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Posts Tagged ‘marchandise’

Radio: David Gaborieau, Contre Amazon et le monde de la logistique, 2019

10 octobre 2019 Laisser un commentaire

Alors que la multinationale Amazon affiche près de 180 milliards de chiffre d’affaires pour l’année 2017, des voix s’élèvent partout en Europe (Allemagne, Pologne, Espagne, etc.) contre le « modèle Amazon » : promesses d’emplois non réalisées, usage massif d’intérimaires, précarisation et conditions de travail insupportables, casse du droit du travail et pression sur les syndicats, fraude fiscale et subventions publiques, destruction des librairies et des commerces locaux, bétonisation des terres et augmentation massive du trafic routier, et plus récemment, le scandale des milliers de produits qui sont secrètement détruits parce qu’ils ne se vendent pas assez.

Une conférence du sociologue du travail David Gaborieau, enregistrée à la librairie anarchiste la Gryffe de Lyon en septembre 2019, qui nous raconte les conditions de travail dans les plateformes logistiques et comment ce secteur qui concerne maintenant toute la distribution des marchandises a évolué.

David Gaborieau participe à la Plateforme d’enquête militante.

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Source: Blog Floraisons.

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Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.
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Émission Racine de Moins Un n°55, diffusée sur Radio Zinzine en septembre 2019.

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Murray Bookchin, Économie de marché ou économie morale?, 1983

21 septembre 2019 Laisser un commentaire

Ce texte est la transposition sous forme d’article d’une conférence donnée par Bookchin en juillet 1983 lors du rassemblement annuel de l’Association des agriculteurs biologiques de Nouvelle-Angleterre, publié dans The Modern Crisis (New Society Publishers/Black Rose Books, Philadelphia/Montréal, 1986). C’est l’un des rares textes consacrés par Bookchin à l’économie. Pour l’essentiel, il constitue une critique radicale de l’ « économie de marché », mais – et c’est là son originalité et, peut-on penser, son intérêt – ce n’est en rien une critique d’économiste, qui mettrait en évidence les dysfonctionnements, les absurdités ou l’inéluctabilité de la crise de cette économie. Comme il l’a fait si souvent, c’est à partir du projet d’une autre société, écologique et libertaire, qu’il critique la société présente. Et cette critique est essentiellement « morale » en ce sens qu’elle vise la nature des relations sociales, psychologiques, affectives…, que l’économie de marché impose aux êtres humains. De même, aux mécanismes de l’économie de marché il n’oppose pas le schéma d’une autre organisation de la sphère économique mais une autre conception – « morale » – des rapports que les individus entretiennent pour satisfaire aux exigences de la vie matérielle. Cette critique de l’économie capitaliste porte ici exclusivement sur la sphère de la distribution et sur les rapports entre vendeurs et acheteurs. On peut supposer que s’il insiste sur cet aspect, c’est qu’il est peu présent dans la critique marxiste courante. Ce n’est pas pour autant que Bookchin ignore la sphère de la production et l’exploitation du travail en régime capitaliste, ainsi que l’attestent nombre de ses écrits.

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Tôt ou tard, tout mouvement en faveur d’un changement social radical doit se confronter à la manière dont les gens produisent les biens matériels indispensables à leur vie – leur nourriture, leur logement et leurs habits – et à la façon dont ces moyens de subsistance sont distribués. Afficher une réticence polie au sujet de la sphère matérielle de l’existence humaine, négliger avec dédain cette sphère comme « matérialiste », c’est se montrer largement insensible aux conditions premières de la vie elle-même. Ce que nous mangeons pour sustenter notre métabolisme animal, tout vêtement ou demeure que nous utilisons pour nous abriter des rudesses de la nature, cela est normalement fourni par des individus comme nous qui doivent travailler pour nous approvisionner, autant, du moins peut-on l’espérer, que nous-mêmes le devons pour les approvisionner. Lire la suite…

Murray Bookchin, Market Economy or Moral Economy?, 1983

21 septembre 2019 Laisser un commentaire

Sooner or later, every movement for basic social change must come to grips with the way people produce the material means of life — their food, shelter, and clothing — and the way these means of life are distributed. To be discreetly reticent about the material sphere of human existence, to loftily dismiss this sphere as « materialistic, » is to be grossly insensitive to the preconditions for life itself. Everything we eat to sustain our animal metabolism, every dwelling or garment we use to shelter us from the inclemencies of nature, are normally provided by individuals like ourselves who must work to provision us, as we, one hopes, are obliged to provision them.

