alentours de 1850, d’un « discours sur les techniques » à une « techno-science » y est mis en valeur selon deux aspects principaux : industrialisation des pratiques artisanales opératoires et déploiement de « la science » en tant que productrice de faits à partir de machines et procédures. Telles sont les deux recompositions politiques qui produisent matériellement et linguistiquement la technologie entendue au sens contemporain, comme lorsqu’on parle des « nouvelles technologies ». Lire la suite…

Retour sur la révolution industrielle

1 juillet 2016 Laisser un commentaire

Couverture N&Mc 12Le n°12 de Notes & Morceaux choisis, bulletin critique des sciences, des technologies et de la société industrielle (éd. La Lenteur, 144 p., 12 euros) vient de paraître! Ci-dessous une brève présentation de cet ouvrage:

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Présentation de l’éditeur:

Dans les années qui suivent la bataille de Waterloo et l’effondrement de l’empire napoléonien (1815), l’Angleterre accueille de nouveau des voyageurs, après une longue période d’isolement. Ils découvrent à cette occasion les bouleversement accomplis en un quart de siècle: la révolution industrielle.

Se forme alors une doctrine qui célèbre l’organisation sociale fondée sur les stupéfiantes avancées technologiques de cette époque: l’industrialisme. Cette doctrine ne se confond pas avec le libéralisme – les saint-simoniens, ancêtres directs d’un certain socialisme, sont de fervents industrialistes. Au contraire, Sismondi, bien que favorable au libre échange, est anti-industrialiste.

Ainsi, l’industrialisme possède deux faces, l’une libérale, l’autre “organisatrice” (ou socialiste). Une ambivalence que le vaste courant antilibéral de ce début de XXIe siècle évite soigneusement de mentionner. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, Mundus œconomicus, 2015

Les historiens ont montré que la philosophie utilitariste et libérale du XVIIIe siècle visait à reprogrammer l’humain en sujet calculateur, en homo œconomicus, contre les morales traditionnelles du don, du sacrifice ou de l’honneur [Hirschman, 1980 ; Laval, 2007]. Ce chapitre propose un éclairage complémentaire : l’homo œconomicus exigeait en retour un monde taillé à sa mesure, repensé, recomposé et redéfini afin qu’il puisse maximiser librement son utilité. Je montrerai comment, au début du XIXe siècle, sciences, techniques et économie politique ajustèrent les ontologies afin d’instaurer un mundus œconomicus [Fressoz, 2012].

Dans le premier quart du XIXe siècle, deux projets visant à clore l’ère des révolutions et à résoudre la question sociale coexistent et interagissent. Le premier est économique et industrialiste. Saint-Simon (1760-1825) l’expose avec clarté. Dans ses Considérations sur les mesures à prendre pour terminer la révolution, il explique aux royalistes français qu’ils doivent s’allier aux industriels afin « d’organiser un régime économique libéral, ayant pour objet direct et unique de procurer la plus grande source de bien-être possible » [Saint-Simon, 1820, p. VI]. Le social ne pourra s’harmoniser que par l’abondance. Mais ce projet d’une société apaisée, laissant libre cours aux appétits de l’homo œconomicus, se heurtait aux limites étroites de l’économie organique du premier XIXe siècle. D’où le rôle fondamental de l’innovation technique. Le succès du pouvoir libéral dépendant de la prospérité matérielle, la technique devient une raison d’État. Lire la suite…

Le bicentenaire des Luddites

9 novembre 2011 Laisser un commentaire

En novembre 1811, débutait en Angleterre le mouvement insurrectionnel des Luddites.

ludd_leaderDe nombreux artisans indépendants du textile se sont soulevés en ce début de XIXe siècle contre l’industrialisation de leurs métiers. Celle-ci les contraignaient à abandonner leur mode de vie communautaire et fondé sur l’économie domestique pour travailler comme salariés en usine, sous la dépendance d’un patron et à la merci du marché du travail. Ils brisèrent les nouvelles machines à tisser, à filer et tondre le drap et incendièrent quelques usines jusqu’en 1812 et un peu au-delà.

Ils se réclamaient de Ned Ludd, le premier à avoir brisé une machine à coups de masse vers 1790, et firent du « Roi Ludd » ou du « général Ludd » leur chef imaginaire. Cette opposition à l’industrialisation se manifestera ensuite dans toute l’Europe, et reste aujourd’hui encore d’actualité dans de nombreux pays dit « émergents » où les populations s’opposent aux grands projets industriels qui les chassent de leurs terres et les privent des ressources naturelles.

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Voici donc une série d’articles sur ce thème:

  1. Lord Byron, Discours devant la chambre des Lords, 27 février 1812.
  2. Eric J. Hobsbawm, Les briseurs de machines, 1952.
  3. François Jarrige, L’invention de l’industrialisme, 2011.
  4. François Jarrige, Aux origines de l’Etat industrialiste, 2011.
  5. François Jarrige, Le passé d’une désillusion: les luddites et la critique de la machine, 2006.
  6. François Jarrige, Le travail discipliné, 2009.
  7. François Jarrige, Technocritiques, 2014.

Et une bibliographie:

  • Edward P. Thompson, La formation de la classe ouvrière anglaise, éd. Seuil, 1988.
  • François Jarrige & all.,  Les luddites. Bris de machine, économie politique et histoire, éd. Ere, 2006.
  • François Jarrige,  Face au monstre mécanique, une histoire des résistances à la technique, éd. IHMO, 2009.

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