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Posts Tagged ‘Miguel Amorós’

Miquel Amorós, La technologie comme domination, 2004

11 novembre 2015 Laisser un commentaire

La constatation que le cycle de luttes ouvrières inauguré par la révolte de Mai 68 s’était achevé dans les années 1980 par la défaite du prolétariat a conduit l’Encyclopédie des Nuisances (EdN), mon groupe de l’époque, à effectuer quelques déductions rapides. La première d’entre elles fut que la production moderne était uniquement production de nuisances, et par conséquent entièrement inutilisable (ou indétournable, comme l’auraient dit les situationnistes). La réappropriation de la société par la classe révolutionnaire ne pouvait se fonder sur l’autogestion du système productif, mais elle devait le démanteler. L’émancipation humaine ne pourrait jamais se réduire à une simple question de technique.

L’idée de trouver la liberté et le bonheur dans le développement des forces productives, à la façon du modèle progressiste bourgeois, était simplement une absurdité. Le développement de ces forces avait toujours été une arme contre la classe ouvrière et son projet d’émancipation; les racines de l’exploitation se trouvaient davantage dans ce développement (et les formes du travail et de survie qu’il imposait) que dans sa nature même. Après avoir produit un monde inutilisable, l’exploitation aspirait à devenir irréversible. Le groupe de l’EdN avait dit clairement que le dépassement historique de la société de classes passait par sa destruction complète et entière, et non par une autogestion de ses ruines, ou encore moins par un retour à un passé idyllique à l’abri de l’histoire. Cependant, la voie révolutionnaire pour la reconstruction d’une société libre posait des problèmes nouveaux que l’EdN avait à peine esquissés, comme celui de l’absence de sujet historique réel et celui de son contraire, le triomphe total de l’aliénation capitaliste ou, comme le disait l’Internationale Situationniste (IS), du spectacle. Lire la suite…

Miquel Amorós, La peste citoyenne, 2015

16 juillet 2015 Laisser un commentaire

La classe moyenne et ses angoisses

Que l’économie et la politique marchent main dans la main est une chose connue. La conséquence logique d’une telle relation est que la politique réelle se doit d’être fondamentalement économique : à l’économie de marché correspond une politique de marché. Les forces qui dirigent le marché mondial, dirigent de facto la politique des États, à l’extérieur aussi bien qu’à l’intérieur, ainsi qu’au niveau local. La réalité est la suivante : la croissance économique est la condition nécessaire et suffisante pour la stabilité sociale et politique du capitalisme. En son sein, le système de partis évolue selon le rythme du développement. Lorsque la croissance est importante, le système tend vers le bipartisme. Lorsqu’elle ralentit ou entre en récession, comme si elle obéissait à un mécanisme homéostatique, le panorama politique se diversifie. Lire la suite…

Miquel Amorós, Qu’est-ce que l’anti-industrialisme et que veut-il?, 2014

9 janvier 2015 Laisser un commentaire

Le courant anti-industriel émerge, d’un côté, du bilan critique de la période qui s’achève avec l’échec du vieux mouvement ouvrier indépendant et la restructuration globale du capitalisme, il naît donc entre les années 70 et 80 du siècle passé. D’un autre côté, il surgit dans la tentative naissante de retour à la campagne de cette époque et dans les explosions populaires contre la présence permanente d’usines polluantes dans les centres urbains et contre la construction de centrales nucléaires, de lotissements, d’autoroutes et de barrages. C’est à la fois, une analyse théorique des nouvelles conditions sociales qui prend en compte l’apport de l’écologie et une lutte contre les conséquences du développement capitaliste bien que les deux n’aient pas toujours marché ensemble.

Nous pouvons le définir comme une pensée critique et une pratique antagonique nées des conflits provoqués par le développement de la phase ultime du régime capitaliste, lequel correspond à la fusion de l’économie et de la politique, du Capital et de l’État, de l’industrie et de la vie. En raison de sa nouveauté et aussi de l’extension de la soumission et de la résignation des masses déclassées, réflexion et combat ne vont pas toujours main dans la main ; l’une postule des objectifs que l’autre ne veut pas toujours assumer : la pensée anti-industrielle lutte pour une stratégie globale de confrontation, alors que la lutte seule se réduit à la tactique, ce qui bénéficie seulement à la domination et à ses partisans. Les forces mobilisées ne sont presque jamais conscientes de leur tâche historique, alors que la lucidité critique ne parvient pas toujours à éclairer les mobilisations. Lire la suite…

