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Posts Tagged ‘Mexique’

Ivan Illich, Disvaleur, 1986

11 octobre 2020 Laisser un commentaire

Le forum du professeur Tamanoï

Cette première réunion publique de l’Entropy Society japonaise nous donne l’occasion de rendre hommage à la mémoire du professeur Joshiro Tamanoï. La plupart d’entre nous ont été ses amis ou ses élèves. Ce sont les questions qu’il a soulevées qui amènent ici aujourd’hui six cents participants, physiciens et biologistes, économistes et écologistes.

Alors qu’il enseignait l’économie à l’université de Tokyo, le professeur Tamanoï avait traduit Karl Polanyi en japonais. À travers son enseignement et ses ouvrages, il a conféré à la recherche écologique une saveur japonaise unique en liant dimensions culturelles et dimensions physiques. Cela, il l’a accompli en se concentrant sur l’interaction entre l’idéologie économique d’une époque et la matrice terre-eau correspondante de la vie sociale. Il a été un actif militant d’une politique de l’environnement et un enseignant hors pair. Et jamais ceux qui furent ses amis n’oublieront sa délicatesse. Lire la suite…

Ivan Illich, Disvalue, 1986

11 octobre 2020 Laisser un commentaire

Professor Tamanoy’s Forum

This first public meeting of the Japanese Entropy Society provides us with an occasion to commemorate Professor Joshiro Tamanoy. Most of us knew him as friends and as pupils. The questions he asked bring together today 600 physicists and biologists, economists and green activists.

While a Professor of Economics at Tokyo University, he translated Karl Polanyi into Japanese. But in his own teaching and writing he brought a uniquely Japanese flavor to ecological research by relating cultural to physical dimensions. He did so by focusing on the interaction between an epoch’s economic ideology and the corresponding soil-water matrix of social life. He was an active environmental politician and a master teacher. And no one who experienced his friendship will ever forget its delicacy. Lire la suite…

Ivan Illich, Desvalor, 1986

11 octobre 2020 Laisser un commentaire

El foro del profesor Tamanoi

Esta primera reunión pública de la Entropy Society japonesa nos permite conmemorar al profesor Joshiro Tamanoi. La mayoría de nosotros fuimos sus amigos o sus alumnos. Las cuestiones que suscitó son las que congregan aquí a 600 participantes, físicos y biólogos, economistas y ecologistas.

Cuando enseñaba economía en la universidad de Tokio, el profesor Tamanoi tradujo a Karl Polanyi en japonés. A través de su enseñanza y sus obras, le dio un sabor japonés único a la investigación ecológica uniendo dimensiones culturales y dimensiones físicas. Logró esto concentrándose en la interacción entre la ideología económica de una época y la matriz tierra-agua que corresponde a la vida social. Fue un militante activo de una política del medio ambiente y un maestro fuera de serie. Los que fueron sus amigos nunca olvidarán su delicadeza. Lire la suite…

Jean Robert, Production, 1992

11 septembre 2020 Laisser un commentaire

Le Dictionnaire du développement,
un guide de la connaissance comme pouvoir

 

Un homme et un concept

Don Bartolo habite une masure derrière ma maison. Comme beaucoup d’autres personnes déplacées, c’est un intrus, un « envahisseur » ou un « parachutiste », comme ont dit au Mexique. Avec du carton, des bouts de plastique et de la tôle ondulée, il a édifié une cabane dans un terrain au propriétaire absent. S’il a de la chance, un jour il construira en dur et couronnera les murs d’un toit d’amiante-ciment ou de tôle. Derrière sa demeure, il y a un terrain vague que son propriétaire lui permet de cultiver. Don Bartolo y a établi une milpa : un champ de maïs ensemencé juste au début de la saison des pluies afin qu’il puisse donner une récolte sans irrigation. Dans la perspective de l’homme moderne, l’action de Bartolo peut paraître profondément anachronique. Lire la suite…

Jean Robert, Production, 1992

11 septembre 2020 Laisser un commentaire

The Development Dictionary,
A Guide to Knowledge As Power

 

A man and a concept

Don Bartolo lives in a shack behind my house. Like many other “displaced persons” in Mexico, he is a squatter. He constructed his dwelling of cardboard, together with odd pieces of plastic and tin. If he is lucky, he will eventually build walls of brick and cover them with some kind of cement or tin roofing. Stretching behind his hut, there is an expanse of barren unused land. From the owner he got permission to cultivate it, to establish a milpa: a field of corn planted just when the rains start so that a crop can be harvested without irrigation. Bartolo’s action may appear to us profoundly anachronistic. Lire la suite…

Jean Robert, Produccion, 1992

11 septembre 2020 Laisser un commentaire

Diccionario del desarrollo,
Una guía del conocimiento como poder

 

