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Jeanne Burgart-Goutal, La grille de lecture écoféministe, 2020

19 juin 2020 Laisser un commentaire

une arme de déconstruction massive enthousiasmante

 

Jeanne Burgart Goutal,
Être écoféministe, théories et pratiques,
éd. L’Échappée, coll. Versus, 2020.

 

Votre livre porte bien son titre car il y est question de théorie et de pratique. Commençons par la théorie : comment définir l’écoféminisme ?

Jeanne Burgart-Goutal : Il est délicat de définir « l’écoféminisme » au singulier : ce n’est pas un courant unifié, mais un mouvement très divers, une nébuleuse aux contours flous, au point que certain·es qualifient ce terme de « mot fourre-tout » (umbrella term) ou parlent « des écoféminismes » au pluriel.

En simplifiant, on peut cependant qualifier l’écoféminisme comme étant à la fois un mouvement d’actions et d’idées, né au milieu des années 1970, à l’articulation du féminisme et de l’écologie. Ou plus précisément : du féminisme radical et de l’écologie politique – c’est-à-dire des formes de féminisme et d’écologie incompatibles avec l’ordre dominant, celles qui portent le plus loin la critique du système capitaliste patriarcal et la recherche d’un modèle alternatif de civilisation. Le mouvement a émergé dans un contexte de contestations multiples, au point qu’on peut parler d’une crise de la modernité. Il est né en particulier de deux désillusions : d’une part la désillusion face au « progrès » technologique et économique, dont on commence dans les années 1970 à percevoir les conséquences dévastatrices pour l’environnement, et l’accroissement des inégalités mondiales qui l’accompagne ; d’autre part la déception face aux améliorations de la condition féminine permises par les combats du féminisme libéral, dont on se rend compte qu’elles sont en fait limitées, et inéquitables en termes de classe, de « race », ou encore à travers le monde. C’est en faisant converger ces contestations majeures qu’est né l’écoféminisme. Lire la suite…

Maria Mies, Patriarcat et exploitation dans l’économie mondialisée, 2005

9 février 2019 Laisser un commentaire

Dans les années 1970 et 1980, les féministes ont identifié plusieurs contradictions fondamentales des sociétés industrielles. En premier lieu, le fait que le travail domestique n’est pas comptabilisé comme du travail, qu’il s’agisse d’économistes capitalistes ou socialistes. C’est encore le cas : en 1999, Henderson estimait que jusqu’à 50% des produits et services utiles n’étaient pas rémunérés et largement produits par les femmes. Leur valeur s’élèverait à 16 000 milliards de dollars [1]. Le travail productif des femmes, porter et s’occuper des enfants, jardiner, nourrir sa famille, traire les vaches, élever des brebis pour sa consommation personnelle, tout ceci n’est pas comptabilisé dans les PIB nationaux, cela « ne compte pas » [2]. Ce travail n’est pas considéré comme une activité économique. Lire la suite…