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Posts Tagged ‘nécrotechnologie’

Jean-Pierre Berlan, Interview par Article11, 2010

9 avril 2017 Laisser un commentaire

Tu ne t’intéresses pas au contenu de ton assiette ? L’agriculture, ça te broute ? Tu ne devrais pas, tant se joue là notre avenir. Avec l’industrialisation de l’agriculture et la marchandisation du vivant, c’est la mort qui pointe le bout de son nez. Celle de la diversité et – donc – de l’humanité. Le chercheur Jean-Pierre Berlan en livre ici une démonstration limpide et effrayante.

L’agriculture. Un petit tour dans l’actu, et puis s’en va… Vitrine cosmétique, le salon qui lui est dédié a eu droit – comme chaque année – aux honneurs des médias feignant de s’intéresser au sujet. Leur traitement reste toujours le même : le cul des vaches, la visite présidentielle et – de façon générale – le chant lyrique d’une profession fantasmée. En filigrane, la volonté farouche de ne pas aborder les questions qui fâchent. As-tu par exemple vu le moindre reportage sur la désastreuse industrialisation de l’agriculture ? Absolument pas. En a-t-on profité pour revenir sur les brevets déposés sur le vivant par les multinationales, la dangereuse évolution des clones pesticides brevetés, ou encore la pente mortifère empruntée depuis des dizaines d’années par (presque) tout le secteur ? Pas plus. T’a-t-on – enfin – expliqué ce que tu avais dans ton assiette ? Encore moins [1]. D’où cet étrange paradoxe : le mot « transparence » a beau être mis à toutes les sauces, l’origine et le mode de production de ce qui arrive dans nos gamelles reste un mystère. Lire la suite…

David Le Breton, Prélèvement et transplantation d’organes: aspects anthropologiques, 2005

I. Statut culturel du cadavre

Le statut anthropologique du corps et la légitimité des usages médicaux de ses composantes fait l’objet d’une polémique entre médecine et société depuis bien longtemps. La modernité, avec les prélèvements d’organes, renouvelle seulement un débat millénaire qui portait autrefois sur la légitimité de la dissection [1]. L’histoire de l’anatomie s’élabore en permanence à l’encontre des sensibilités culturelles. Pendant des siècles, la recherche du « matériel » de dissection implique la violation des sépultures pour s’emparer des corps fraîchement inhumés, le vol de cadavres dans les hôpitaux, le prélèvement d’office de ceux que nul ne réclame, l’achat de suppliciés au bourreau, les expéditions nocturnes pour décrocher les pendus. Plus tard, pour approvisionner le peu d’écoles regardantes d’anatomie du Royaume-Uni, le meurtre en série de pauvres ou de vagabonds permet aux « résurrectionnistes » de livrer régulièrement des corps aux couteaux des anatomistes.

Toute l’histoire de l’anatomie est celle du sacrifice délibéré pour la progression du savoir d’une partie de la population impuissante à résister : vagabonds, pauvres, hérétiques, Juifs, Noirs, etc [2]. Pour le meilleur et pour le pire de son histoire, la médecine occidentale est passée outre toute notion de sacralité de la dépouille humaine. Elle a refusé l’humanité du corps pour en faire une écorce dénuée de sève, un bois mort indifférent à sa forme d’homme. Elle voit le corps comme un déchet, une mue laissée par l’homme en proie à la mort. Pour les médecins, nulle violation n’atteint plus cette chair à nu désertée de son souffle. La pratique de la dissection exige la distinction entre l’homme d’une part et son corps de l’autre, simple véhicule de son rapport au monde, essentiel de son vivant, mais dénué de valeur après une mort qui le rend désormais inutile. Lire la suite…

Théodore Kaczynski, Frapper où ça fait mal, 2002

12 avril 2014 Laisser un commentaire

1. Pourquoi cet article ?

Le propos de cet article est de signaler un principe très simple des conflits humains que les opposants au système techno-industriel paraissent négliger. Ce principe réside en ceci que, quelle que soit la nature du conflit, si vous voulez l’emporter vous devez frapper votre adversaire où ça fait mal.

