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Posts Tagged ‘programme génétique’

André Pichot, Le vitalisme de Xavier Bichat, 1994

6 octobre 2017 Laisser un commentaire

Xavier Bichat (14 novembre 1771 – 22 juillet 1802) écrit de manière très claire, très simple et assez agréable. La seule difficulté que l’on puisse rencontrer dans la lecture de ses œuvres touche à la définition du vitalisme. Bichat est, de réputation, l’un des principaux représentants de cette doctrine ; mais, dans ses textes, hormis sa célèbre définition de la vie, on le remarque à peine (au point qu’on pourrait parfois douter de son vitalisme). Cela tient non pas à Bichat, mais à l’idée qu’on se fait aujourd’hui du vitalisme ; celle-ci est si erronée et caricaturale qu’on a du mal à le reconnaître dans les textes qui en traitent de manière raisonnable (et les œuvres de Bichat sont de ce type). Aussi, pour comprendre ce qu’était le projet de Bichat, convient-il tout d’abord de rectifier quelque peu cette image. Lire la suite…

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Michel Morange, la biologie comme anecdote, 2016

« La vie est comme un jeu d’ombres mouvantes
qui se promènent et se démènent sur la scène pendant une heure ou deux
et qu’on ne reverra plus jamais ensuite.
C’est une histoire racontée par un idiot,
pleine de bruit et de fureur
et qui, au bout du compte, ne signifie pas grand-chose. »

Shakespeare, Macbeth, acte V, scène 5.

L’historien des sciences Michel Morange a publié récemment un ouvrage de vulgarisation intitulé Une histoire de la biologie (éd. du Seuil, coll. Points Sciences, 2016).

Dans une recension de cet ouvrage (reproduite ci-dessous), un certain Laurent Loison se demande « Pourquoi écrire une histoire de la biologie ? » et répond aussitôt : « Parce qu’il n’en existe pas ! ». Pourtant, dans son introduction, Morange est plus honnête que son ancien thésard, puisqu’il signale tout de même les ouvrages d’André Pichot, Histoire de la notion de vie (1993) et Expliquer la vie, de l’âme à la molécule (2011) en précisant néanmoins que :

« leur facture très personnelle et les choix opérés dans les problématiques en font des ouvrages certes passionnants, mais beaucoup moins des ouvrages de référence, dans lesquels les biologistes trouveraient facilement des éclairages historiques sur la ou les questions qu’ils se posent. » (p. 7)

Autrement dit, les ouvrages de Pichot exposent avant tout une perspective critique sur le développement de la biologie, et ce n’est pas ce que Morange pense que les historiens des sciences ont à apporter au grand public… Lire la suite…

David Le Breton, De l’intégrisme génétique, 2005

I. La fin d’une certaine idée de l’homme

Une certaine vision de la génétique à connotation inconsciemment religieuse, c’est-à-dire investie comme fin en soi et explication ultime de la condition humaine, fonctionnant également comme une croyance passionnée à un salut prochain de l’humanité est aujourd’hui présente aux États-Unis, et parfois aussi ailleurs. Identification radicale du Mal en termes biologiques et volonté acharnée de l’éliminer, non par des démarches sociales ou politiques mais par la mise en œuvre de tests génétiques et une ingénierie adaptée. Cette vision sans appel de la génétique s’inscrit dans une ligne imaginaire puissante de nos sociétés contemporaines, faisant du corps un lieu d’imperfection, d’inachèvement, une part maudite de la condition humaine, un brouillon, au mieux à rectifier, au pire à éliminer. Vision dualiste qui dissocie non plus l’esprit ou l’âme du corps mais plus subtilement l’individu lui-même de son propre corps devenant alors un autre, éventuellement malencontreux, avec lequel il faut cohabiter pour le meilleur ou pour le pire. La génétique est devenue aujourd’hui, au plan imaginaire pour une large part, mais aussi au plan de pratiques sociales en œuvre telles que les examens in vitro par exemple, la forme moderne et laïcisée du destin, une explication totalisante des malheurs du monde, sans appel, inéluctable, qui exige la seule solution d’un recours à la génétique pour construire la voie du salut. Les « mauvais » gènes sont aujourd’hui non seulement perçus comme « causes » de maintes maladies, mais on les soupçonne aussi de conditionner les comportements humains. Du moins une certaine génétique se complait-elle à en entretenir la rumeur pour proposer également des solutions radicales. Lire la suite…

Barry Commoner, La déliquescence du mythe de l’ADN, 2002

1 février 2015 Laisser un commentaire

Les bases erronées de l’ingénierie génétique

La biologie était autrefois considérée comme une discipline à la traîne, essentiellement descriptive ; une science passive qui s’était satisfaite, pendant une bonne partie de son histoire, d’une simple observation du monde matériel et non de son changement. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui la biologie, armée du pouvoir de la génétique, a remplacé la physique comme Science activiste du Siècle, et elle se tient prête à assurer le pouvoir divin de la création, faisant apparaître des formes artificielles de vie plutôt que des éléments et ses particules atomiques inconnus. Lire la suite…

Barry Commoner, Unraveling the DNA Myth, 2002

1 février 2015 Laisser un commentaire

The Spurious Foundation of Genetic Engineering

Biology once was regarded as a languid, largely descriptive discipline, a passive science that was content, for much of its history, merely to observe the natural world rather than change it. No longer. Today biology, armed with the power of genetics, has replaced physics as the activist Science of the Century, and it stands poised to assume godlike powers of creation, calling forth artificial forms of life rather than undiscovered elements and subatomic particles. Lire la suite…

François Képès, rationalisateur des machines vivantes

9 octobre 2014 Laisser un commentaire

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pls_440_couv_200pxLe magazine scientifique Pour la science de juin 2014 a fait sa première de couverture avec le titre accrocheur Réinventer le vivant, quels enjeux pour la biologie de synthèse ? qui annonce le dossier [1] consacré à cette nouvelle technoscience. Comme il se doit, l’illustration de cette couverture est une molécule d’ADN, mais cette fois constituée de circuits électroniques…

L’article le plus intéressant est sans conteste celui du généticien François Képès [2] intitulé “La biologie de synthèse : vers une ingénierie du vivant”.

