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Posts Tagged ‘libération animale’

Francis Wolff, Libérer les animaux?, 2009

12 octobre 2017 Laisser un commentaire

Un slogan immoral et absurde

Libérer les animaux ? Qui pourrait être contre un objectif apparemment si généreux ? Qui ne s’indigne devant les conditions d’élevage, de transport et d’abattage induites par le productivisme contemporain ? Qui n’a tremblé d’émotion en voyant à la télévision les conditions de vie (si l’on peut appeler cela une vie) des porcs et des veaux ? Qui ne s’est indigné en apprenant les abandons de chiens sur les bords d’autoroute au début des vacances d’été ? Il est clair que la protection animale fait aujourd’hui partie de nos devoirs.

Toutefois, quand on parle de libérer les animaux, on ne veut pas dire « améliorer leurs conditions de vie ». On veut dire tout autre chose : on veut dire cesser de les exploiter. On sous-entend donc que les animaux seraient asservis par l’homme. Cela implique que le processus de domestication par lequel l’homme, au moins depuis le néolithique, a appris à apprivoiser, à élever, à entretenir, à soigner, à dresser certaines espèces, à créer de nouvelles espèces, variétés, races, ne serait en fait qu’une gigantesque entreprise d’esclavage. Ainsi, de même qu’il y a 11 000 ans, l’homme a amorcé son processus de civilisation en inventant l’agriculture et l’élevage et en domestiquant plantes et animaux, il faudrait aujourd’hui qu’il s’arrache à cette « barbarie » en libérant les animaux qu’il asservit ainsi depuis plus de cent siècles ! Lire la suite…

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Jocelyne Porcher, Ne libérez pas les animaux !, 2007

25 janvier 2012 Laisser un commentaire

Plaidoyer contre un conformisme « analphabête »

Il est très difficile aujourd’hui d’échapper à l’engouement opportun que manifestent de nombreux intellectuels 1 de tout poil et de tous pays   occidentaux   pour les animaux, ou plutôt pour la « libération » des animaux. Parmi les intellectuels qui s’intéressent de près ou de loin aux bêtes, certes, tous ne s’abandonnent pas au courant libérateur, en dépit de l’attraction intellectuelle apparemment irrésistible qu’exerce la cause animale. Néanmoins, de nombreux philosophes et juristes, parmi les plus prolixes, surfent avec entrain sur une vague animale médiatique dont on ne sait trop quel vent l’a générée ni sur quelle grève elle risque de finalement s’échouer.

Cette passion soudaine pour « la cause » est très surprenante. Elle est lucrative, on s’en doute, compte tenu de la place que tiennent les animaux dans le cœur et le porte-monnaie de nos concitoyens. Elle est commode : les intéressés ne viendront contredire personne. Mais, constatons-le froidement à la lecture de leurs textes, la majorité de ces auteurs n’ont somme toute pas grand-chose de nouveau à dire. Et qu’ils le disent de façon réitérée dans des médias dont les lignes éditoriales peuvent être pourtant fort éloignées rend d’autant plus évidente la faiblesse de leurs discours. Prenez quelques mots clés : domestication, exploitation, « élevage intensif », viande, souffrance, droit, émotions, cerveau… Ajoutez-y quelques références massives : Descartes, Malebranche, Montaigne. Rousseau. Darwin, Hegel. Heidegger… Saupoudrez de modernité cosmopolite : Singer, Derrida, Agamben, Sloterdijk… Vous obtiendrez sans effort une prose politiquement correcte, appuyée sur la raison raisonnante, qui vise tout uniment – et d’une manière que seul un cœur de pierre pourrait délibérément contester – à « libérer » les animaux. Le problème est que « libérer les animaux », cela ne veut rien dire, ou plutôt, cela signifie tout autre chose que ce qui est annoncé. « Libérer les animaux », cela signifie rompre avec eux alors même que l’enjeu vital de nos relations avec les animaux domestiques est au contraire de nous attacher mieux et de faire de nos attachements une œuvre partagée d’émancipation. Lire la suite…