Je m’explique. Lorsque je parle de « frapper où ça fait mal » je ne fais pas nécessairement allusion à des coups ou à une autre forme de violence physique. Dans un débat, par exemple, « frapper où ça fait mal » ce serait mettre en avant les arguments face auxquels la position de vos contradicteurs est la plus vulnérable. Dans une élection présidentielle « frapper où ça fait mal » reviendrait à l’emporter sur votre rival dans les États où il y a le plus de votants. Je n’utiliserai donc l’analogie avec un combat physique que parce qu’elle est claire et frappante. Lire la suite…

Théodore Kaczynski, Golpear donde duele, 2002

12 avril 2014 Laisser un commentaire

1. El propósito de este artículo.

El propósito de este artículo es discernir un principio muy simple del conflicto humano, un principio que los oponentes del sistema industrial parecen pasar por alto. El principio es que en cualquier forma de conflicto, si quieres ganar, tienes que golpear a tu adversario donde duela.

Tengo que aclarar que cuando hablo de “golpear donde duele” no me tengo porqué referir necesariamente a un golpe físico o a cualquier otra forma de violencia física. Por ejemplo, en el debate oral, “golpear donde duele” significará expresar los argumentos donde la posición de tu rival es la más vulnerable. En las elecciones presidenciales, “golpear donde duele” significaría ganar a tu oponente los estados que más votos electorales tengan. Aún así, en la discusión sobre este principio utilizaré la analogía con el combate físico, porque es más gráfico y claro. Lire la suite…

Theodore Kaczynski, Hit Where It Hurts, 2002

12 avril 2014 Laisser un commentaire

1. The Purpose of this Article.

The purpose of this article is to point out a very simple principle of human conflict, a principle that opponents of the techno-industrial system seem to be overlooking. The principle is that in any form of conflict, if you want to win, you must hit your adversary where it hurts.

I have to explain that when I talk about “hitting where it hurts” I am not necessarily referring to physical blows or to any other form of physical violence. For example, in oral debate, “hitting where it hurts” would mean making the arguments to which your opponents position is most vulnerable. In a presidential election, “hitting where it hurts” would mean winning from your opponent the states that have the most electoral votes. Still, in discussing this principle I will use the analogy of physical combat, because it is vivid and clear. Lire la suite…

Groupe Oblomoff, Ce que nous pensons de notre destin transgénique, 2009

4 septembre 2013 Laisser un commentaire

Ce texte est une réponse à l’émission de télévision Envoyé spécial qui, un matin de juillet 2008, avait filmé le groupe Oblomoff en train de perturber une conférence de l’Université de tous les savoirs intitulée « L’homme transgénique ». Le résultat est un film que nous utilisons comme support pédagogique… tant il cumule les défauts du genre.

Le 19 février 2009, Envoyé Spécial consacrait un reportage intitulé « un rêve sans fin » à l’humanité du futur, dont les performances et la longévité seraient décuplées par les prouesses de la génétique et des nanotechnologies. Dans les dernières scènes de ce film, tournées à la faculté de médecine de Paris en juillet 2008, apparaît un « obscur petit groupe » venu interrompre une conférence. De lui, on n’apprend rien, sinon qu’il est violent et antidémocratique. Passons sur la prétendue violence, réfutée par les images mêmes du documentaire. L’important est de rappeler pourquoi c’est au nom d’une démocratie possible que nous avons dénoncé, comme nous continuerons à le faire, les prétentions totalitaires de la génétique. Lire la suite…