Or François Képès est avant tout un ingénieur et en ce qui concerne la biologie de synthèse, il sait ce qu’il veut : faire du vivant – pour le moment surtout des bactéries les plus élémentaires – la nouvelle machine-outil de l’industrie des biotechnologies. Lire la suite…

Lettre ouverte au Musée de la préhistoire des gorges du Verdon de Quinson, 2009

3 décembre 2013 Laisser un commentaire

Cette lettre ouverte a été envoyée aux responsables et aux personnels du Musée de la préhistoire des gorges du Verdon de Quinson le 27 juin 2009, lors de l’année Darwin. L’auteur s’est également rendu à une des conférences organisées par ce musée avec Patrick Tort. Il fut impossible de discuter du contenu de cette lettre avec aucun des conférenciers ou des organisateurs. Personne n’a répondu aux questions qui étaient posées dans cette lettre.

Mesdames, Messieurs,

J’ai découvert récemment le Programme départemental 2009, publié par le Conseil Général des Alpes de Haute Provence, intitulé Du temps du monde au temps de l’homme où se trouve la présentation de votre exposition « Les sciences de l’évolution : de Darwin aux biotechnologies du XXIe siècle ». Je salue votre initiative et surtout votre volonté de « donner des clés objectives de réflexion au public », comme vous l’écrivez p. 30. Mais, en matière de « clés objectives », je constate que le texte de votre « Panneau introductif de l’exposition » comporte de graves lacunes et inexactitudes: Lire la suite…

Henri Atlan, ADN: programme ou données?, 1994

24 octobre 2013 Laisser un commentaire

Le texte qui suit, est un extrait d’une conférence prononcée à l’occasion du Premier Congrès de Médecine et Philosophie tenu à Paris le 30 mai au 4 juin 1994 sous le parrainage de l’Association Descartes. Il est une expression des critiques déjà anciennes du réductionnisme génétique contenu dans la métaphore du programme génétique dans le contexte où le projet de séquençage du génome humain était présenté comme le nec plus ultra de la biologie contemporaine et devait aboutir à rien de moins que le déchiffrage du « Livre de la Vie » (James Watson) et la connaissance qui s’ensuivrait du tout de la nature humaine.

La notion de programme génétique est la métaphore la plus répandue et la plus prégnante de la biologie actuelle. Elle sert à se représenter les mécanismes par lesquels la structure des gènes détermine le développement de l’individu et l’apparition de caractères normaux ou pathologiques dans la structure et les fonctions de l’organisme. Mais ce n’est qu’une métaphore qui permet de donner un nom à un ensemble de mécanismes que l’on connaît encore très mal. Lire la suite…

Jacques Ruelland, Histoire critique de la sociobiologie, 2010

16 octobre 2013 Laisser un commentaire

La sociobiologie est l’étude systématique du fondement biologique des comportements sociaux des animaux et des humains [1]. Formulée en 1975 par Edward O. Wilson, cette théorie doctrinaire a eu une histoire scientifique mouvementée et s’est rapidement inscrite dans la culture occidentale, faisant de nombreux adeptes, notamment dans le domaine des sciences humaines.

La sociobiologie animale se distingue de la sociobiologie humaine. La première a des prétentions légitimes à la scientificité, mais la seconde ne peut en affirmer. La plupart des études portant sur la sociobiologie confondent la sociobiologie humaine ou théorie sociobiologique [2] et la sociobiologie animale. Cette confusion n’est pas le fruit du hasard ou de l’inattention des critiques : elle répond au désir des sociobiologistes de fonder la théorie sociobiologique sur des avancés de la sociobiologie animale.

L’étude systématique des bases biologiques du comportement – y compris le comportement humain – fait l’objet de l’éthologie, de l’anthropologie physique, de la psychologie comparative et de la sociobiologie. La mise en relation de l’étude du comportement animal et de la théorie moderne de l’évolution permet à ces disciplines de contribuer positivement à l’avancement des sciences naturelles, mais aussi de susciter la méfiance des sciences sociales auxquelles elles prétendent ajouter d’importants éléments, notamment en ce qui concerne la base biologique des comportements.

Depuis 1975, les idées avancées par les sociobiologistes ont certes répondu à plusieurs questions que l’on pouvait se poser sur la nature humaine, mais ont également suscité d’autres interrogations : comment Edward O. Wilson est-il arrivé, en 1975, à écrire un livre comme Sociobiology. The New Synthesis ? Quelles sont les implications et les conséquences de son contenu ? Quels ont été les courants d’idées et les sources scientifiques ou philosophiques ayant permis la formulation de la sociobiologie animale et sa métamorphose en sociobiologie humaine ? Lire la suite…

André Pichot, Dolly la clonesse ou les dangers de l’insignifiance, 1997

14 octobre 2012 Laisser un commentaire

Brochure au format PDF

LA manière dont a été présenté au public le clonage d’une brebis, par Ian Wilmut et son équipe, consacre la reconversion de la biologie dans le cirque et la science-spectacle. Contrairement aux affirmations optimistes des auteurs et de divers commentateurs, on peut en effet douter de l’intérêt d’une telle réalisation. Lire la suite…