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Posts Tagged ‘proportion’

Radio: Olivier Rey, Une question de taille, 2014

4 janvier 2015 Laisser un commentaire

La perte de la mesure

Dans la continuité des travaux d’Ivan Illich et du penseur autrichien Leopold Kohr, le mathématicien et philosophe Olivier Rey montre dans son dernier livre, Une question de taille (éd. Stock, 2014), comment et pourquoi nous avons perdu le sens de la mesure au cours des derniers siècles.

 

Cédric Biagini : Dans votre livre, vous expliquez qu’aujourd’hui tout se mesure alors qu’en même temps, les questions de taille sont méprisées. Bien que nous mesurions tout, nous avons perdu le sens de la mesure.

Olivier Rey : Le mot « mesure » a deux sens en français – une ambivalence qui se retrouve dans de nombreuses langues. D’une part, il désigne l’évaluation d’une quantité avec un instrument de mesure, d’autre part, il désigne ce qui a trait à la juste mesure. Ces deux sens ne sont pas complètement détachés l’un de l’autre, puisque la juste mesure suppose une modération dans l’ordre des quantités, mais évidemment, il ne suffit pas d’évaluer des quantités pour garder la mesure. Depuis plusieurs siècles, en Occident, on s’est livré frénétiquement à la mesure au premier sens du terme – on mesure absolument tout, aujourd’hui, numériquement –, et en même temps la mesure, au sens de juste mesure, a complètement été mise à l’écart. Lire la suite…

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Olivier Rey, Mesure relative et mesure absolue, 2013

16 juin 2014 Laisser un commentaire

Résumé.

Dans l’espace homogène que la science moderne a substitué à l’ancien cosmos, au sein d’un espace infiniment étendu et infiniment divisible, sans éléments minimaux ou maximaux propres à fixer une échelle ni rien qui puisse faire borne ou limite, la mesure semblait vouée à n’être qu’une notion purement relative. Pourtant, dans ses derniers travaux, Galilée a montré que la variation non linéaire de certaines variables physiques par rapport à d’autres suffit à donner une valeur absolue à certains ordres de grandeur. L’échelle des phénomènes n’est pas un paramètre qui vient s’ajouter à leur forme, elle influe de manière déterminante sur cette forme qui, en retour, ne peut exister qu’à certaines échelles. Lire la suite…

Ivan Illich, La sagesse de Leopold Kohr, 1994

Cette année, les conférences annuelles Schumacher ont été organisées en l’honneur de Léopold Kohr. De son vivant, bien peu ont reconnu dans ce lutin facétieux un homme en avance sur son temps. Aujourd’hui encore, peu l’ont rattrapé ; il n’y a toujours aucune école qui perpétue sa morphologie sociale.

Je tiens à être précis : le situer parmi les champions de l’économie alternative serait une trahison posthume. Tout au long de sa vie, Kohr a œuvré à poser les fondations d’une solution de rechange à l’économie ; il n’avait cure de chercher des manières novatrices de planifier l’allocation des ressources rares. Il identifia à quelles conditions le Bien s’embourbait dans les choses rares. Il travailla donc à subvertir la sagesse économique traditionnelle, si avancée soit-elle.

Le jour de Kohr viendra lorsque les gens se réveilleront de leur sommeil économique, quand l’âge de la foi dans l’Homo œconomicus cédera la place à un scepticisme pénétrant, quand les théoriciens du social liront soigneusement ce théoricien modeste, mais important. En attendant, la Société Schumacher est un lieu adéquat pour faire vivre la mémoire de Kohr jusqu’au jour où il sera reconnu comme un grand pionnier de la pensée sociale. Lire la suite…

Ivan Illich, The Wisdom of Leopold Kohr, 1994

This year’s annual Schumacher Lectures have been organized to honor Leopold Kohr. During his life-time, this teasing leprechaun was recognized by very few as a man ahead of his time. Even today, few have caught up with him; there is still no school of thought that carries on his social morphology.

