Miguel Amorós, Les nouveaux habits du développementalisme capitaliste, 2019

Le monde capitaliste s’enfonce dans une crise écologique sans précédent qui menace sa continuité en tant que système basé sur la recherche du profit privé. De la pollution de l’air, de l’eau et du sol à l’accumulation de déchets et d’ordures ; de l’épuisement des ressources naturelles à l’extinction des espèces ; de l’urbanisation galopante au changement climatique ; une épée de Damoclès menace la société de marché. Les dirigeants de tous les secteurs industriels manifestent leur inquiétude face à une dégradation irréversible de l’environnement, envisageant une réorganisation de la production et de la consommation en fonction d’inévitables impératifs écologiques. Beaucoup d’entre eux sont convaincus que le système d’exploitation capitaliste ne pourrait perdurer autrement. La contradiction entre la croissance (l’accumulation de capital) et ses effets destructeurs (le désastre écologique) devra être surmontée par un compromis entre industrie et nature, ou plutôt, entre leurs représentants spectaculaires respectifs : d’un côté, les grands dirigeants, et de l’autre, les environnementalistes autorisés. Lire la suite »

Miquel Amorós, Los trajes nuevos del desarrollismo capitalista, 2019

El mundo capitalista se debate en una crisis ecológica sin precedentes que amenaza su continuidad como sistema fundamentado en la búsqueda del beneficio privado. De la contaminación del aire, las aguas y los suelos a la acumulación de residuos y basuras; del agotamiento de los recursos naturales a la extinción de las especies; de la marea urbanizadora al cambio climático; parece que una espada de Damocles penda sobre la sociedad de mercado. Dirigentes de todas las esferas de actividad muestran su preocupación ante una degradación ambiental imparable, llegando a plantearse una reorganización de la producción y el consumo de acuerdo con imperativos ecológicos inevitables. Son muchos los convencidos de que el sistema de explotación capitalista no se puede mantener de otra manera. La contradicción entre el crecimiento (la acumulación de capital) y sus efectos destructivos (el desastre ecológico), habrá de superarse con un compromiso entre industria y naturaleza, o mejor entre su respectiva representación espectacular: de una parte, los altos ejecutivos y de la otra, los ecologistas patentados. Lire la suite »

Miguel Amorós, Sur Jaime Semprun, 2017

Miguel Amorós évoque la vie et les œuvres de Jaime Semprun (26 juillet 1947 – 3 août 2010) avec une mention spéciale à son ouvrage de 1997, L’Abîme se repeuple récemment traduit en espagnol par les éditions Pepitas de Calabaza.

Cazarabet est le nom d’une librairie du Mas de las Matas (Teruel), en Espagne, où à eu lieu l’interview.

 

Photo de Jaime SemprunCazarabet : En tant qu’ami de Jaime et proche de sa pensée, quelle a été l’influence de la figure de son père, Jorge Semprun ?

Miguel Amorós : Jorge Semprun était son père uniquement en un sens biologique. Dans les quelques moments qu’il a passés auprès de lui, l’adolescent non-conformiste qu’était Jaime a reproché à son père d’être stalinien, et donc d’avoir contribué à l’œuvre totalitaire du régime soviétique pseudo-communiste. La réputation de son père en tant qu’écrivain et ami des politiciens était pour lui vulgaire et obscène, construite sur un gros mensonge dont il a tiré beaucoup de profit.

Jaime était tout le contraire. Il cultivait la vérité avec sobriété et discrétion. Il n’a jamais mis ses qualités en vente et a tout fait pour échapper au monstre de la publicité ; ce dernier a joué le jeu avec lui, l’ignorant. Il savait si bien comment se cacher du spectacle que trouver une photo de lui dans les médias aujourd’hui est une mission impossible. Lire la suite »

Miguel Amorós, On Jaime Semprun, 2017

Miguel Amorós discusses the life and works of Jaime Semprun, with special emphasis on Semprun’s 1997 book, L’Abîme se repeuple (The Abyss Repopulates Itself).

“Cazarabet” is the name of a bookstore in Mas de las Matas, Spain.

 

Photo de Jaime SemprunCazarabet: As a friend of Jaime’s who shared his views, what impact do you think the figure of his father, Jorge Semprun, had on him?

Miguel Amorós: Jorge Semprun was his father only in the biological sense. On the few occasions that Jaime, a non-conformist adolescent, mentioned him, he accused his progenitor of having been a Stalinist and therefore of having contributed to the totalitarian work of the pseudo-communist Soviet regime. His father’s celebrity as a writer and a friend of politicians seemed vulgar and obscene to Jaime, as it was founded on a big lie from which he derived a good payoff. Lire la suite »

Miguel Amorós, Sobre Jaime Semprún, 2017

Cazarabet: Amigo en el pensamiento de este escritor y pensador, ¿qué peso crees que supuso la figura de su padre, Jorge Semprún…?

