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Posts Tagged ‘militaire’

Paul Tibbets, J’ai lancé la bombe atomique sur Hiroshima, 1965

16 juin 2017 Laisser un commentaire

Battu sur terre et sur mer, le Japon poursuit quand même la lutte [c’est faux, le Japon à cherché à capituler plusieurs mois auparavant; NdE]. Le 6 août 1945, un quadrimoteur américain apparaît au-dessus du Japon. Il emporte vers Hiroshima l’arme terrible qui va bouleverser le monde. Le Général Paul Tibbets, commandant de la super-forteresse volante qui bombarda Hiroshima, raconte pour la première fois les détails de sa mission.

Jusqu’en février 1943, je fus stationné en Afrique du Nord où je dirigeais un groupe de bombardiers B-17. C’est là qu’un beau jour je fus convoqué chez le général Doolittle :

« Le général Arnold me demande mon meilleur spécialiste en bombardement. Puisque vous avez terminé votre tour d’opérations, c’est vous que j’enverrai. Préparez-vous à rentrer immédiatement. »

De retour aux États-Unis, je fus affecté aux essais et à la mise au point définitive du nouveau bombardier B-29, celui que nous allions appeler la « super-forteresse volante ». Je pus ainsi étudier à fond ce type d’appareil, d’autant que je possédais, en plus de ma formation strictement militaire, un bagage technique assez considérable. C’est à cette époque, alors que je me trouvais au Nouveau-Mexique, que j’eus une première indication de la mission capitale qui allait bientôt m’échoir. Lire la suite…

Radio: Sara Angeli Aguiton, La biologie de synthèse, 2015

21 mars 2017 Laisser un commentaire

Dans la série Racine de Moins Un, émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle, je vous propose d’écouter la sociologue Sara Angeli Aguiton, qui analyse la trajectoire technique et démocratique de la biologie de synthèse. Elle critique la machine participative, dans laquelle elle voit une forme actuelle de la fabrique du consentement au progrès.

Alors que les liens entre désastres écologiques et agir technique humain sont tous les jours plus documentés, les technologies émergentes trouvent dans la crise environnementale une nouvelle source de justification. Agro-carburants, agriculture climato-intelligente, nouvelles techniques de dépollution… se présentent comme des technologies de réconciliation entre développement industriel intensif et préoccupations écologiques. Dans les faits, il n’en est rien, c’est même plutôt à une tentative d’intensification de la logique productiviste à laquelle on assiste. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, Pour une histoire désorientée de l’énergie, 2013

24 février 2016 Laisser un commentaire

Du fait de la crise climatique, l’histoire de l’énergie connaît actuellement un regain d’intérêt. Selon certains historiens, l’examen des « transitions énergétiques » du passé permettrait d’élucider les conditions économiques propices à l’avènement d’un système énergétique renouvelable 1. Cette histoire de l’énergie à visée gestionnaire repose sur un sérieux malentendu : ce qu’elle étudie sous le nom de « transition énergétique » correspond en fait très précisément à l’inverse du processus qu’il convient de faire advenir de nos jours.

La mauvaise nouvelle est que si l’histoire nous apprend bien une chose, c’est qu’il n’y a en fait jamais eu de transition énergétique. On ne passe pas du bois au charbon, puis du charbon au pétrole, puis du pétrole au nucléaire. L’histoire de l’énergie n’est pas celle de transitions, mais celle d’additions successives de nouvelles sources d’énergie primaire. L’erreur de perspective tient à la confusion entre relatif et absolu, entre local et global : si, au XXe siècle, l’usage du charbon décroît relativement au pétrole, il reste que sa consommation croît continûment, et que globalement, on n’en a jamais autant brûlé qu’en 2013.

S’extraire de l’imaginaire transitionniste n’est pas aisé tant il structure la perception commune de l’histoire des techniques, scandée par les grandes innovations définissant les grands âges techniques. À l’âge du charbon succéderait celui du pétrole, puis celui (encore à venir) de l’atome. On nous a récemment servi l’âge des énergies renouvelables, celui du numérique, de la génétique, des nanos etc. Cette vision n’est pas seulement linéaire, elle est simplement fausse : elle ne rend pas compte de l’histoire matérielle de notre société qui est fondamentalement cumulative 2. Lire la suite…

Paul Tibbets, La bombe atomique et le pilote, 2002

30 avril 2015 Laisser un commentaire

Ci-dessous un entretien avec Paul Warfield Tibbets (23 février 1915 – 1er novembre 2007) en 2002, le pilote de l’Enola Gay, l’avion qui largué la bombe sur Hiroshima, le 6 août 1945, réalisé par Studs Terkell, grand journaliste de gauche américain et auteur de nombreux livres d’histoire orale de son pays. Les réponses de Tibbets sont d’un cynisme absolu ; il ne regrette rien et continue de trouver son acte à la fois valeureux et même « beau ». Face à un tel discours, on ne peut pas voir autre chose dans le nucléaire, qu’il soit civil ou militaire, que la négation de toute humanité.

 

Studs Terkel : Nous voici tous deux assis chez Paul Tibbets à Columbus, dans l’Ohio. C’est ici que ce général à la retraite âgé de 89 ans vit depuis plusieurs années.

