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Posts Tagged ‘Oblomoff’

Jean-Marc Lévy-Leblond, Faut-il faire sa fête à la science?, 2006

13 octobre 2017 Laisser un commentaire

Depuis une vingtaine d’années, la Fête de la science a pris sa place dans le programme des événements festifs que bien des institutions culturelles organisent depuis les années 1980 pour tenter de (re)trouver le contact avec le public, aux côtés de la Fête de la Musique, de Lire en fête, des Journées du Patrimoine, etc.

Pour autant, le projet de célébrer la science, de lui donner un caractère festif, ludique et populaire, n’est pas si nouveau qu’on pourrait le croire. Le xixe siècle a connu d’importantes manifestations de ce type, dont le spectaculaire reposait déjà sur les nouvelles technologies – celles de l’époque s’entend. Ne donnons qu’un exemple : le soir du 29 octobre 1864, plus de deux mille visiteurs se pressent dans les galeries, les amphithéâtres et la bibliothèque du Conservatoire des arts et métiers. L’Association pour l’avancement des sciences y donne une fastueuse « soirée scientifique », une « fête grandiose de la science et de l’industrie » dont Cosmos 1 rend compte en des termes significatifs :

« À huit heures, les portes du Conservatoire s’ouvrirent : un faisceau de lumière électrique faisait le jour sur le passage des invités, se prolongeant jusque dans la rue Saint-Martin, où les badauds attroupés se complaisaient niaisement [sic] à cet éblouissement. […] La chapelle, éclairée par deux appareils électriques, offrait un magnifique coup d’œil. Cette lumière si intense, si vive, qu’on dirait qu’elle pénètre, qu’elle absorbe les objets, produisait un effet magique sur les chutes, les jets, les nappes d’eau qui s’échappaient de toutes les machines hydrauliques. »

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Groupe Oblomoff, Le salaire de la peur, 2009

1 décembre 2015 Laisser un commentaire

« – Et nous ? On n’est pas des morts qui marchent ?
C’est moche de pourrir vivant, tu sais. »

Henri-George Clouzot, Le Salaire de la peur, 1953.

De février à mai 2009, une réforme du statu d’enseignant-chercheur s’inscrivant dans le prolongement de la loi sur l’autonomie des universités a suscité un mouvement de protestation dans les universités et les instituts de recherche de la France entière. Le texte suivant a été écrit à cette occasion dans le but d’élargir le débat.

On a occupé et réoccupé les universités, inlassablement ; collé des affiches et écrit des tracts ; manifesté pendant des jours entiers ; respiré beaucoup de gaz et forcé des cordons de CRS ; assisté à des AG et organisé des commissions, des cours hors-les-murs et des projections ; occupé au petit matin tous les locaux imaginables avant de se faire sortir à coups de matraques. Pour quiconque n’est pas un révolutionnaire professionnel, c’est fatigant, c’est pénible, et passés les moments d’exaltation, il faut arriver à l’aube à la fac, repartir tard ; traîner dehors sous la pluie avec les mêmes déceptions en fin de cortège ; batailler avec des anti-bloqueurs ; dormir moins et laisser de côté les choses qui nous tiennent à cœur. Lire la suite…

Nos cerveaux ne sont pas à conquérir, 2015

19 septembre 2015 Laisser un commentaire

Une critique du Human Brain Project

Un patriotisme unanime

Tambours ! Trompettes !

Le Human Brain Project, le méga projet de simulation du cerveau humain coordonné à l’EPFL, a gagné le concours du « milliard de l’Europe », dans le cadre du plan de la commission européenne « FET Flagship », entendez le bateau-amiral, la figure de proue des technologies futures et émergentes. Le lobbying des parlementaires suisses, emmené-e par Anne-Catherine Lyon pour booster le réseau d’influence de l’institution à la botte de Patrick Aebischer, a été payant.

Les médias encensent ce « projet capital pour le développement de nos Hautes Écoles, pour celui du canton et de l’arc lémanique, voire du pays », et les élu-e-s qui exprimaient déjà « beaucoup de fierté » lors du lancement du projet il y a quatre ans, sont bien sûr aux anges que la région devienne « la capitale mondiale de la recherche sur le cerveau » (24heures, 13 octobre 2010).

