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Posts Tagged ‘nature’

Jason W. Moore, Nous vivons l’effondrement du capitalisme, 2015

11 août 2017 Laisser un commentaire

Alors qu’on n’a jamais autant parlé des impacts de l’homme sur le climat et la biosphère, un historien propose une thèse à contre-courant : la nature a été non pas exploitée mais produite par le capitalisme, qui s’en est servi pour créer de la richesse. Pour Jason W. Moore, il est plus moderne et beaucoup plus fécond de penser une « écologie-monde ».

Au fur et à mesure que se propage et se discute le concept d’anthropocène, sa contestation se diversifie et s’intensifie. L’historien Jason W. Moore en a formulé l’une des plus fortes critiques, en lui opposant la notion de « capitalocène ». Il s’en explique ici dans l’un de ses premiers entretiens en français. Son livre Capitalism in the Web of Life: Ecology and the Accumulation of Capital [Le capitalisme dans le réseau de la vie : l’écologie et l’accumulation du capital], qui cherche à dépasser le dualisme entre nature et société et à aller au-delà de « l’écosocialisme », vient de paraître en anglais, aux éditions Verso. Lire la suite…

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Roger Heim, Préface du Printemps Silencieux, 1968

22 avril 2017 Laisser un commentaire

Le livre de Rachel Carson est arrivé à son heure en Amérique où il a obtenu un énorme succès, et le voici désormais en Europe où nous étions moins préparés peut-être à rédiger un ouvrage aussi nourri de faits, aussi bourré de chiffres, aussi creusé d’exemples. Pareillement indiscutable, pour tout dire. Car le procès est dorénavant ouvert, sans risque cette fois d’étouffement. Et c’est aux victimes de se porter partie civile, et aux empoisonneurs de payer à leur tour. Nos avocats seront ceux qui défendent l’Humain, mais aussi la Vie, toute la Vie. C’est-à-dire notre berceau, puis notre lit de repos, l’air et l’eau, le sol où dorment les semences, la forêt où chante la faune, et l’avenir où luit le soleil. En d’autres termes : la Nature. Celle d’où nous venons ; celle où nous allons souvent ; celle où nous irons à tout jamais. Lire la suite…

Alain Clément, Les références animales dans la constitution du savoir économique, 2002

13 octobre 2016 Laisser un commentaire

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Résumé

L’observation du fonctionnement du monde animal a toujours joué un rôle privilégié dans la constitution et la diffusion du savoir économique. À partir de l’étude d’un certain nombre d’œuvres significatives (dont le traité d’économie de Montchrétien, La fable des abeilles de Mandeville, les manuscrits de Boisguilbert, l’Essai sur le principe de population de Malthus ainsi que les œuvres de Spencer) nous constatons que le recours au monde animal sous la forme d’analogies et de métaphores a permis d’éclairer des concepts naissants et de comprendre certains comportements économiques. Des analyses fines, même si elles n’ont pas toujours reposé sur un matériau scientifique des plus solides ont débouché sur le transfert de plusieurs concepts dont celui de la division du travail, ceux de la concurrence et de la coopération ainsi que celui d’équilibre. Le référent animal a enfin ouvert la voie à une théorie évolutionniste en économie dès le début du XVIIIe siècle. Lire la suite…

Augustin Berque, Histoire naturelle et histoire humaine, 2015

Thierry Paquot : Poétique de la Terre. Histoire naturelle et histoire humaine, essai de mésologie (éd. Belin, 2014) donne une cohérence d’ensemble à votre œuvre. Pourtant, vous avouez avoir « découvert » cette cohérence de manière rétrospective. Dans votre premier ouvrage, publié en 1976, vous ne pensiez pas aboutir à cela. Quel a donc été votre cheminement intellectuel pour y arriver ?

Augustin Berque : Cette cohérence d’ensemble m’est apparue petit à petit, en m’occupant de la question des milieux et en découvrant, assez tardivement, des auteurs structurants comme Jakob von Uexküll [1]. Je me suis rendu compte que la question des milieux se pose en des termes très proches pour l’ensemble des espèces vivantes, alors que la pensée occidentale héritée du dualisme moderne l’a limitée au prisme de la culture humaine. L’idée de ce livre, qui est d’ailleurs exprimée dans le titre, est de surmonter l’opposition entre nature et culture en faisant la jonction entre histoire humaine et histoire naturelle. Lire la suite…

Pierre Lieutaghi, Le pays de Forcalquier, hier et aujourd’hui, 2005

5 avril 2015 Laisser un commentaire

Lors des journées fermières européennes de l’association Païsalp en septembre 2005, l’ethnobotaniste Pierre Lieutaghi a livré au public ses réflexions sur l’évolution du pays de Forcalquier. Païsalp regroupe une quarantaine de producteurs fermiers de Haute Provence ; chaque année, ils organisent des journées européennes regroupant des producteurs d’une dizaine de pays, pour des conférences, débats, projections de films, et un grand marché paysan.

 

Il y a 41 ans que j’habite le pays de Forcalquier. Ce n’est pas une vie de patriarche, mais cela m’a permis de voir des évolutions aussi bien du côté du paysage, où le botaniste a tendance à suivre les changements du couvert végétal, que dans l’ordre socio-économique, l’un n’allant d’ailleurs pas sans l’autre. Lire la suite…

Jean-Baptiste Lamarck, Histoire naturelle des animaux sans vertèbres, 1815

22 mars 2015 Laisser un commentaire

Portrait de LamarckIl y a deux siècles exactement, Jean-Baptiste Lamarck (1er août 1744 – 18 décembre 1829) publiait l’introduction du premier volume de son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres, présentant les caractères généraux et particuliers de ces animaux, leur distribution, leurs classes, leurs familles, leurs genres et la citation des principales espèces qui s’y rapportent. Cet ouvrage devait compter 7 volumes, le dernier étant publié en 1822.

