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Posts Tagged ‘mathématiques’

Olivier Rey, La confusion des lois, 2015

16 juin 2019 Laisser un commentaire

Dans les dictionnaires français contemporains, comme le Trésor de la langue française (1971-1994), les multiples acceptions du mot « loi » se rangent sous deux grandes rubriques :

I. Règle générale impérative.

II. Régularité générale constatable.

Dans le premier cas, la loi s’énonce sur le mode d’un devoir, de ce qui doit être – elle est impérative. Dans le second, elle s’énonce comme un état de fait, comme ce qui est – on peut la constater. Cette ambivalence n’est pas une singularité du français, mais se retrouve dans toutes les langues européennes (avec les termes law en anglais, Gesetz en allemand, legge en italien, ley en espagnol, lei en portugais, nomos en grec, etc.) Un net contraste existe pourtant entre les deux acceptions du mot. Lire la suite…

Karel Čapek, La mort d’Archimède, 1938

Ainsi donc l’histoire d’Archimède ne s’est pas passée tout à fait de la manière dont on nous la raconte. S’il est vrai qu’il a été tué pendant la conquête de Syracuse par les Romains, il n’est pas exact que ce fut un simple soldat romain qui pénétra dans sa demeure pour piller, ni qu’Archimède, plongé dans l’étude d’une construction géométrique, lui ait crié en colère : « Ne touche pas à mes cercles ! »

En premier lieu, Archimède n’était point du tout ce professeur distrait, vivant dans l’ignorance de ce qui se passait autour de lui ; c’était au contraire un vrai soldat, qui avait inventé et construit des machines de guerre pour la défense de Syracuse ; deuxièmement, le soldat romain n’était nullement un pillard ivre, mais l’érudit et ambitieux Lucius, capitaine de légion, sachant très bien à qui il avait l’honneur de parler, et qui n’était nullement venu pour piller. Lire la suite…

Radio: Céline Pessis, Grothendieck, hommage au défunt?, 2015

11 février 2015 Laisser un commentaire

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Beaucoup ont découvert Alexandre Grothendieck à l’occasion de l’hommage médiatique, écologiste et présidentiel qui vient de lui être rendu suite à son décès le 13 novembre 2014.

La France s’enorgueillit de la disparition de ce « génie national » – omettant de mentionner que celui-ci resta longtemps, et délibérément, apatride. La « communauté mathématique » salue l’un de ses plus éminents représentants – se gardant bien d’évoquer les raisons de son retrait de la recherche au début des années 1970. C’est que la situation n’a guère changé et qu’il serait de mauvais ton de rappeler que notre génie démissionna avec fracas de son institut de recherche pour cause de financements militaires ! Inutile que les chercheurs s’inquiètent de la profonde collusion entre l’entreprise scientifique et les pouvoirs militaires et industriels. Mieux vaut semer l’oubli que de petits Grothendieck… Lire la suite…

Roger Godement, Science et Défense, 1994

26 septembre 2012 Laisser un commentaire

Nous [Gazette des mathématiciens] entamons un dossier/débat sur le thème des rapports entre les scientifiques (et particulièrement les mathématiciens bien sûr) et les applications militaires de leur science. Le débat entre M. Carayol et R. Godement sera notamment suivi dans le prochain numéro d’un texte de R. Godement développant son point de vue et les informations esquissées lors du débat.

Après la guerre du Golfe, et l’éclatement de l’URSS, il semblait intéressant de faire le point sur ce sujet. C’est pourquoi l’I.S.M. (Institut des Sciences de la Matière) de l’Université Claude Bernard (Lyon 1) organisait un dîner débat en novembre 1991 sur ce thème. Les invités étaient :

M. Michel Carayol

ingénieur général de l’armement

Chef des services des Recherches de la DRET

et

M. Roger Godement

Professeur honoraire de Mathématiques

Université Paris 7 Lire la suite…

Roger Godement, Mathématiciens (purs) ou putains (respectueuses) ?, 1971

25 septembre 2012 Laisser un commentaire

Chers Collègues,

Vous m’invitez à participer à une 1972 Summer School on Modular Functions qui sera financée par l’OTAN. Je n’y participerai pas dans de telles conditions, et vous le savez parfaitement bien puisque je vous l’ai dit il y a déjà quelques mois.