Paul Tibbets : Eh, je ne peux pas vous laisser dire une telle chose. Je n’ai que 87 ans, et pas 89.

Studs Terkel : D’accord. J’en ai moi-même 90, et suis donc votre aîné de trois ans. Nous venons de partager un excellent repas, vous, moi et votre compagne. J’ai remarqué que, tandis que nous étions assis au restaurant, les gens passaient et n’avaient aucune idée de qui vous étiez. Vous avez pourtant autrefois piloté un avion, l’Enola Gay qui, dans la matinée du dimanche 6 août 1945, a largué une bombe sur la ville de Hiroshima, au Japon. Il s’agissait d’une bombe atomique, la toute première du genre. Cet événement a changé le monde, et c’était vous qui étiez aux commandes de cet avion.

Paul Tibbets : Oui, tout à fait. Lire la suite…

Karel Čapek, La mort d’Archimède, 1938

Ainsi donc l’histoire d’Archimède ne s’est pas passée tout à fait de la manière dont on nous la raconte. S’il est vrai qu’il a été tué pendant la conquête de Syracuse par les Romains, il n’est pas exact que ce fut un simple soldat romain qui pénétra dans sa demeure pour piller, ni qu’Archimède, plongé dans l’étude d’une construction géométrique, lui ait crié en colère : « Ne touche pas à mes cercles ! »

En premier lieu, Archimède n’était point du tout ce professeur distrait, vivant dans l’ignorance de ce qui se passait autour de lui ; c’était au contraire un vrai soldat, qui avait inventé et construit des machines de guerre pour la défense de Syracuse ; deuxièmement, le soldat romain n’était nullement un pillard ivre, mais l’érudit et ambitieux Lucius, capitaine de légion, sachant très bien à qui il avait l’honneur de parler, et qui n’était nullement venu pour piller. Lire la suite…

Radio: Céline Pessis, Grothendieck, hommage au défunt?, 2015

11 février 2015 Laisser un commentaire

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Beaucoup ont découvert Alexandre Grothendieck à l’occasion de l’hommage médiatique, écologiste et présidentiel qui vient de lui être rendu suite à son décès le 13 novembre 2014.

La France s’enorgueillit de la disparition de ce « génie national » – omettant de mentionner que celui-ci resta longtemps, et délibérément, apatride. La « communauté mathématique » salue l’un de ses plus éminents représentants – se gardant bien d’évoquer les raisons de son retrait de la recherche au début des années 1970. C’est que la situation n’a guère changé et qu’il serait de mauvais ton de rappeler que notre génie démissionna avec fracas de son institut de recherche pour cause de financements militaires ! Inutile que les chercheurs s’inquiètent de la profonde collusion entre l’entreprise scientifique et les pouvoirs militaires et industriels. Mieux vaut semer l’oubli que de petits Grothendieck… Lire la suite…

Le mythe de la science pure

8 février 2014 Laisser un commentaire

Les catastrophes scientifiques seraient le fruit des sciences appliquées par des industriels ou des États. Mais existe-t-il une science pure dénuée d’intérêt et sans lien avec les puissants ?

La différence même entre sciences pures et sciences appliquées n’existe réellement chez aucun des grands fondateurs de ce que l’on nomme aujourd’hui la science [1]. Loin de son image rebattue de rationaliste militant, Newton a passé une grande partie de sa vie à écrire sur la numérologie biblique [2]. Pourtant, il n’y a pas eu deux Newton (ou même trois, puisqu’il fut aussi directeur de la Monnaie). Ce que l’on considère comme de la pure science aujourd’hui n’en est peut-être que pour nous. Lire la suite…

Jean-Marc Lévy-Leblond, La science n’est pas neutre, 1969

1 novembre 2013 Laisser un commentaire

En janvier 1969, Jean-Marc Lévy-Leblond recevait le prix scientifique J. Thibaud de l’Académie de Lyon. Il en profita pour se livrer dans son adresse de remerciements à une ébauche d’analyse critique et autocritique de la pratique scientifique en général et de la sienne en particulier, tirant la leçon des années passées et surtout de l’impact sur lui de mai 1968. Ce texte d’abord publié dans les Temps modernes (n° 288, juillet 1970, p. 131), fut repris dans de nombreux périodiques et plusieurs livres – il ne faisait qu’exprimer des idées arrivées à maturité simultanément un peu partout et largement développées dans le livre d’Alain Jaubert et Jean-Marc Lévy-Leblond, [Auto]critique de la science, éd. du Seuil, 1973. 

