Archive

Posts Tagged ‘modernité’

Jean-Baptiste Fressoz, L’apocalypse et l’anthropocène, 2013

19 juillet 2017 Laisser un commentaire

Quand il se penche sur la planète et son histoire, Jean-Baptiste Fressoz interroge non seulement les éblouissements du progrès technique et les ruses déployées pour en masquer les dangers, mais aussi les ruptures épistémologiques trop brillantes, qui veulent opposer une modernité insouciante des dégâts qu’elle causait à la Terre à une post-modernité qui en aurait pleinement conscience. Contre l’occultation de la réflexivité environnementale des sociétés passées et la promotion de lumières écologiques contemporaines, plus aveuglantes que réellement « vertes », il propose une re-politisation de l’histoire à l’aune de l’écologie.

Vacarme : Comment vous êtes-vous intéressé à l’histoire environnementale ?

Jean-Baptiste Fressoz : Je voulais remettre en cause le discours assez complaisant et très énervant qui voudrait que les questions environnementales soient l’objet d’une prise de conscience récente, parallèle à leur médiatisation croissante. Dans le jargon philosophico-sociologique actuel cela s’appelle la réflexivité. On serait entré depuis peu seulement dans une nouvelle phase de la modernité dite réflexive.

Je vais prendre un exemple concret et emblématique : le changement climatique. Faire comme si la question du climat nous avait touchés subitement, telle une lumière verte soudainement projetée qui provoquerait notre éveil écologique, est un leurre.

J’écris actuellement avec Fabien Locher une histoire longue des débats et des savoirs sur le changement climatique. Nous montrons que les controverses sur le changement climatique datent au moins de la Révolution française. Le climat, au début du XIXe siècle, constitue déjà un problème politique majeur. Il s’agit donc d’abord de questionner la prétendue modernité des interrogations actuelles et de montrer le récit postmoderne d’un « éveil environnemental » pour ce qu’il est : une fable. Lire la suite…

Radio: François Jarrige, Les énergies renouvelables au XIXe siècle, 2016

Dans la série Racine de moins un, nous vous proposons d’écouter une interview de François Jarrige (historien à l’université de Bourgogne). La révolution industrielle du XIXe siècle européen est fondée sur le triomphe du charbon, puis du pétrole. Or ces choix énergétiques, basés sur des ressources fossiles, l’ont emporté lentement sur d’autres moyens d’accroître l’énergie disponible, notamment les énergies renouvelables. L’exploration des expériences énergétiques oubliées et occultées par les développements ultérieurs est nécessaire pour affronter l’indispensable décroissance de notre dépendance actuelle aux énergies fossiles. Une conférence du cycle Modernité en crise donnée à la Citée des sciences et de l’industrie, à Paris, en mai 2016. Lire la suite…

Teodor Shanin, L’idée de progrès, 1997

24 janvier 2017 Laisser un commentaire

La philosophie des XVIIe, XVIIIe, et XIXe siècles a légué à nos sciences sociales contemporaines un héritage majeur, l’idée de progrès. Cette idée laïque, s’écartant résolument de la pensée médiévale qui expliquait tout par la volonté de Dieu, proposait une théorie forte, durable et séduisante, permettant d’ordonner et d’interpréter l’ensemble de la vie passée, présente et future de l’Humanité. Le concept est d’une simplicité extrême : malgré quelques aléas, toute société se déplace régulièrement vers le “haut”, le long d’une route qui l’éloigne de la pauvreté, de la barbarie, du despotisme et de l’ignorance pour la conduire vers la richesse, la civilisation, la démocratie et la Raison (incarnée par sa quintessence, la science).

C’est un mouvement irréversible, depuis la diversité infinie des particularismes – gaspilleurs d’énergie humaine et de ressources – jusqu’à un monde unifié, simplifié et rationnel. Lire la suite…

Teodor Shanin, The Idea of Progress, 1997

24 janvier 2017 Laisser un commentaire

The he idea of progress is the major philosophical legacy left by the seventeenth to nineteenth centuries to the contemporary social sciences. The idea was secular, departing from the medieval mind-set where everything could be explained by God’s will, and it offered a powerful and pervasive supra-theory that ordered and interpreted everything within the life of humanity – past, present and future. The core of the concept, and its derivations and the images attached to it, have been overwhelmingly simple and straightforward, with a few temporary deviations, all societies are advancing naturally and consistently “up”, on a route from poverty, barbarism, despotism and ignorance to riches, civilization, democracy and rationality, the highest expression of which is science. This is also an irreversible movement from an endless diversity of particularities, wasteful of human energies and economic resources, to a world unified and simplified into the most rational arrangement, It is therefore a movement from badness to goodness and from mindlessness to knowledge, which gave this message its ethical promise, its optimism and its reformist “punch” The nature of the interdependence of the diverse advances – economic, political, cultural and so on – has been the subject of fundamental divisions and debate; for example, is it the growth of rationality or of the forces of production which acts as the prime mover? What was usually left unquestioned was the basic historiography of the necessary sequence and/or stages along the main road of progress as the organizing principle on which all other interpretations rest. Lire la suite…

Charles Baudelaire, Où est, je vous prie, la garantie du progrès?, 1855

28 novembre 2013 Laisser un commentaire

Charles BaudelaireIl est encore une erreur fort à la mode, de laquelle je veux me garder comme de l’enfer – je veux parler de l’idée du progrès. Ce fanal obscur, invention du philosophisme actuel, breveté sans garantie de la Nature ou de la Divinité, cette lanterne moderne jette des ténèbres sur tous les objets de la connaissance ; la liberté s’évanouit, le châtiment disparaît. Qui veut y voir clair dans l’histoire doit avant tout éteindre ce fanal perfide. Cette Idée grotesque qui a fleuri sur le terrain pourri de la fatuité moderne, a déchargé chacun de son devoir, délivré toute âme de sa responsabilité, dégagé la volonté de tous les liens qui lui imposait l’amour du beau : et les races amoindries, si cette navrante folie dure longtemps, s’endormiront sur l’oreiller de la fatalité dans le sommeil radoteur de la décrépitude. Cette infatuation est le diagnostic d’une décadence déjà trop visible. Lire la suite…