Lettre ouverte aux chercheurs en biologie synthétique

14 juillet 2013 Laisser un commentaire

Le 8 Juillet 2013, des militants de Luddites200 et Biofuelwatch ont distribué un tract aux participants à la conférence Synbio 6.0, la principale conférence internationale de chercheurs en biologie synthétique [qui se tiens à Londres]. À notre avis, la biologie synthétique est l’une des technologies en cours d’élaboration les plus dangereuses actuellement, qui exprime sous une forme extrême de nombreuses idées technocratiques que les Luddites combattaient. Lors de la révolution industrielle, les machines étaient considérées comme plus efficace que les travailleurs; avec la biologie synthétique, l’objectif est de remodeler génétiquement vie elle-même conformément aux principes d’ingénierie, afin de la rendre «plus efficace» que les résultats issus du bricolage de l’évolution. Lire la suite…

Berlan et Lewontin, Racket sur le vivant, 1998

16 novembre 2012 Laisser un commentaire

La menace du complexe génético-industriel

L’ensemble des organismes génétiquement modifiés (OGM) se trouve sur la sellette. S’abritant derrière les avis de comités d’« experts » en tout genre, qu’elles ont très largement infiltrés, les firmes transnationales, qui forment un véritable complexe génético-industriel – comme on a pu parler d’un complexe militaro-industriel –, entendent à tout prix éviter que soient posées les questions qui préoccupent les citoyens : peut-on jouer avec le vivant, voire le stériliser, pour dégager toujours plus de profits ? Les directions des organismes publics de recherche et leurs ministères de tutelle peuvent-ils, par inculture, par inconscience ou par intérêt, continuer à servir de caution à ce complexe dont le bien commun est le cadet des soucis ? C’est en décembre que le Conseil d’Etat doit statuer sur le fond au sujet de l’autorisation accordée, en février 1998, par le ministère français de l’agriculture à la commercialisation et à la culture de trois variétés de maïs transgénique de la société Novartis. Au nom du principe de précaution, la haute juridiction administrative avait en effet décidé, le 25 septembre 1998, de surseoir à l’exécution de l’arrêté ministériel. Lire la suite…

Berlan et Lewontin, OGM ou CCB?, 2004

16 novembre 2012 Laisser un commentaire

Les mots contribuent à définir la réalité. Lorsque des intérêts considérables sont en jeu, ils sont rarement neutres et objectifs. Ils créent plutôt la confusion, égarent la réflexion, empêchent de penser la réalité. Les utiliser sans les passer au feu de la critique, c’est faire preuve du même discernement que les lévriers lancés à la poursuite d’un leurre en peau de lapin.

Les organismes génétiquement modifiés ou OGM illustrent cette corruption du langage : ce sont, en réalité, des clones chimériques brevetés (CCB). Un clone – à distinguer d’un individu ou d’une plante clonés – est une population d’organismes génétiquement identiques. Les « variétés » modernes de blé, d’orge, de colza, de maïs, de tomates, etc., sont constituées de plantes (ou de génotypes) identiques ou presque. Ce sont des clones. Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, OGM ou la science contre la démocratie, 2012

2 octobre 2012 Laisser un commentaire

Les contrefeux destinés à discréditer l’étude de Gilles-Eric Séralini et sa personne ne sont pas près de cesser : « rien de nouveau, manque d’information sur la composition de la ration alimentaire, protocole expérimental biaisé, échantillon statistique insuffisant, présence possible de mycotoxines, coup médiatique, etc. » Séralini témoignerait d’un  biais anti-OGM, accusent ses critiques – parabole de la paille et de la poutre. Mais la toxicologie est la seule discipline scientifique où ne rien trouver assure une carrière paisible. Montrer des dangers des éthers de glycol, du nucléaire, du sel, des OGM expose à des déboires sûrs plutôt qu’à des promotions. Le courage et le mérite de Séralini et de quelques rares scientifiques d’aller à contre-courant sont d’autant plus grands. Tout aussi délicat à manier est l’argument que Séralini utilise une souche de rats sensible aux tumeurs. C’est suggérer qu’il aurait dû utiliser une souche résistante pour ne gêner personne et, bien sûr, laisse soupçonner que cette toxicologie sous influence peut choisir, si nécessaire, la « bonne » souche pour obtenir les « bons » résultats. Lire la suite…