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Posts Tagged ‘Jean-Pierre Berlan’

Jean-Pierre Berlan, Interview par Article11, 2010

9 avril 2017 Laisser un commentaire

Tu ne t’intéresses pas au contenu de ton assiette ? L’agriculture, ça te broute ? Tu ne devrais pas, tant se joue là notre avenir. Avec l’industrialisation de l’agriculture et la marchandisation du vivant, c’est la mort qui pointe le bout de son nez. Celle de la diversité et – donc – de l’humanité. Le chercheur Jean-Pierre Berlan en livre ici une démonstration limpide et effrayante.

L’agriculture. Un petit tour dans l’actu, et puis s’en va… Vitrine cosmétique, le salon qui lui est dédié a eu droit – comme chaque année – aux honneurs des médias feignant de s’intéresser au sujet. Leur traitement reste toujours le même : le cul des vaches, la visite présidentielle et – de façon générale – le chant lyrique d’une profession fantasmée. En filigrane, la volonté farouche de ne pas aborder les questions qui fâchent. As-tu par exemple vu le moindre reportage sur la désastreuse industrialisation de l’agriculture ? Absolument pas. En a-t-on profité pour revenir sur les brevets déposés sur le vivant par les multinationales, la dangereuse évolution des clones pesticides brevetés, ou encore la pente mortifère empruntée depuis des dizaines d’années par (presque) tout le secteur ? Pas plus. T’a-t-on – enfin – expliqué ce que tu avais dans ton assiette ? Encore moins [1]. D’où cet étrange paradoxe : le mot « transparence » a beau être mis à toutes les sauces, l’origine et le mode de production de ce qui arrive dans nos gamelles reste un mystère. Lire la suite…

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Jean-Pierre Berlan, Les cloneurs, 2005

11 novembre 2016 Laisser un commentaire

Personne ne niera que tant que le grain récolté est aussi la semence de l’année suivante, le sélectionneur semencier n’a pas de marché. En hommes d’affaires, les premiers semenciers professionnels de la deuxième moitié du XIXe siècle l’ont immédiatement compris et ont entamé leur guerre secrète contre cette concurrence déloyale que leur faisaient plantes et animaux en se reproduisant et se multipliant gratuitement dans le champ du paysan. Avec une grande finesse politique, ils ont aussi vu que la réussite de leur dessein final – stériliser les plantes et les animaux par un moyen biologique, légal ou autre – demandait de l’entourer d’un rempart de mensonges.

Les cow-boys de la recherche agronomique des États-unis et leurs partenaires de Delta and Pine Land Co., ainsi que Monsanto, ont heureusement dévoilé le pot-aux-roses avec leur brevet « contrôle de l’expression des gènes » de 1998. Terminator, cette méthode transgénique générique de stérilisation, est le plus grand triomphe technique de la biologie appliquée à l’agriculture. Il est aussi la plus grande faute politique que pouvaient commettre les industriels « des sciences de la vie » puisqu’il révélait le secret le mieux gardé de la biologie appliquée à l’agriculture : la loi du profit s’oppose à la loi de la vie. Et dans notre Économie, c’est la vie qui a tort. Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, Interdire le clonage humain ?, 2003

5 novembre 2016 Laisser un commentaire

Chacun a sa propre idée de l’éthique. Les laboratoires pharmaceutiques consacrent le tiers de leur chiffre d’affaires au marketing, à transformer les médecins en « prescripteurs » et, par là même, nos cotisations en profits records (17% sur les ventes contre 2,7% pour les constructeurs automobiles). L’éthique démocratique voudrait que nous ayons le choix de consacrer notre argent à sauver des millions de vies ou à enrichir actionnaires et dirigeants d’entreprises aux revenus obscènes. L’éthique officielle défend l’amiante et les chimères génétiques brevetées baptisées OGM, discute sans fin de savoir quand des cellules deviennent une personne, et a une tâche des plus urgente : faire du clonage reproductif humain un « crime contre l’espèce humaine ». Pourquoi cette hâte ? Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, Agriculture et élevage: sélection aristocratique et sélection bourgeoise, 2009

10 février 2015 Laisser un commentaire

De l’influence sociale sur les pratiques de sélection

Le vivant possède deux propriétés fondamentales et paradoxales : celle de se reproduire et de se multiplier en conservant ses caractéristiques; celle de changer, d’évoluer, de s’adapter. Le temps géologique a accumulé une extraordinaire variabilité génétique inter et intraspécifique. Au cours de leur bien brève histoire, les hommes ont domestiqué les plantes et les animaux, les ont sélectionnés et adaptés de plus en plus finement à leurs besoins en utilisant cette variabilité naturelle et en l’élargissant. L’agriculture est le produit de ces deux propriétés complémentaires qui se sont constamment appuyées l’une sur l’autre.