Miguel Amorós: Jorge Semprún fue su padre sólo en sentido biológico. En los escasos momentos de trato, el adolescente inconformista que fue Jaime reprochó a su progenitor haber sido estalinista, y, por consiguiente, haber contribuido a la obra totalitaria del régimen seudocomunista soviético. La fama de su padre como escritor y amigo de políticos le resultaba vulgar y obscena, edificada sobre una gran mentira de la que sacó buena tajada. Él fue exactamente lo opuesto. Cultivó la verdad sobria y discretamente. Nunca puso en venta sus cualidades e hizo todo lo que pudo por apartarse del monstruo de la publicidad; éste le siguió el juego, ignorándolo. Supo tan bien ocultarse del espectáculo que encontrar hoy en los medios una foto suya resulta misión imposible. Lire la suite »

Miguel Amorós, Minuit dans le siècle, 2012

Notes contre le Progrès

« Il faut que la mémoire parvienne à renouer le fil du temps, pour rejoindre le point de vue central d’où peut se découvrir le chemin. Au-delà commence la reconquête d’une puissance d’un jugement critique qui réponde, sur tous les faits constatables, à l’avilissement de la vie, et qui précipite la scission dans la société, préliminaire à une révolution, sur la question historique par excellence qu’est la question du Progrès. »

“Histoire de dix ans”, Encyclopédie des Nuisances n°2, février 1985.

Popularisée par les Lumières, à l’origine l’idée de Progrès était presque subversive. L’Église avait imposé les dogmes de la création et du fixisme qui établissait l’immuabilité des êtres vivants, créés par Dieu tels que nous les voyons, ce qui explique pourquoi il y a très peu de lignes dans l’Encyclopédie à l’article “progrès”, qui est simplement défini comme un « mouvement vers l’avant ». D’autre part, Diderot et les autres encyclopédistes ne considéraient pas la société civilisée comme supérieure aux sociétés « primitives », bien au contraire, c’est pourquoi leur position à l’égard du Progrès était pour le moins sceptique ou réservée. Pour diverses raisons, l’idée s’est imposée en Europe au cours de la révolution industrielle. Comme l’a dit Mumford : « le progrès est l’équivalent dans l’histoire du mouvement mécanique à travers l’espace ». Il est l’interprétation du changement comme quelque chose qui va seulement dans un sens, et excluant explicitement tout retour en arrière, qu’il s’agisse de déclin ou de régression [par analogie avec l’irréversibilité des phénomènes physico-chimiques ; NdT]. La pensée des Lumières a fait de la production par les machines l’emblème d’un monde exempt de préjugés religieux et gouverné par la Raison, où le bonheur serait à la portée de tout le monde. Lire la suite »

Miguel Amorós, Media noche en el siglo, 2012

Apuntes contra el progreso

“…hace falta que la memoria consiga retomar el hilo del tiempo para recobrar el punto de vista central desde donde descubrir el camino. A partir de ahí comienza la reconquista de la capacidad de un juicio crítico que basándose en hechos constatables dé respuesta al envilecimiento de la vida, y que precipite la escisión de la sociedad, momento preliminar de una revolución, planteando la cuestión histórica por excelencia, a saber, la cuestión del progreso.”

Historia de diez años, Encyclopédie des nuisances, nº 2.

Dada a conocer por la Ilustración, en sus orígenes la idea de Progreso era casi subversiva. La Iglesia imponía los dogmas de la creación y el fijismo que sentaban la inmutabilidad de los seres vivos, creados por la divinidad tal como eran, por lo que en la Enciclopedia hubo pocas líneas bajo la rúbrica “Progreso”, definido simplemente como “movimiento hacia delante.” Por otra parte, Diderot y otros enciclopedistas no consideraban la sociedad civilizada como superior a la salvaje sino bien lo contrario, por lo que su posición relativa al progreso sería cuando menos escéptica o precavida. Sea por una cosa o por la otra, la idea se fue imponiendo en Europa a partir de la revolución industrial. Como dice Mumford, “el progreso era el equivalente en historia del movimiento mecánico a través del espacio.” Era la interpretación del hecho del cambio como algo unidireccional, donde la marcha atrás, o sea, la decadencia o el retroceso, quedaban explícitamente excluidos. El pensamiento ilustrado interpretaba la producción industrial como el anuncio de un mundo libre de prejuicios religiosos y gobernado por la Razón, donde todos tendrían la felicidad al alcance de la mano. Lire la suite »

Miguel Amorós, Midnight in the Century, 2012

notes against progress

An examination of the history and significance of the concept of “progress”, its origins as an expression of the Enlightenment’s battle against religious bigotry and ignorance, its transformation into a “new [scientific] superstition” characterized by indifference to nature and the worship of technological change, and its current status as “a threat to the survival of the human species”.