Un Hombre y un Concepto

Don Bartolo vive en una choza atrás de mi casa. Como muchas otras personas desplazadas, es un intruso, un invasor o, como se dice en México, un “paracaidista”. En un terreno desocupado improvisó una casucha con cartón y desechos de plástico y de hojalata. Si le va bien, algún día construirá paredes de ladrillo y las cubrirá con una lámina de asbesto u hojalata. Atrás de su morada hay una franja de terreno baldío. Consiguió permiso del dueño para cultivar una milpa: un campo de maíz sembrado justo cuando las lluvias empiezan para que pueda dar una cosecha sin riego. Desde la perspectiva del hombre moderno, el quehacer de Bartolo parece profundamente anacrónico. Lire la suite…

Gustavo Esteva, Au-delà du développement, 1994

20 juillet 2020 Laisser un commentaire

Seul un regard archéologique comme celui de Wolfgang Sachs [1] permet de découvrir les ruines laissées par le développement, tant dans la perception commune que dans la nature et la culture. N’y a-t-il pas cependant autre chose à voir de l’autre côté, c’est-à-dire au-delà de cette « vision globale » ? Comment est le monde au-delà du développement ?

J’ai tenté ici de raconter les expériences que j’ai pu observer dans les villages paysans et dans les quartiers populaires, en montrant que les habitants qui se mobilisaient avaient été profondément déçus par les promesses des « développementalistes », ces promoteurs du développement à tout prix ; en montrant aussi avec quelle lucidité ces gens ont résisté à la rupture historique qu’on leur imposait, puisent dans leurs traditions, et font appel tout particulièrement à cette tradition qui permet de modifier et d’enrichir la tradition. Lire la suite…

Jérôme Baschet, Une juste colère, 2019

16 juin 2020 Laisser un commentaire

Introduction

Ceci n’est pas un livre sur le soulèvement des Gilets Jaunes. Il a été écrit alors que je me sentais pris dans le tsunami qui a déferlé à partir du 17 novembre 2018, même si je n’y ai pas participé directement, me trouvant alors au Chiapas. Et c’est sous le coup de l’intense émotion ressentie en lisant les premiers récits des journées de décembre ou en découvrant l’Appel de Commercy que j’ai jeté sur mon écran la lettre reprise en tête de ce livre. A cet égard, je persiste à revendiquer les vertus de l’enthousiasme qui ne me semble pas nécessairement conduire à abandonner tout esprit critique ni à renier l’exercice de la raison.

Je ne livre pas ici une analyse du soulèvement des Gilets Jaunes. Il en a été produit en abondance et d’autres encore viendront. J’ai plutôt cherché à aborder quelques questions qui pourraient être pertinentes dès lors qu’on se demande comment un tel mouvement pourrait amplifier encore sa dynamique. Des questions telles que : comment mieux identifier les racines des problèmes suscitant une si large colère? Quelles sont les formes de lutte les plus adéquates ? A quel mur se heurte-t-on ? Contre qui ou contre quoi s’agit-il de se battre ? Et que peut-on vouloir ?

S’il est impossible de qualifier de manière univoque le mouvement des Gilets Jaunes, et s’il faut bien reconnaître qu’il a été affecté par les dérives xénophobes ou racistes de certain.e.s et par les ambitions personnelles de quelques-un.e.s, il a balayé bien des idées reçues et ouvert des perspectives largement imprévues. Une véritable irruption populaire a fait vaciller le pouvoir. Celles et ceux qui avaient toujours tout accepté sans sourciller ont pu éprouver la force collective que leur confère leur capacité à dire non. Dynamitant les cadres de la politique classique et récusant avec une impressionnante clairvoyance toutes les formes de la représentation, ils ont pu, à travers les modalités de lutte qu’ils inventaient, retrouver l’expérience d’une véritable communauté et atteindre un haut degré de critique en acte des formes habituelles de la vie atomisée et appauvrie.

Pour les raisons que l’on évoquera plus loin, il y a lieu de penser que ce soulèvement – tout comme les mobilisations pour le climat qui ont pris leur essor au même moment – est annonciateur de nouvelles formes d’explosion sociale appelées à se multiplier dans les années à venir. Ce livre est écrit depuis le désir que les aspirations les plus aiguës qui se sont manifestées alors puissent gagner encore en puissance et frayer des chemins vraiment libérateurs. Lire la suite…

Jérôme Baschet, Lettres ouvertes du Chiapas, 2018

14 décembre 2018 Laisser un commentaire

Lettre à celles et ceux « qui ne sont rien »

depuis le Chiapas rebelle

On l’entend partout ces jours-ci : c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Et là où beaucoup s’affligeaient de ne voir que le marécage stagnant d’une majorité dite silencieuse et passive ont surgi mille torrents impétueux et imprévisibles, qui sortent de leur cours, ouvrent des voies inimaginables il y a un mois encore, renversent tout sur leur passage et, malgré quelques dévoiements initiaux, démontrent une maturité et une intelligence collective impressionnantes. C’est la force du peuple lorsqu’il se soulève, lorsqu’il reprend sa liberté. C’est une force extraordinaire et ce n’est pas pour rien que l’on invoque tant 1789, mais aussi 1793 et les sans-culottes. Ami.e.s gilets jaunes, vous avez déjà écrit une page glorieuse de l’histoire de notre pays. Et vous avez déjà démenti tous les pronostics d’une sociologie compassée sur le conformisme et l’aliénation du grand nombre. Lire la suite…