Mais vers 1760 pour les animaux et un siècle plus tard pour les plantes, ces deux propriétés deviennent antagoniques avec l’émergence d’une nouvelle catégorie sociale, celle du sélectionneur/investisseur. Il ne s’agit plus d’améliorer les animaux pour satisfaire des besoins, mais pour faire de l’argent de transformer « l’hérédité » en marchandise. La faculté du vivant de se reproduire et de se multiplier s’oppose alors au « droit naturel » du profit et l’agriculture et l’élevage à la sélection et au sélectionneur. La sélection n’est qu’un moyen de faire un profit. Dès lors, l’objectif final du sélectionneur/investisseur (et plus tard de la génétique agricole) ne peut être que de lutter contre cette malheureuse propriété des plantes et des animaux de se re-produire et de se multiplier dans le champ du paysan. Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, Lettre au Président de la commission du Plan chargée du rapport sur les OGM, 2002

18 mars 2013 Laisser un commentaire

Cher collègue,

Veuillez excuser le ton parfois vif de cette lettre et prenez-la pour ce qu’elle est : le témoignage de mon inquiétude (partagée par la majorité de nos concitoyens) à propos de l’agriculture transgénique et, pour ce qui nous concerne directement, à propos de l’avenir d’une recherche qui n’a plus rien d’agronomique et qui est coupée de la société et passée – par naïveté, ignorance, résignation, ou opportunisme, peu importe – au service des « investisseurs ». L’idée de finir ma carrière derrière des barbelés et des miradors, comme les chercheurs du nucléaire, pour éviter l’intrusion de « vandales » m’est  aussi insupportable qu’à vous même. Lire la suite…

Berlan et Lewontin, Racket sur le vivant, 1998

16 novembre 2012 Laisser un commentaire

La menace du complexe génético-industriel

L’ensemble des organismes génétiquement modifiés (OGM) se trouve sur la sellette. S’abritant derrière les avis de comités d’« experts » en tout genre, qu’elles ont très largement infiltrés, les firmes transnationales, qui forment un véritable complexe génético-industriel – comme on a pu parler d’un complexe militaro-industriel –, entendent à tout prix éviter que soient posées les questions qui préoccupent les citoyens : peut-on jouer avec le vivant, voire le stériliser, pour dégager toujours plus de profits ? Les directions des organismes publics de recherche et leurs ministères de tutelle peuvent-ils, par inculture, par inconscience ou par intérêt, continuer à servir de caution à ce complexe dont le bien commun est le cadet des soucis ? C’est en décembre que le Conseil d’Etat doit statuer sur le fond au sujet de l’autorisation accordée, en février 1998, par le ministère français de l’agriculture à la commercialisation et à la culture de trois variétés de maïs transgénique de la société Novartis. Au nom du principe de précaution, la haute juridiction administrative avait en effet décidé, le 25 septembre 1998, de surseoir à l’exécution de l’arrêté ministériel. Lire la suite…

Berlan et Lewontin, OGM ou CCB?, 2004

16 novembre 2012 Laisser un commentaire

Les mots contribuent à définir la réalité. Lorsque des intérêts considérables sont en jeu, ils sont rarement neutres et objectifs. Ils créent plutôt la confusion, égarent la réflexion, empêchent de penser la réalité. Les utiliser sans les passer au feu de la critique, c’est faire preuve du même discernement que les lévriers lancés à la poursuite d’un leurre en peau de lapin.

Les organismes génétiquement modifiés ou OGM illustrent cette corruption du langage : ce sont, en réalité, des clones chimériques brevetés (CCB). Un clone – à distinguer d’un individu ou d’une plante clonés – est une population d’organismes génétiquement identiques. Les « variétés » modernes de blé, d’orge, de colza, de maïs, de tomates, etc., sont constituées de plantes (ou de génotypes) identiques ou presque. Ce sont des clones. Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, OGM ou la science contre la démocratie, 2012

2 octobre 2012 Laisser un commentaire

Les contrefeux destinés à discréditer l’étude de Gilles-Eric Séralini et sa personne ne sont pas près de cesser : « rien de nouveau, manque d’information sur la composition de la ration alimentaire, protocole expérimental biaisé, échantillon statistique insuffisant, présence possible de mycotoxines, coup médiatique, etc. » Séralini témoignerait d’un  biais anti-OGM, accusent ses critiques – parabole de la paille et de la poutre. Mais la toxicologie est la seule discipline scientifique où ne rien trouver assure une carrière paisible. Montrer des dangers des éthers de glycol, du nucléaire, du sel, des OGM expose à des déboires sûrs plutôt qu’à des promotions. Le courage et le mérite de Séralini et de quelques rares scientifiques d’aller à contre-courant sont d’autant plus grands. Tout aussi délicat à manier est l’argument que Séralini utilise une souche de rats sensible aux tumeurs. C’est suggérer qu’il aurait dû utiliser une souche résistante pour ne gêner personne et, bien sûr, laisse soupçonner que cette toxicologie sous influence peut choisir, si nécessaire, la « bonne » souche pour obtenir les « bons » résultats. Lire la suite…