Although economists have blanketed this vast activity with amoral, often pretentiously « scientific » categories, preindustrial humanity always saw production and distribution in profoundly moral terms. The cry for « economic justice » is as old as the existence of economic exploitation. Only in recent times has this cry lost its high standing in our notion of ethics, or, more precisely, been subordinated to a trivial place by a supraeconomic emphasis on « spirituality » as distinguished from « materiality. »

Accordingly, it is easy to forgive the great German thinker Theodor Adorno for acidly observing a generation ago: « There is tenderness only in the coarsest demand: that no one shall go hungry anymore » (Minima Moralia). Lire la suite…

Groupe Oblomoff, Le Monde en pièces, vol. 1, 2012

16 septembre 2019 Laisser un commentaire

Avant-propos

À l’automne 2009, un séminaire intitulé “Critique de la gestion” démarre dans les locaux d’un site anonyme du CNRS. Chaque séance se déroule sur la base d’un ou deux exposés, dont la, le ou les auteurs fournissent sur-le-champ un résumé sur papier aux participants.

Les textes ici rassemblés sont issus des exposés présentés au cours de la première année, consacrée au thème de la quantification.

La deuxième année du séminaire (2010-2011) a été consacrée à l’informatisation, la troisième (2011-2012) à la certification. Deux autres ouvrages devraient suivre sur le modèle de celui-ci.

L’introduction est signée Oblomoff, un groupuscule obscur dont l’influence réelle – l’habile noyautage de ce séminaire par exemple – est sans commune mesure avec le nombre réduit de ses membres, sélectionnés à l’issue d’un rite mystérieux au sujet duquel peu d’informations ont filtré. Lire la suite…

Maria Mies, Une nouvelle vision : la perspective de subsistance, 1993

18 août 2019 Laisser un commentaire

Le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en juin 1992, a une fois de plus démontré clairement, que la solution des problèmes écologiques, économiques et sociaux mondiaux ne devait pas être attendue des élites dirigeantes du Nord ou du Sud. Comme Vandana Shiva le souligne dans ce livre, une nouvelle vision – une forme de vie nouvelle pour les générations présentes et futures et les autres créatures avec qui nous partageons la Terre – dans laquelle l’articulation entre pratique et théorie soit réalisée, ne peut émerger que dans les luttes de défense des mouvements de base. Les hommes et les femmes qui participent activement à ces mouvements rejettent radicalement le modèle dominant patriarco-capitaliste de développement des « pays industrialisés ». Ils ne veulent pas être développés selon ce modèle, et préfèrent préserver intacte leur base de subsistance et en conserver la maîtrise.

Cependant, cette quête d’une nouvelle vision n’est pas seulement le fait des populations du Sud qui on renoncé à attendre les fruits du « développement » ; on trouve aussi, dans certains groupes du Nord, cette aspiration à une société écologique, non exploiteuse, juste, non patriarcale et autosuffisante. Ici aussi, cette recherche d’une nouvelle perspective concerne non seulement des gens des classes moyennes, désenchantés et ayant perdu espoir dans les promesses de la modernisation, mais également certaines personnes au bas de la pyramide sociale.

Nous appelons cette nouvelle vision la perspective de subsistance. Lire la suite…

Maria Mies, The Need for a New Vision: the Subsistence Perspective, 1993

18 août 2019 Laisser un commentaire

The Earth Summit in Rio de Janeiro (UNCED, June 1992) again made clear that solutions to the present worldwide ecological, economic and social problems cannot be expected from the ruling elites of the North or the South. As Vandana Shiva points out in this book, a new vision – a new life for present and future generations, and for our fellow creatures on earth – in which praxis and theory are respected and preserved can be found only in the survival struggles of grassroots movements. The men and women who actively participate in such movements radically reject the industrialized countries’ prevailing model of capitalist-patriarchal development. They do not want to be developed according to this blueprint, but rather want to preserve their subsistence base intact, under their own control.