Ce projet phare des neurosciences, qui veut coordonner les travaux de plus de cent instituts à travaux le monde et compiler leurs résultats, a pour très haute ambition de « modéliser le cortex humain », de « créer, au moyen d’un supercalculateur, un cerveau artificiel biologiquement précis », voire de « comprendre comment naît l’intelligence humaine » (24heures, 13 octobre 2010).

« Les meilleurs spécialistes européens en sciences cognitives, neurosciences, biologie moléculaire, médecine, physique, mathématique, informatique et éthique [sic !] vont plancher de concert », choisis grâce à « l’introduction d’un processus “darwinien” qui vise à sélectionner le plus “apte” » (Le Monde, 21 janvier 2012).

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Groupe Oblomoff, Ce que nous pensons de notre destin transgénique, 2009

4 septembre 2013 Laisser un commentaire

Ce texte est une réponse à l’émission de télévision Envoyé spécial qui, un matin de juillet 2008, avait filmé le groupe Oblomoff en train de perturber une conférence de l’Université de tous les savoirs intitulée « L’homme transgénique ». Le résultat est un film que nous utilisons comme support pédagogique… tant il cumule les défauts du genre.

Le 19 février 2009, Envoyé Spécial consacrait un reportage intitulé « un rêve sans fin » à l’humanité du futur, dont les performances et la longévité seraient décuplées par les prouesses de la génétique et des nanotechnologies. Dans les dernières scènes de ce film, tournées à la faculté de médecine de Paris en juillet 2008, apparaît un « obscur petit groupe » venu interrompre une conférence. De lui, on n’apprend rien, sinon qu’il est violent et antidémocratique. Passons sur la prétendue violence, réfutée par les images mêmes du documentaire. L’important est de rappeler pourquoi c’est au nom d’une démocratie possible que nous avons dénoncé, comme nous continuerons à le faire, les prétentions totalitaires de la génétique. Lire la suite…

Groupe Oblomoff, Qui a peur de l’avenir radieux ?, 2009

3 septembre 2013 Laisser un commentaire

Le texte suivant fut largement diffusé au cours du mouvement de février-mai 2009 qui a touché le monde universitaire. Fréquemment pris au premier degré, il était encore visible sur les panneaux d’affichage de certains laboratoires de pointe à l’été 2009.

Écartons les malentendus. Nous sommes tous d’accord pour défendre la recherche, ce formidable instrument au service de l’innovation industrielle et militaire depuis au moins un demi-siècle. Nous sommes aussi tous d’accord pour rationaliser son organisation, l’adapter à l’époque. Si nous sommes dans la rue aujourd’hui, c’est qu’il y a débat sur certains paramètres de cette réorganisation, comme le degré de concurrence à mettre en œuvre, ou la forme de l’évaluation. Mais sachons préparer la réconciliation de demain, car chacun s’accorde sur le tableau général : au sommet, il faut renforcer la communauté de vie et d’intérêt entre les managers des laboratoires géants, de la grande industrie et de l’administration. Nous avons en effet besoin d’une élite qui soit capable de détecter les domaines porteurs, de monter rapidement les structures de financement, bref de piloter la recherche au plus près du vent du Progrès. À la base, il faut une armée de petites mains pour assurer la production en chaîne de connaissances standardisées, un personnel qui ne rechigne pas à des tâches très parcellisées et ne se pose pas trop de questions. Si nous battons le pavé à leur côté, c’est parce que ces petites mains ne sont mobilisables que si on leur fait miroiter l’espoir d’une titularisation. Lire la suite…

CNRS, Totem et tabous, 2004

12 août 2013 Laisser un commentaire

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ou qui veut sauver la recherche ?

Toute action collective a son lot de confusion, de contradictions, de non-dits, qui sont parfois la condition de son émergence. Tout mouvement social a ses failles et ses limites, et il y a tant à redire quant à ceux qui émaillent l’actualité depuis une dizaine d’années. Mais avec Sauvons la Recherche, il faut dire haut et fort que l’opposition au néo-libéralisme a touché le fond. Après les grèves de décembre 1995, le mouvement des chômeurs de 1997, les luttes contre la libéralisation de l’éducation et des autres services publics, et l’agitation du printemps 2003 contre la réforme des retraites, un cap est franchi : la contestation de la logique de privatisation-dérégulation et de la rigueur budgétaire peut devenir franchement nuisible et catastrophique.