Miguel Amorós, What is anti-industrialism and what does it want ?, 2014

9 janvier 2015 Laisser un commentaire

The anti-industrial current emerged, on the one hand, from the critical assessment of the period that came to an end with the failure of the old, independent workers’ movement and the global reconstruction of capitalism – thus it was born in the 1970s and 1980s. On the other hand, it arose in the nascent attempt to return to the country of the times and in the working-class explosions against the permanent presence of polluting factories in the urban centers and against the construction of nuclear power plants, housing blocs, motorways and roadblocks. At the time, anti-industrialism was a theoretical analysis of the new social conditions that took into account the contribution of ecology and the struggle against the consequences of capitalist development, though the two factors had never worked together before. We can define anti-industrialism as a critical thought and an antagonistic practice born from the conflicts provoked by the development of the ultimate phase of the capitalist regime, to which corresponds the fusion of the economy and politics, capital and the State, industry and life. Due to its novelty and the extension of submission and resignation among the down-and-out classes, reflection and conflict do not always go hand in hand; the first postulates objectives that the other one doesn’t always want to take on: anti-industrial thought fights for a global strategy of confrontation, while the struggle alone is reduced to tactics, which only benefits domination and its partisans. Mobilized forces are almost never aware of their historic task, while critical lucidity never manages to clarify mobilizations. Lire la suite…

Miguel Amorós, Qué es y qué quiere el antidesarrollismo, 2014

9 janvier 2015 Laisser un commentaire

El antidesarrollismo por un lado sale del balance crítico del periodo que se cierra con el fracaso del viejo movimiento obrero autónomo y con la reestructuración global del capitalismo; nace pues entre los años setenta y ochenta del pasado siglo. Por otro lado, surge en el incipiente intento de ruralización de entonces y en los estallidos populares contra la permanencia de fábricas contaminantes en los núcleos urbanos y contra la construcción de centrales nucleares, urbanizaciones, autopistas y pantanos. A la vez es un análisis teórico de las nuevas condiciones sociales que tiene en cuenta la aportación ecologista, y una lucha contra las consecuencias del desarrollo capitalista, aunque no siempre las dos cosas marchen juntas. Podemos definirlo como un pensamiento crítico y una práctica antagonista nacidos de los conflictos provocados por el desarrollo en la fase última del régimen capitalista, la que corresponde a la fusión de la economía y la política, del Capital y el Estado, de la industria y la vida. A causa de su novedad, y también por la extensión de la sumisión y la resignación entre las masas desclasadas, reflexión y combate no siempre van de la mano; una postula objetivos que el otro no siempre quiere asumir: el pensamiento antidesarrollista pugna por una estrategia global de confrontación, mientras que la lucha suele reducirse a tacticismo, lo que solamente beneficia a la dominación y a sus partidarios. Las fuerzas movilizadas casi nunca son conscientes de su tarea histórica, mientras que la lucidez de la crítica tampoco consigue iluminar siempre a las movilizaciones. Lire la suite…

Miquel Amorós, La décroissance revisitée, 2012

6 septembre 2014 Laisser un commentaire

« Bien que par modestie tu ne le crois pas,
les fleurs sur tes tempes paraissent laides. »
Ramón de Campoamor

Le constat de la crise actuelle comme résultat de la phase finale du capitalisme, la globalisation, a généré une réaction contre les grandes entreprises et la haute finance qui s’est matérialisée dans deux types de réponses, l’une politique, l’autre économique. La première essaie de soustraire l’État des influences du marché mondial par une série de mesures qui lui rendraient son autonomie et lui faciliteraient le contrôle des mouvements financiers. Dans le même temps, grâce à une réforme du parlementarisme, elle vise à renforcer le système des partis. Cela est résumé dans le “citoyennisme”. La deuxième réponse tente de mettre en place un système alternatif cohabitant avec le capitalisme, fondé sur l’expansion de ce que les Américains appellent le « troisième secteur » et les Européens « l’économie sociale ». Le retour donc à un État-nation revitalisé et la promotion de l’économie informelle et solidaire immergée dans la société marchandisée. Lire la suite…

Miquel Amorós, El decrecimiento revisitado, 2012

6 septembre 2014 Laisser un commentaire

“Aunque por tu modestia no lo creas,
las flores en tu sien parecen feas.”
Ramón de Campoamor

La constatación de la crisis presente como resultado de la etapa final del sistema capitalista, la globalización, ha originado una reacción contra las grandes corporaciones y las altas finanzas que se está materializando en dos clases de respuesta, una política y otra económica. La primera trata de sustraer al Estado de las influencias del mercado mundial, por una serie de medidas que le devuelvan su autonomía y le faciliten el control de los movimientos financieros. Al mismo tiempo, mediante una reforma del parlamentarismo, trata de fortalecer el sistema de partidos. Esto se resume en el “ciudadanismo.” La segunda, intenta fundar un sistema alternativo cohabitando con el capitalismo, basado en la expansión de lo que los americanos llaman “tercer sector” y los europeos, “economía social.” La vuelta pues al Estado-nación revitalizado y la promoción de una economía informal y solidaria sumergida en la sociedad mercantilizada.  Lire la suite…