Adresse a l’Académie des sciences, arts et belles lettres de Lyon à l’occasion de la remise du prix Thibaud

C’est avec beaucoup de satisfaction que je reçois aujourd’hui le prix Thibaud décerné par votre Académie. Et j’éprouve à pouvoir vous remercier de vive voix un plaisir tout particulier, dont j’espère vous faire comprendre ici la nature. C’est qu’en effet ce prix m’est utile et précieux pour plusieurs raisons. En particulier, il m’a fourni l’occasion d’approfondir un certain nombre de questions quant à ma situation de chercheur, de scientifique, ainsi que la possibilité d’exposer aujourd’hui quelques unes de mes conclusions. Lire la suite…

Marshall Sahlins, La destruction de la conscience à la NAS, 2013

12 octobre 2013 Laisser un commentaire

Aux Etats-Unis, on connaissait les créationnistes, fondamentalistes chrétiens qui cherchent à interdire l’enseignement de l’évolution des espèces au profit du récit biblique de la Genèse. Mais dans les milieux académiques sévit également une autre forme d’obscurantisme : les fondamentalistes darwiniens qui, avec la sociobiologie, cherchent à naturaliser la lutte pour la vie dans les sciences humaines, avec la bénédiction et le soutien de l’Armée américaine. Au début de l’année 2013, l’anthropologue Marshall Sahlins a fait un coup d’éclat pour dénoncer cette évolution suicidaire au sein des institutions scientifiques. Ci-dessous la traduction d’un article de la presse américaine et d’une interview avec Marshall Sahlins.

Vendredi 23 février 2013, Marshall Sahlins, notre estimé collègue en anthropologie de l’Université de Chicago, a solennellement démissionné de la société scientifique la plus prestigieuse des États-Unis, la National Academy of Sciences [Académie Nationale des Sciences, NAS dans la suite].

Sahlins déclare que sa démission est provoquée par son « opposition à l’élection de Napoléon Chagnon et aux projets de recherche militaire de l’Académie. » Sahlins a été élu à la NAS en 1991. Voici la déclaration qu’il a publiée pour expliquer sa démission :

« Comme le prouvent ses propres écrits ainsi que le témoignage d’autres personnes, y compris celui des peuples amazoniens et des spécialistes qui observent cette région, Chagnon a fait beaucoup de mal aux communautés indigènes au sein desquelles il a effectué ses recherches. Parallèlement, ses déclarations “scientifiques” concernant l’évolution humaine et la sélection génétique en faveur de la violence masculine – comme dans l’étude célèbre qu’il a publiée dans la revue Science en 1988 – s’avèrent superficielles et sans fondement, ce qui n’est pas à l’honneur de l’anthropologie. Son élection à la NAS est, au mieux, une énorme bévue morale et intellectuelle de la part de ses membres. À tel point que ma propre participation à l’Académie est devenue gênante.

Je ne souhaite pas non plus me rendre complice de l’assistance, de l’encouragement et du soutien que la NAS procure à la recherche en sciences sociales afin d’améliorer les performances de l’armée américaine, étant donné tout ce que cette armée a coûté de sang, de richesse et de bonheur au peuple américain, et les souffrances qu’elle a infligées à d’autres peuples au cours des guerres inutiles de ce siècle. Je crois que la NAS, si elle s’engage dans ce type d’activités, devrait d’abord réfléchir au moyen de promouvoir la paix et non de faire la guerre. »

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Georges Henein, Prestige de la terreur, 1945

12 février 2012 Laisser un commentaire

Finir les fers au pied, c’eût été le but d’une vie. Mais c’est une volière à barreaux. Indifférent, autoritaire, sans gêne, le bruit du monde fluait et refluait à travers le grillage ; le captif, au fond, était libre : il pouvait prendre part à tout, rien ne lui échappait au dehors ; il eût pu même déserter la cage ; les barreaux se distendaient sur la largeur d’un mètre ; il n’était même pas pris.

Franz Kafka.

Le 8 août 1945

Ceci n’est pas une thèse. Car une thèse non seulement s’écrit de sang froid et avec toutes les précautions littéraires d’usage, mais encore nécessite une accumulation de références et de données plus ou moins statistiques à quoi je m’en voudrais de sacrifier le mouvement de révolte et de fureur qui me dicte ce texte. De plus, l’ancien public des thèses, désertant toute réflexion prolongée, se complait aujourd’hui dans la lecture des multiples Digests en circulation et dans le récit des intrigues sentimentales, diplomatiques et policières qu’une presse rompue à toutes les ignominies lui sert, chaque matin, avec le déjeuner.

Ceci n’est pas une thèse et ne se satisfait pas de n’être qu’une protestation. Ceci est ambitieux. Ceci demande à provoquer les hommes couchés dans le mensonge ; à donner un sens et une cible et une portée durable au dégoût d’une heure, à la nausée d’un instant. Les valeurs qui présidaient à notre conception de la vie et qui nous ménageaient, ça et là, des îlots d’espoir et des intervalles de dignité, sont très méthodiquement saccagées par des événements où, pour comble, l’on nous invite à voir notre victoire, à saluer l’éternelle destruction d’un dragon toujours renaissant. Mais à mesure que se répète la scène, n’êtes vous pas saisi du changement qui s’opère dans les traits du héros ? Il vous est pourtant facile d’observer qu’à chaque nouveau tournoi, Saint-Georges s’apparente sans cesse de plus près au dragon. Bientôt Saint-Georges ne sera plus qu’une variante hideuse du dragon. Bientôt encore, un dragon camouflé, expert à nous faire croire, d’un coup de lance, que l’Empire du Mal est terrassé ! Lire la suite…