Je ne suis à vendre à aucune espèce de militaire ; j’ai commis une fois dans ma vie (en 1965, à la Boulder Conference on Algebraic Groups) l’erreur de participer à une réunion financée, totalement ou en partie, par une organisation militaire, et je pense que c’est déjà beaucoup trop pour mon goût. Je ne vois aucune relation entre les fonctions modulaires et une institution telle que l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Si vous en voyez une, cela montre que les vertus éducatives des mathématiques sont vraiment très réduites, puisqu’on trouve partout dans le monde des dizaines de milliers d’étudiants de première année qui seraient en mesure de vous expliquer qu’un scientifique ne peut pas coopérer décemment, même et surtout pour la cause de la science, avec des gens dont la seule vocation scientifique est de transformer le progrès scientifique en armements. Je préférerais accepter de l’argent de nos maquereaux parisiens – ils ne tuent presque jamais personne -, ou de la branche américaine de la Maffia (puisqu’elle désire entrer dans les affaires régulières, elle pourrait s’intéresser au financement de la théorie des fonctions modulaires, ne serait-ce que pour le prestige…). Lire la suite…

Roger Godement, Pourquoi faites-vous des sciences ?, 1971

25 septembre 2012 Laisser un commentaire

Comment passe-t-on de la science pure à la science appliquée, à la technologie, à la quincaillerie ? Existe-t-il une idéologie de la science ? Les mathématiques sont-elles un instrument de répression des fils de prolos en France, et peuvent-elles servir à les libérer en Chine ? Avez-vous réfléchi aux obstacles psychologiques que doit surmonter le chercheur débutant ? Existe-t-il des hiérarchies sociales à l’intérieur du milieu scientifique ? Le problème est-il de faire calculer les réacteurs des Mirages par des fils de prolos plutôt que par des fils de bourgeois ? Possède-t-on des informations statistiques sur l’origine sociale des scientifiques ? Lire la suite…

Le mathématicien français Alexandre Grothendieck refuse le prix Crafoord, 1988

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English version at the bottom of this post.

Le mathématicien français Alexandre Grothendieck, qui obtint en 1966 la médaille Fields, l’équivalent du prix Nobel en mathématiques, vient de refuser le prix Crafoord que l’Académie royale des sciences de Suède avait décidé de lui décerner (Le Monde daté 17-18 Avril). Ce prix, d’une valeur de 270 000 dollars (1,54 millions de francs), qu’il devait partager avec l’un de ces anciens élèves, le belge Pierre Deligne, récompense depuis 1982 des chercheurs travaillant dans le domaine des mathématiques, des sciences de la Terre, de l’astronomie et de la biologie. Le géophysicien français Claude Allègre en fut le lauréat en 1986. Dans le texte qui suit et qui est adressé au secrétaire perpétuel de l’Académie royale des sciences de Suède, M. Alexandre Grothendieck explique les raisons de son refus.  Lire la suite…

Alexandre Grothendieck, La vie mathématique en République Démocratique du Vietnam, 1967

I.

Au début de cette année, j’ai reçu par personnes interposées, de la part de quelques mathématiciens de la R.D.V., la demande de tous les tirages à part dont je pourrais disposer dans les sujets de la Géométrie Algébrique et de l’Algèbre. Comme sans doute beaucoup de mes collègues « occidentaux », j’ignorais jusqu’à ce moment-là l’existence d’une vie mathématique en R.D.V., et a fortiori de collègues vietnamiens de là-bas désireux de se mettre au courant d’une partie de la Mathématique moderne qui n’est pas réputée facile, comme la Géométrie Algébrique. Il va sans dire que j’étais enchanté de pouvoir être utile à nos collègues vietnamiens, et je me suis empressé de leur faire envoyer, en même temps que tous les tirages à part personnels que j’avais, tous les textes mathématiques disponibles diffusés par les soins de l’I.H.E.S. Lire la suite…