Cette Introduction, « offrant la détermination des caractères essentiels de l’animal, sa distinction du végétal et des autres corps naturels ; enfin, l’exposition des principes fondamentaux de la zoologie » complétait et amendait sa Philosophie zoologique, publiée en 1809, sur un certain nombre de points et offrait une sorte de résumé de ses théories sur les êtres vivants et les mécanismes de leur évolution.

Pour illustrer l’actualité de cette Introduction, il est possible de paraphraser Lamarck, en reprenant un passage où il discute la différence entre les végétaux et les animaux :

« Qui est-ce qui pourrait croire que, dans un siècle comme le nôtre où les sciences physiques ont fait tant de progrès, une définition de ce qui constitue l’être vivant ne soit pas encore solidement fixée ; que l’on ne sache pas assigner positivement la différence d’un être vivant à une machine ; et que l’on soit dans le doute à l’égard de cette question ; savoir si les êtres vivants sont réellement distingués des machines par quelque caractère essentiel et exclusif ? C’est, néanmoins, un fait certain qu’aucun biologiste n’en a encore présenté qui soit véritablement applicable à tous les êtres vivants connus, et qui les distingue nettement des machines. De là, les vacillations perpétuelles entre les limites du règne vivant et du règne mécanique dans l’opinion des cybernéticiens ; de là même, l’idée erronée et presque générale que ces limites n’existent pas, et qu’il y a des êtres vivants machines ou des machines vivantes. La cause de cet état des choses, à l’égard de nos connaissances biologiques, est facile à apercevoir. »

D’après Jean-Baptiste Lamarck, Introduction à L’histoire naturelle des animaux sans vertèbres, 1815, pp. 7-8.

Cet Introduction n’étant actuellement nulle part disponible en librairie – ce qui illustre bien l’oubli et le mépris dans lequel Lamarck est tombé en France –, nous en offrons ici une édition (non commentée), en attendant de fournir une nouvelle édition de la Philosophie zoologique. Lire la suite…

Recension : J. Baschet, Adieux au capitalisme, 2014

8 juillet 2014 Laisser un commentaire

Jérôme Baschet, Adieux au capitalisme. Autonomie, société du bien vivre et multiplicité des mondes, La Découverte, 2014, 165 p., ISBN : 978-2-7071-7723-0.

 

Historien médiéviste, enseignant à l’École des hautes études en sciences sociales ainsi qu’à l’université autonome du Chiapas, à San Cristóbal de Las Casas au Mexique, Jérôme Baschet est aujourd’hui l’un des meilleurs connaisseurs du mouvement zapatiste, ce soulèvement indigène de la région du Chiapas, qui constitue depuis 2004 l’un des laboratoires les plus inventifs d’une forme d’expérimentation sociale et politique « altermondialiste ». Baschet a consacré à ce mouvement qui fête en cette année 2014 son vingtième anniversaire un ouvrage publié en 2005, La Rébellion zapatiste. Insurrection indienne et résistance planétaire. Il a aussi signé la préface des Saisons de la digne rage du sous-commandant Marcos qui rassemble différentes interventions du sous-commandant Marcos, figure emblématique de l’armée zapatiste de libération nationale (EZLN). Dans cet ouvrage qui inaugure la nouvelle collection « L’horizon des possibles », dirigée par Christian Laval et Laurent Jeanpierre, Jérôme Baschet nous invite à penser et concevoir une forme de société et une manière de vivre résolument post-capitalistes. Lire la suite…

Pierre Thuillier, Goethe l’hérésiarque, 1976

17 février 2014 Laisser un commentaire

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Goethe, dans les manuels classiques d’histoire des sciences, occupe une position assez marginale. Il est vraisemblable que, pour beaucoup de scientifiques, le vieux sage de Weimar fait partie d’une espèce de folklore para-scientifique (voire a-scientifique) dont il n’y a pas grand-chose à tirer. Dans la division du travail intellectuel telle qu’elle est aujourd’hui établie, il est devenu « évident » que Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) se définit avant tout, conformément au Petit Larousse illustré, comme un « écrivain ». Les Souffrances du jeune Werther. Poésie et vérité, Faust : voilà des réussites. Mais en science ? A première vue (et malgré le coup d’éclat de l’os intermaxillaire), le palmarès est moins brillant. Tout se passe comme si les productions scientifiques de Goethe ne constituaient qu’une parenthèse négligeable dans sa carrière d’homme de lettres.

Peut-être même serait-il charitable de ne pas insister. Car regardons-y de plus près : le trait le plus marquant de la « science » de Goethe, ce pourrait bien être le refus de Newton. Non seulement il déclarait avec insolence : « Ne prêtez pas la moindre attention aux Newtoniens » [1] ; mais toute une partie de son Traité des couleurs est expressément destinée à prouver que Newton n’y a rien compris [2]. En deux mots, Goethe refusait la vraie science, la science officielle. Il n’admettait pas, ce poète, que la physique mathématique fût le fin du fin en matière de connaissance ; malgré quelques coups de chapeau aux mathématiques, il ne ménageait pas ses sarcasmes à l’égard de la « gent mathématicienne ». Comment prendre au sérieux ce dinosaure de la pensée scientifique ? Lire la suite…