This quest for a new vision, however, is to be found not only among people in the South, who cannot ever expect to reap the fruits of ‘development’; the search for an ecologically sound, non-exploitative, just, non-patriarchal, self-sustaining society can also be found among some groups in the North. Here, too, this search for a new perspective involves not only middle-class people, disenchanted and despairing about the end-result of the modernization process, but even by some at the bottom of the social pyramid.

We have called this new vision the subsistence perspective. Lire la suite…

Jean Robert, Les visages de la modération radicale, 2016

Illich et la guerre contre la subsistance,
hier et aujourd’hui

Durant l’automne de 2013, l’essayiste public que je prétends être a dû faire face à deux tâches hétérogènes entre lesquelles j’ai eu l’intuition de convergences à explorer, mais aussi la certitude immédiate d’incompatibilités. Ce furent, d’une part, la rédaction d’un essai et la traduction française de textes d’un collègue mexicain sur la « petite école » zapatiste qui eut lieu en août et, d’autre part l’élaboration de l’article que le lecteur a sous les yeux. Lire la suite…

Ivan Illich, Le travail fantôme, 1980

30 mars 2019 Laisser un commentaire

Le roman de Nadine Gordimer Burger’s Daughter était sur mon bureau lorsque j’ai commencé à ébaucher cet essai. L’auteur y montre avec une rare maîtrise l’image arrogante du libéralisme de notre époque renvoyée par le brillant et cynique miroir de sa terre natale, l’État policier d’Afrique du Sud. Son héroïne souffre d’une « maladie » :

« L’incapacité d’ignorer qu’une vie normale et saine a pour condition la souffrance d’autres êtres humains. »

Dans Feminization of America, Ann Douglas dégage une idée similaire. Pour elle, la « maladie » vient de la perte d’une sentimentalité – une sentimentalité attachée à des valeurs qui sont précisément celles que la société industrielle détruit. Quiconque souffre de cette perte de sentimentalité prend conscience de la ségrégation : celle que nous connaissons maintenant, ou celle qui sera notre lot après la révolution.

Dans cet essai je veux explorer pourquoi, dans une société industrielle, une telle ségrégation existe inéluctablement ; pourquoi, sans ségrégation basée sur le sexe ou la pigmentation, sur les diplômes ou la race ou sur l’adhésion à un parti, une société construite sur le postulat de la rareté ne peut exister. Et, pour approcher en termes concrets les formes méconnues de la ségrégation, je veux parler de la bifurcation fondamentale du travail qu’implique le mode de production industriel. Lire la suite…

François Bott, Les situationnistes et l’économie cannibale, 1971

22 décembre 2018 Laisser un commentaire

Au début de l’année 1968, un critique, traitant de la théorie situationniste, évoquait, en se moquant, une « petite lueur qui se promène vaguement de Copenhague à New York ». Hélas, la petite lueur est devenue, la même année, un incendie, qui a surgi dans toutes les citadelles du vieux monde. A Paris, à Prague, à Rome, à Mexico et ailleurs, la flambée a ressuscité la poésie, la passion de la vie dans un monde de fantômes. Et beaucoup de ceux qui, alors, ont refusé le sort qui leur était fait, la mort sournoise qui leur était infligée tous les matins de la vie, beaucoup de ceux-là – jeunes ouvriers, jeunes délinquants, étudiants, intellectuels – étaient situationnistes sans le savoir ou le sachant à peine.

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Olivier Rey, Le transhumanisme comme régression, 2014

27 mars 2018 Laisser un commentaire

Au début du XVIIe siècle, Cervantès a mis en scène dans le premier roman moderne, Don Quichotte, un personnage si imbu de romans de chevalerie que c’est à travers eux qu’il appréhendait la réalité, ce qui lui valut bien des déboires. Au XIXe siècle, Flaubert a raconté une histoire similaire : à la place de Don Quichotte parcourant l’Espagne, madame Bovary dans la campagne normande, à la place des romans de chevalerie qui ont détraqué l’esprit du Quichotte, les romans d’amour de style troubadour qui ont égaré Emma. Là encore, la confrontation à la réalité est douloureuse. Peut-être qu’au XXIe siècle, il faudra écrire l’histoire d’un être gavé de propagande transhumaniste, et déconfit de ne pas trouver dans les implants, prothèses, augmentations et autres interfaces corps-machine l’accomplissement et l’enchantement qu’on lui prédisait et qu’il se promettait. Lire la suite…