I want to be precise: To place him among the champions of alternative economics would be a posthumous betrayal. Throughout his life, Kohr labored to lay the foundations for an alternative to economics; he had no interest in seeking innovative ways to plan the allocation of scarce goods. He identified conditions under which the Good became mired down in things that are scarce. Therefore he worked to subvert conventional economic wisdom, no matter how advanced.

Kohr’s day will dawn when people awaken from their economic slumbers, when the age of faith in homo economicus gives way to a penetrating skepticism, when social theorists carefully read this modest but important thinker. In the meantime, the Schumacher Society is a fitting place to keep Kohr’s memory alive until such time as he is recognized as a major pioneer in social thought. Lire la suite…

Olivier Rey, L’unité d’inspiration de la pensée d’Ivan Illich, 2013

Il y a un paradoxe à propos d’Ivan Illich. Sa critique – non pas extrémiste, mais radicale – de la dynamique de « développement » et de « modernisation » des sociétés, a suscité un vif intérêt dans les années 1970. Puis, avec la fin de la reconstruction consécutive à la Seconde Guerre mondiale et l’arrivée des premiers chocs pétroliers, les crises à répétition, le chômage de masse, le surendettement, l’» exclusion » à grande échelle sont arrivés, et un large consensus s’est formé pour considérer que ce qui importe avant tout, afin d’améliorer la situation, est le rétablissement d’une croissance économique forte. C’est ainsi que, de façon déconcertante, les maux que pointait la critique illichienne ont, en s’aggravant, conduit à mettre la critique de côté, à la marginaliser, à en faire pratiquement un souci d’esthètes ou d’irresponsables coupés du seul vrai problème, celui qui conditionne tout le reste : la croissance. Lire la suite…

J.B.S. Haldane, Être de la bonne taille, 1926

Présentation du traducteur

La traduction dans la revue Conférence d’un texte traitant de biologie – même si ce texte a été écrit pour un large public, et a été publié dans une revue généraliste – demande quelques éclaircissements. Non que la biologie soit ici mal considérée (encore qu’il y aurait à dire sur la façon dont elle est généralement envisagée et pratiquée aujourd’hui) ; mais on sait que qui trop embrasse mal étreint et qu’un exercice fécond de la pensée suppose certains choix. Or, comme ses lecteurs le savent, Conférence ne s’inscrit pas dans le sillage de Nature ou Science.

Cela étant, ce n’est pas directement que nous sommes arrivés au texte du grand généticien britannique J.B.S. Haldane (1892-1964) ici proposé, mais par l’intermédiaire d’un homme singulier, Leopold Kohr. Kohr, en partie parce que ses idées contredisent le mondialisme et le sans-frontiérisme ambiants, en partie parce qu’il était un homme sans prétentions et ne se mettait jamais en avant, est demeuré peu connu, sinon dans des cercles restreints ; et quand son nom est évoqué, c’est souvent à travers l’influence qu’il a pu exercer sur l’économiste anglais Ernst Friedrich Schumacher, auteur en 1973 d’un essai à succès dont le titre est devenu un slogan : Small Is Beautiful. Cependant, comme Ivan Illich l’a souligné dans une conférence prononcée en hommage à Kohr, sa pensée va bien au-delà d’une simple apologie du petit. Lire la suite…

J.B.S. Haldane, On Being the Right Size, 1926

The most obvious differences between different animals are differences of size, but for some reason the zoologists have paid singularly little attention to them. In a large textbook of zoology before me I find no indication that the eagle is larger than the sparrow, or the hippopotamus bigger than the hare, though some grudging admissions are made in the case of the mouse and the whale. But yet it is easy to show that a hare could not be as large as a hippopotamus, or a whale as small as a herring. For every type of animal there is a most convenient size, and a large change in size inevitably carries with it a change of form. Lire la suite…