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Posts Tagged ‘Philippe Descola’

Philippe Descola, À chacun ses animaux, 2009

Je ne répondrai pas directement à la question de savoir s’il faut libérer les animaux, d’abord parce que je manque de compétences pour l’aborder autrement qu’en livrant une opinion non étayée, mais aussi et surtout parce que c’est une question remarquablement ethnocentriste. On voit bien qu’elle fait référence aux thèses du philosophe australien Peter Singer sur la libération animale et aux débats fort vifs suscités par les revendications des organisations animalitaires quant à la transformation du statut des animaux de rente, des animaux de compagnie et de certaines catégories d’espèces sauvages afin de faire valoir à leur endroit un régime juridique nouveau.

Cette question est sans aucun doute cruciale et il est de plus en plus manifeste que l’un des grands défis politiques du XXIe siècle sera de trouver les moyens de donner aux non-humains des formes de représentation à la mesure de la place considérable qu’ils occupent dans nos collectifs. C’est parce que nous avons refusé de le faire jusqu’à présent, c’est parce que nous, les Modernes, nous nous sommes constamment attachés à séparer la nature de la société, à dissocier ce qui relève de la sphère des conventions et des normes, d’une part, et ce qui relève des phénomènes s’accomplissant indépendamment de la volonté humaine, d’autre part, que nous nous trouvons dans la situation présente, incapables de penser une destinée commune à la couche d’ozone, aux habitants des bidonvilles, aux poulets en batterie, à l’effet de serre et aux insectes pollinisateurs. Lire la suite…

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Recension : M. Sahlins, Critique de la sociobiologie, 1976

7 janvier 2018 Laisser un commentaire

Marshall Sahlins,
Critique de la sociobiologie. Aspects anthropologiques,
éd. Gallimard, coll. Bibliothèque des Sciences humaines, 1980.

(The Use and Abuse of Biology.
An Anthropological Critique of Sociobiology, 1976)

Le caractère le plus remarquable de ce petit ouvrage, paru il y a cinq ans déjà aux États-Unis, est sans doute que Sahlins ait jugé bon de l’écrire, nous révélant par là, et de façon incidente, l’ampleur de la crise que semblent traverser actuellement les sciences humaines outre-Atlantique. Certes, Sahlins a toujours pourfendu avec vigueur le réductionnisme mécaniste – notamment l’écologie culturelle –, mais il paraît néanmoins étonnant qu’il ait cru devoir exposer aussi longuement une réfutation argumentée des prétentions de la sociobiologie à fournir une explication totalisante des phénomènes culturels. L’enjeu n’est bien sûr pas négligeable, puisque tant la sociobiologie que l’écologie culturelle visent à remettre en cause l’autonomie de la culture et du social en décrétant que l’ensemble des interactions humaines sont déterminées en dernière analyse par des dispositions biologiques. Ce qui surprend, c’est qu’un tel projet scientifique soit admis par beaucoup aux États-Unis comme épistémologiquement viable, incitant par là Sahlins à prendre sa plume pour une critique qui n’est pas aussi circonstancielle et polémique qu’il y paraît de prime abord. Lire la suite…

Radio: Anthropocène ou capitalocène?

25 juillet 2017 Laisser un commentaire

Dans la série Racine de Moins Un, émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle, je vous propose d’écouter deux conférences qui traitent de l’anthropocène, période géologique durant laquelle l’influence de l’être humain sur la biosphère a atteint un tel niveau que l’activité humaine est devenue une «force géologique» majeure capable de marquer la lithosphère. Ce terme a été proposé par le météorologue et chimiste de l’atmosphère Paul Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995, pour désigner une nouvelle époque géologique, qui aurait débuté selon lui à la fin du XVIIIe siècle avec la révolution industrielle. Lire la suite…