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Posts Tagged ‘marchandisation’

Maria Mies, Les femmes, la nature et la division internationale du travail, 1987

interview par Ariel Salleh

L’écoféminisme de Maria Mies se situe au carrefour des mouvements de libération féministes, écologistes et coloniaux. Mies tente de confronter la théorie marxienne aux nouvelles crises politiques de la fin du XXe siècle. Elle fait une lecture heuristique du texte de Marx à la lumière de l’anthropologie moderne et de ce qu’elle appelle les « relations-objets ». Mais Mies est tout autant une activiste qu’une sociologue universitaire. Ses préoccupations vont des essais normatifs sur la méthodologie des sciences sociales aux études empiriques sur l’exploitation des dentellières indiennes, en passant par les campagnes contre la pornographie et l’industrie médicale de la reproduction humaine en Allemagne de l’Ouest. Ariel Salleh s’est entretenue avec elle en 1987 et a finalisé cet entretien par correspondance. Lire la suite…

Maria Mies, Woman, Nature and the International Division of Labour, 1987

interview by Ariel Salleh

The eco-feminism of Maria Mies stands at the crossroads of the feminist, ecological and colonial liberation movements. Mies attempts to bring Marxian theory face to face with the newly emerging political crises of the late twentieth century. This has involved a heuristic reading of Marx’s text in the light of modern anthropology and what she calls “object-relations”. But Mies is as much an activist as an academic sociologist. Her concerns range from prescriptive essays on methodology in social science, to empirical studies of exploitation among Indian women lace-makers, campaigns against pornography and the reproductive technology industry in West Germany. Ariel Salleh spoke with her in 1987 and formalized this interview by correspondence. Lire la suite…

Ivan Illich, Le travail fantôme, 1980

30 mars 2019 Laisser un commentaire

Le roman de Nadine Gordimer Burger’s Daughter était sur mon bureau lorsque j’ai commencé à ébaucher cet essai. L’auteur y montre avec une rare maîtrise l’image arrogante du libéralisme de notre époque renvoyée par le brillant et cynique miroir de sa terre natale, l’État policier d’Afrique du Sud. Son héroïne souffre d’une « maladie » :

« L’incapacité d’ignorer qu’une vie normale et saine a pour condition la souffrance d’autres êtres humains. »

Dans Feminization of America, Ann Douglas dégage une idée similaire. Pour elle, la « maladie » vient de la perte d’une sentimentalité – une sentimentalité attachée à des valeurs qui sont précisément celles que la société industrielle détruit. Quiconque souffre de cette perte de sentimentalité prend conscience de la ségrégation : celle que nous connaissons maintenant, ou celle qui sera notre lot après la révolution.

Dans cet essai je veux explorer pourquoi, dans une société industrielle, une telle ségrégation existe inéluctablement ; pourquoi, sans ségrégation basée sur le sexe ou la pigmentation, sur les diplômes ou la race ou sur l’adhésion à un parti, une société construite sur le postulat de la rareté ne peut exister. Et, pour approcher en termes concrets les formes méconnues de la ségrégation, je veux parler de la bifurcation fondamentale du travail qu’implique le mode de production industriel. Lire la suite…

Céline Lafontaine, L’économie du vivant, 2015

14 février 2019 Laisser un commentaire

De la cybernétique au vivant pensé comme information

La Cause du désir : Votre premier sujet de recherche était la cybernétique. Pourriez-vous nous dire quelques mots de cette passion pour l’informationnel qui anime la science contemporaine ?

Céline Lafontaine : J’ai étudié ces questions dans mon travail de thèse. À l’époque, à la fin des années 1990, on commençait à parler de cyberespace. J’ai essayé de comprendre l’origine de cette révolution technoscientifique, et c’est ainsi que je suis remontée à la cybernétique. Très peu de gens s’y intéressaient alors, parce que la discipline cybernétique a disparu au tournant des années 1980, tout le monde étant devenu cybernéticien. Cette science a perdu sa crédibilité du fait d’un trop grand engouement. Lire la suite…

Radio: Céline Lafontaine, La bioéconomie, stade ultime du capitalisme, 2014

6 août 2018 Laisser un commentaire

Dans son livre Le Corps-Marché, la sociologue québequoise Céline Lafontaine, professeure à l’université de Montréal, dénonce la “bioéconomie”, une économie fondée sur la marchandisation du corps.

S’attachant en particulier à l’industrie biomédicale, Céline Lafontaine délivre une enquête documentée et pragmatique sur les enjeux de la bioéconomie. Elle éclaire les règles d’un marché mondialisé du corps humain, dont les éléments (sang, ovules, cellules, tissus…) sont de plus en plus marchandisés, comme dans l’industrie de la procréation. Par-delà les clivages éthiques que tous ces débats suscitent entre les citoyens – par exemple au sujet de la gestation pour autrui –, elle consigne précisément les enjeux réels de cette bioéconomie souveraine. Un éclairage à partir duquel les positions éthiques de chacun peuvent s’ajuster en fonction de plusieurs conceptions possibles de la liberté et de l’égalité… Lire la suite…

La marchandisation de la biologie

Pourquoi des OGM, du clonage, des brevets ? Comment, au cours du XXe siècle, la biologie traditionnelle a-t-elle su muter pour permettre de telles inventions, et changer de mission ?

Pour saisir comment s’est faite la marchandisation de la biologie, nous avons choisi d’explorer deux pistes : la transformation des structures conceptuelles, afin de permettre l’intervention sur le vivant, et le contexte économique plus global de financement ciblé et de désengagement de l’État. Lire la suite…