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“Memory needs to reestablish the thread of time to recover the central point of view from which the road forward may be discovered. From that point begins the reconquest of the capacity for critical judgment that will be based on verifiable facts, that will be able to respond to the degradation of life, and that will precipitate the split in society, the preliminary moment for a revolution, proposing the historical question par excellence, that is, the question of progress.”

“History of Ten Years”, Encyclopédie des Nuisances, No. 2

Made famous by the Enlightenment, in its origins the idea of Progress was almost subversive. The Church imposed the dogmas of creation and permanence that established the immutability of living beings, created by the divinity just as they were, which is why there are very few lines in the Encyclopedia under the caption of “Progress”, which is simply defined as “forward movement”. On the other hand, Diderot and the other Encyclopedists did not consider civilized society to be superior to the society of the savages—quite the contrary—which is why their position with regard to progress was sceptical or reserved, to say the least. For one reason or another, the idea was imposed in Europe during the Industrial Revolution. As Mumford said, “progress was the equivalent in history of mechanical motion through space”. It was the interpretation of the fact of change as something that only went in one direction, in which going backwards, or decline or regression, were explicitly excluded. Enlightenment thought interpreted industrial production as the herald of a world free of religious prejudices and ruled by Reason, where happiness would be within the reach of everyone. Lire la suite »

Miquel Amorós, Vent debout contre le mal français, 2017

Le recul théorique causé par la disparition de l’ancien mouvement ouvrier a permis l’hégémonie d’une philosophie surprenante, la première qui ne se fonde pas sur l’amour de la vérité, objet primordial du savoir. La pensée faible (ou philosophie de la postmodernité) relativise ce concept, qu’elle fait dériver d’un mélange de conventions, de pratiques et de coutumes instables dans le temps, quelque chose de « construit », et, par conséquent, d’artificiel, sans aucun fondement. Et dans la foulée, toute idée rationnelle de réalité, de nature, d’éthique, de langage, de culture, de mémoire, etc.

De plus, certaines autorités du petit monde postmoderne n’ont pas manqué de qualifier certaines d’entre elles de « fascistes ». Finalement en récupérant Nietzsche, il n’y a donc plus de la vérité, mais seulement de l’interprétation. En vérité, une telle démolition systématique d’une pensée qui naît avec les Lumières et réclame la constitution de la liberté – qui donnera naissance, plus tard, avec l’apparition de la lutte de classes moderne, à la critique sociale et aux idéologies révolutionnaires – par ceux qui plutôt que de se baigner dans l’eau claire de l’authenticité préfèrent se vautrer dans la boue de l’imposture – principalement les professeurs et les étudiants –, a toute les apparences d’une démystification radicale menée à bien par de véritables penseurs incendiaires, dont la finalité ne serait rien d’autre que le chaos libérateur de l’individualité exacerbée, la prolifération d’identités et l’abrogation de toute norme de conduite commune. Au lendemain d’une telle orgie de déconstruction, aucune valeur ni aucun concept universel ne tiendrait plus debout : être, raison, justice, égalité, solidarité, communauté, humanité, révolution, émancipation… seront tous qualifiés d’« essentialistes », c’est-à-dire, d’abominations « pro-natura ».Lire la suite »

Miquel Amorós, Une critique libertaire de la gauche du capitalisme, 2016

Le capital a prolétarisé le monde et dans le même mouvement a visiblement supprimé les classes. Si les antagonismes ont été intégrés, s’il n’y a plus de lutte des classes, il n’y a plus de classes. Et il n’y a pas de syndicats dans le véritable sens du terme. En effet, si le scandale de la séparation sociale entre riches et pauvres, dirigeants et dirigés, exploiteurs et exploités n’est plus la source principale du conflit et que les rares luttes qui en découlent restent à l’intérieur du système sans jamais le remettre en question, alors il n’y a plus de classe en lutte, mais une société de masse à la dérive.

Les syndicats, la carcasse d’une classe dissoute, poursuivent un autre objectif : maintenir la fiction d’un marché du travail régulé. Aujourd’hui, l’ouvrier est la base du capital, et non sa négation. Le capital s’empare de toute activité, et son principe structure la société entière : il réalise le travail et transforme le monde en un monde de travailleurs. De travailleurs consuméristes. Fin d’une classe ouvrière en marge, extérieure et opposée au capital, avec ses valeurs propres, et en même temps généralisation du salariat et des valeurs marchandes.Lire la suite »