Miquel Amorós, Fondements élémentaires de la critique anti-industrielle, 2010

3 septembre 2014 Laisser un commentaire

Le propos de cet exposé sera de signaler les lignes de force que suit la critique réelle du capitalisme dans ses phases ultimes, que nous avons qualifiée d’anti-industrielle. La question sociale fut posée au départ à partir de l’exploitation des travailleurs dans les ateliers, les usines et les mines. La critique sociale fut avant tout une critique de la société de classes et de l’État, mais, dans une phase postérieure du capitalisme, la question sociale surgit de la colonisation de la vie et de l’exploitation du territoire. Il faut comprendre que le territoire n’est pas le paysage ni l’« environnement », mais l’unité de l’espace et de l’histoire, du lieu et de l’habitant, de la géographie et de la culture. La critique sociale évolua en critique de la société de masse et de l’idée de progrès. Loin de repousser la critique antérieure, qui correspondait à un type de capitalisme ayant périclité, elle l’amplifiait et la prolongeait, englobant des faits nouveaux comme le consumérisme, la pollution, l’autonomie de la technoscience et le totalitarisme d’apparence démocratique. La critique anti-industrielle ne nie donc pas la lutte des classes, mais la conserve et la dépasse ; plus, la lutte des classes ne peut exister dans les temps qui courent autrement que sous la forme de lutte anti-industrielle. Dorénavant, celui qui parle de lutte des classes sans se référer expressément à la vie quotidienne et au territoire a dans la bouche un cadavre. Lire la suite…

Miquel Amorós, Elementos fundamentales de la crítica antidesarrollista, 2010

3 septembre 2014 Laisser un commentaire

El objetivo de esta disertación no es otro que el de exponer las líneas maestras por donde discurre la crítica real del capitalismo en sus últimas fases, a la cual hemos llamado antidesarrollista. La cuestión social quedó en sus inicios planteada partiendo de la explotación de los trabajadores en los talleres, fábricas y minas. La crítica social fue ante todo crítica de la sociedad de clases y del Estado, pero en una fase posterior del capitalismo, la cuestión social surgió de la colonización de la vida y la explotación del territorio. Entiéndase territorio no el paisaje o el “medio ambiente”, sino la unidad entre espacio e historia, lugar y habitante, geografía y cultura.

La crítica social pasó a ser crítica de la sociedad de masas y de la idea de progreso. Lejos de rechazar la crítica anterior, correspondiente a un tipo de capitalismo periclitado, la ampliaba y prolongaba, englobando hechos nuevos como el consumismo, la polución, la autonomía de la tecnociencia y el totalitarismo de apariencia democrática. La crítica antidesarrollista no niega pues la lucha de clases, sino que la conserva y la supera; es más, la lucha de clases no puede existir en estos tiempos que corren sino como antidesarrollismo. En lo sucesivo, quien hable de lucha de clases sin referirse expresamente a la vida cotidiana y al territorio, tiene en la boca un cadáver. Lire la suite…

Miquel Amorós, Que fut l’autonomie ouvrière ?, 2005

11 juillet 2013 Laisser un commentaire

Le mot « autonomie » a été lié à la cause du prolétariat dès ses premières interventions comme classe. Dans le Manifeste communiste, Marx définissait le mouvement ouvrier comme « le mouvement autonome de l’immense majorité dans l’intérêt de l’immense majorité ». Plus tard, mais en se basant sur l’expérience de 1848, dans De la capacité politique de la classe ouvrière (1865), Proudhon affirmait que pour que la classe ouvrière agisse d’une manière spécifique, il fallait qu’elle remplisse les trois exigences de l’autonomie : qu’elle ait conscience d’elle-même, que par conséquent elle affirme « son idée », c’est-à-dire, qu’elle connaisse « la loi de son être », qu’elle sache « [la] traduire par la parole, [l’]expliquer par la raison », et qu’elle tire de cette idée des conclusions pratiques. Aussi bien Marx que Proudhon avaient été témoins de l’influence de la bourgeoisie radicale dans les rangs ouvriers et essayaient de faire en sorte que le prolétariat se sépare d’elle politiquement. L’autonomie ouvrière fut exprimée définitivement dans la formule de la Première Internationale : « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Lire la suite…