Toute l’audace du mouvement citoyen des chercheurs aura été de demander que tout continue, en pire. Manifestations et réunions des Etats Généraux n’ont été qu’une longue cérémonie d’adoration du totem de la Science et du Progrès. Le léger trouble qui était apparu ces dernières années dans les milieux scientifiques, suite aux destructions d’OGM notamment, a été refoulé par la revendication unanime de crédits plus abondants et de statuts plus sécurisants. Même les « jeunes précaires », qui se voient comme l’aile gauche du mouvement, ont soigneusement évité d’étendre les revendications d’ordre matériel à l’ensemble de l’existence et des conditions de vie. Les thésards et autres post-docs prolétarisés ont choisi l’aveuglement collectif, et l’Union Sacrée avec les vedettes médiatiques de la recherche française. Ils n’ont pas voulu admettre que la dénonciation des situations et des traitements dégradants n’a de sens que si l’on s’interroge sur le sens des activités de chacun. Interrogation il est vrai douloureuse, tant les responsabilités de la Technoscience sont écrasantes dans la situation présente de toute-puissance du complexe industrialo-marchand et d’apathie des populations, résignées comme jamais peut-être. Et tant la Recherche, dans son ensemble, a partie liée avec le développement capitaliste. Tout cela est resté tabou.

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Arrêtons la recherche!, 2005

22 février 2013 Laisser un commentaire

Quelques remarques très critiques d’un chercheur

à propos du mouvement « Sauvons La Recherche »

Après avoir mené l’an dernier des actions de protestation contre la politique gouvernementale de réduction des budgets de la recherche publique, le mouvement « Sauvons La Recherche » refait aujourd’hui son apparition, parmi les manifestations et les grèves. En ma qualité (fort provisoire) de chercheur, je voudrais expliquer ici en quoi ce mouvement me semble profondément nuisible – et dans quelle mesure il concentre et diffuse un certain nombre d’illusions sur le monde où nous vivons, et sur la situation périlleuse qui est la nôtre à l’heure actuelle. Lire la suite…

Groupe Oblomoff, Le futur triomphe, mais nous n’avons plus d’avenir, 2006

19 février 2012 Laisser un commentaire

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Plate-forme critique de la recherche scientifique.

Le modèle de la science conserve aujourd’hui une grande force, image d’universalité et de puissance dans un contexte de dérèglement climatique et de délabrement social globalisé. Au milieu de tous ces progrès dans l’absurdité de la vie, de la brutalité croissante des sociétés, la Recherche est bien le seul domaine qui donne l’image rassurante d’une continuité avec les époques antérieures. Un domaine qui semble à peu près à l’abri de la mesquinerie des rapports marchands. Un domaine où, quand tout s’écroule par ailleurs, ça continue d’avancer. Illusion funeste.

Certes, un corpus de connaissances rigoureusement établi sera toujours indispensable, tout comme l’élaboration de techniques au service des communautés humaines. Mais tout cela est très marginal au sein de ce que l’on appelle aujourd’hui la Recherche, et sert le plus souvent à justifier le reste. La bonne conscience naïve rejoint le pire cynisme dans ses effets, laissant le champ libre à toutes les aberrations imaginables. On ne se sauve pas en servant de soutien idéologique aux pires atrocités.

En cette période troublée où, tant dans la bouche des chercheurs que dans l’imagerie collective, la technoscience s’affiche comme seule apte à définir notre avenir commun, nous, jeunes étudiant(e)s, chercheurs(euses), chômeurs(euses), ancien(ne)s croyant(e)s en la capacité de l’Université à nous sauver de tâches idiotes ou irresponsables, avons décidé de nous organiser en vue d’un bouleversement radical que nous avons choisi de ne pas attendre.

Nous dénonçons la collaboration active des chercheurs avec les pouvoirs militaires et industriels qui les financent, définissent leurs objectifs et utilisent les connaissances et les techniques issues des laboratoires. Cette collaboration remonte aux origines de la science moderne : les progrès des sciences ont toujours entretenu d’étroites relations avec ceux des techniques de guerre. Mais elle a connu un saut quantitatif et qualitatif décisif avec la Seconde Guerre Mondiale. Aujourd’hui, la plupart des recherches scientifiques servent avant toute chose à accroître la puissance militaire et économique, et non à faire avancer les connaissances. La volonté de savoir est l’alibi qui sert à faire accepter la course à l’armement et la compétition économique internationale. Lire la suite…