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Posts Tagged ‘Joseph Townsend’

Alain Clément, Les références animales dans la constitution du savoir économique, 2002

13 octobre 2016 Laisser un commentaire

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Résumé

L’observation du fonctionnement du monde animal a toujours joué un rôle privilégié dans la constitution et la diffusion du savoir économique. À partir de l’étude d’un certain nombre d’œuvres significatives (dont le traité d’économie de Montchrétien, La fable des abeilles de Mandeville, les manuscrits de Boisguilbert, l’Essai sur le principe de population de Malthus ainsi que les œuvres de Spencer) nous constatons que le recours au monde animal sous la forme d’analogies et de métaphores a permis d’éclairer des concepts naissants et de comprendre certains comportements économiques. Des analyses fines, même si elles n’ont pas toujours reposé sur un matériau scientifique des plus solides ont débouché sur le transfert de plusieurs concepts dont celui de la division du travail, ceux de la concurrence et de la coopération ainsi que celui d’équilibre. Le référent animal a enfin ouvert la voie à une théorie évolutionniste en économie dès le début du XVIIIe siècle. Lire la suite…

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Les pamphlets de Joseph Townsend, 1786-1788

23 avril 2015 Laisser un commentaire

Joseph Townsend,

A Dissertation on the Poor Laws,
by a Well-Wisher to Mankind
, 1786.

Observations on Various Plans
offered to the Public
for the Relief of the Poor
, 1788.

 

Dans sa Dissertation sur les lois d’assistance publique, par un ami de l’humanité, ce qui gêne le plus le Révérend Joseph Townsend (1739-1816) n’est pas tant qu’il y ait des pauvres – il y en a toujours eu et il estime que c’est dans l’ordre divin des choses – mais qu’ils soient devenus aussi visibles depuis la Réforme et la dissolution des monastères qui les nourrissaient.

Les plus bruyants et les plus revendicatifs sont « les paresseux et les indigents » qui sont devenus « une nuisance ». Pour « les faire taire et les occuper », la monarchie a édicté des loi sur les pauvres (Poor Laws). Or, il y a un problème avec les lois (surtout celle-ci) : si les lois pouvaient faire le bonheur d’un pays « nous serions comme une ruche prospère ». Celle-ci produit l’effet inverse : elle ne fait guère qu’encourager l’oisiveté et le vice. De plus, elle s’applique aussi à ceux qui « par fierté refuseraient d’être secourus et que l’on soulagerait mieux en laissant libre cours aux grandes lois de la nature humaine, l’attachement filial et la bienveillance générale de l’humanité ». C’est, du reste, dans les régions où il y a le moins de secours que les gens se plaignent le moins et sont le plus travailleurs.

Alors qu’il disqualifie, comme causes de la pauvreté, le prix du blé, du savon, du cuir, des chandelles et autres produits nécessaires à la vie quotidienne, il n’évoque pas – ou à peine, en passant – les législations successives qui ont permis les enclosures et ont dépossédé le menu peuple rural de son arrière base vivrière et ne lui ont laissé que la possibilité de vendre sa force de travail. Il pense même, au contraire, que les propriétaires terriens devraient être libres de réaliser ces enclosures sans que la loi s’en mêle. Lire la suite…

Portrait noir de Charles Darwin

Selon André Pichot, la sélection naturelle n’est pas une découverte mais une doctrine sociale qui, une fois parée de l’autorité de la science, s’imposerait comme idée et comme pratique.

Quelle est l’originalité des idées de Darwin ?

Faute d’une théorie de l’hérédité – notion encore balbutiante en 1859 – et d’une théorie de la variation, la thèse de Darwin est centrée sur la sélection naturelle. Mais on ne peut pas dire qu’il en est le découvreur, car c’est une idée qui existait bien avant lui sous diverses formes. Sans remonter à Lucrèce et pour s’en tenir au XIXe siècle, elle se trouve déjà chez des auteurs mineurs comme William C. Wells, Patrick Matthew qui accusera Darwin de plagiat, et elle est aussi évidemment chez Alfred Russel Wallace.

Je pense que Darwin a repris la version du révérend Joseph Townsend, l’inspirateur de Thomas Malthus. Darwin a reconnu l’influence de ce dernier, mais en réalité la thèse darwinienne est quasiment une copie conforme de la fable publiée par Townsend en 1786 pour justifier la suppression des lois d’assistance sociale (poor laws), et ainsi forcer les pauvres à aller travailler dans les usines. Cette suppression de l’assistance sociale eut finalement lieu en 1834, et elle entraîna le développement, en Angleterre, du libéralisme économique le plus sauvage, jusqu’au krach de 1873. Or, c’est en plein dans cette période que Darwin a proposé sa thèse. Lire la suite…