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Posts Tagged ‘marchandise’

Jean Robert, Les visages de la modération radicale, 2016

Illich et la guerre contre la subsistance,
hier et aujourd’hui

Durant l’automne de 2013, l’essayiste public que je prétends être a dû faire face à deux tâches hétérogènes entre lesquelles j’ai eu l’intuition de convergences à explorer, mais aussi la certitude immédiate d’incompatibilités. Ce furent, d’une part, la rédaction d’un essai et la traduction française de textes d’un collègue mexicain sur la « petite école » zapatiste qui eut lieu en août et, d’autre part l’élaboration de l’article que le lecteur a sous les yeux. Lire la suite…

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Ivan Illich, Le travail fantôme, 1980

30 mars 2019 Laisser un commentaire

Le roman de Nadine Gordimer Burger’s Daughter était sur mon bureau lorsque j’ai commencé à ébaucher cet essai. L’auteur y montre avec une rare maîtrise l’image arrogante du libéralisme de notre époque renvoyée par le brillant et cynique miroir de sa terre natale, l’État policier d’Afrique du Sud. Son héroïne souffre d’une « maladie » :

« L’incapacité d’ignorer qu’une vie normale et saine a pour condition la souffrance d’autres êtres humains. »

Dans Feminization of America, Ann Douglas dégage une idée similaire. Pour elle, la « maladie » vient de la perte d’une sentimentalité – une sentimentalité attachée à des valeurs qui sont précisément celles que la société industrielle détruit. Quiconque souffre de cette perte de sentimentalité prend conscience de la ségrégation : celle que nous connaissons maintenant, ou celle qui sera notre lot après la révolution.

Dans cet essai je veux explorer pourquoi, dans une société industrielle, une telle ségrégation existe inéluctablement ; pourquoi, sans ségrégation basée sur le sexe ou la pigmentation, sur les diplômes ou la race ou sur l’adhésion à un parti, une société construite sur le postulat de la rareté ne peut exister. Et, pour approcher en termes concrets les formes méconnues de la ségrégation, je veux parler de la bifurcation fondamentale du travail qu’implique le mode de production industriel. Lire la suite…

François Bott, Les situationnistes et l’économie cannibale, 1971

22 décembre 2018 Laisser un commentaire

Au début de l’année 1968, un critique, traitant de la théorie situationniste, évoquait, en se moquant, une « petite lueur qui se promène vaguement de Copenhague à New York ». Hélas, la petite lueur est devenue, la même année, un incendie, qui a surgi dans toutes les citadelles du vieux monde. A Paris, à Prague, à Rome, à Mexico et ailleurs, la flambée a ressuscité la poésie, la passion de la vie dans un monde de fantômes. Et beaucoup de ceux qui, alors, ont refusé le sort qui leur était fait, la mort sournoise qui leur était infligée tous les matins de la vie, beaucoup de ceux-là – jeunes ouvriers, jeunes délinquants, étudiants, intellectuels – étaient situationnistes sans le savoir ou le sachant à peine.

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Olivier Rey, Le transhumanisme comme régression, 2014

27 mars 2018 Laisser un commentaire

Au début du XVIIe siècle, Cervantès a mis en scène dans le premier roman moderne, Don Quichotte, un personnage si imbu de romans de chevalerie que c’est à travers eux qu’il appréhendait la réalité, ce qui lui valut bien des déboires. Au XIXe siècle, Flaubert a raconté une histoire similaire : à la place de Don Quichotte parcourant l’Espagne, madame Bovary dans la campagne normande, à la place des romans de chevalerie qui ont détraqué l’esprit du Quichotte, les romans d’amour de style troubadour qui ont égaré Emma. Là encore, la confrontation à la réalité est douloureuse. Peut-être qu’au XXIe siècle, il faudra écrire l’histoire d’un être gavé de propagande transhumaniste, et déconfit de ne pas trouver dans les implants, prothèses, augmentations et autres interfaces corps-machine l’accomplissement et l’enchantement qu’on lui prédisait et qu’il se promettait. Lire la suite…

Henri Mora, Le travail et la marchandise, 2011

19 janvier 2017 Laisser un commentaire

Tout est si bien porté par la manière de considérer le monde qu’il paraît impossible de le voir différemment. Vendre et acheter se révèle être la seule occupation de nos contemporains afin de répondre à leur « soucis incessant d’améliorer leur sort ». Mais n’est-ce point le travail, non comme activité humaine, mais parce qu’il se trouve à l’origine des rapports sociaux qu’il crée en tant que producteur de richesse (de « plus-value »), qui détermine l’évolution de l’histoire et des conditions sociales, économiques et humaines, comme il détermine l’évolution des moyens de production ? Lire la suite…