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Jean-Marc Lévy-Leblond, La science est-elle démocratique ?, 2000

9 février 2017 Laisser un commentaire

J’ai trouvé quelque peu optimiste la conclusion de mon prédécesseur quant à l’ouverture de l’espace démocratique. Je ne suis pas persuadé de ce qu’il a appelé la « réformabilité indéfinie » du système actuel, et voudrais discuter plus précisément les problèmes politiques posés par la science aujourd’hui à notre société.

Mon prédécesseur a très bien montré le rapport qui existait chez Marx et ses successeurs, ainsi que chez Heidegger, entre une critique de la science d’un côté et une critique de la démocratie de l’autre. Mais il ne faudrait pas en conclure pour autant que l’apologie de la démocratie conduit à une apologie de la science. Il ne suffit pas de revitaliser l’espoir démocratique immédiat, en abandonnant la perspective utopique d’un futur radieux, pour éviter de se poser un certain nombre de questions sur ce qu’est la science contemporaine, et sur sa “solubilité” dans l’idéal démocratique. Lire la suite…

Jean-Marc Lévy-Leblond, En méconnaissance de cause, 1992

28 novembre 2015 Laisser un commentaire

De la science, nous attendions ses explications et espérions ses applications. Aujourd’hui, nous devons assumer ses implications et affronter ses complications. Car il n’est guère de problèmes parmi les plus graves de ceux que l’humanité doit régler où la science ne soit mêlée – qu’on lui demande de les résoudre, qu’on la consulte pour les éclairer ou qu’on l’accuse de les avoir créés, et souvent le tout ensemble : surpopulation, pollutions diverses, prolifération nucléaire, etc. la liste est aussi longue que banale. Aussi doit-on se demander si les formes démocratiques de l’organisation sociale, en lesquelles nous voulons toujours croire, sont bien à même de répondre à ces défis.

Il y a peu, la question semblait sans objet, une réponse affirmative découlant, « par hypothèse » comme disent les géomètres, de l’idée que nous avions de la science. Le grand projet des Lumières, ce beau rêve dont nous commençons à peine à nous éveiller, nous laissait croire à une alliance naturelle et constitutive entre science et démocratie. Sur les façades de nos monuments, derrière les trois mots de notre généreuse devise, « Liberté – Egalité – Fraternité », nous en lisions un autre en filigrane : « Vérité », qui, d’emblée, garantissait les fondements de ces valeurs, et, bientôt, un autre encore, « Efficacité », qui nous assurait de les pouvoir réaliser.

Contre les superstitions et les illusions qui bridaient le progrès humain, allait se dresser l’objectivité de la connaissance scientifique, dissipant sans retour, partout où atteignait sa lumière, l’ignorance asservissante. Non contente de nous éclairer sur le monde naturel, la science allait aussi nous dire le vrai sur l’homme et sur la société, fondant en droit et assurant en fait la possibilité de transformer et l’un et l’autre, de façon doublement juste, aux sens désormais confondus de la justesse et de la justice. Lire la suite…

Jean-Marc Lévy-Leblond, La science n’est pas neutre, 1969

1 novembre 2013 Laisser un commentaire

En janvier 1969, Jean-Marc Lévy-Leblond recevait le prix scientifique J. Thibaud de l’Académie de Lyon. Il en profita pour se livrer dans son adresse de remerciements à une ébauche d’analyse critique et autocritique de la pratique scientifique en général et de la sienne en particulier, tirant la leçon des années passées et surtout de l’impact sur lui de mai 1968. Ce texte d’abord publié dans les Temps modernes (n° 288, juillet 1970, p. 131), fut repris dans de nombreux périodiques et plusieurs livres – il ne faisait qu’exprimer des idées arrivées à maturité simultanément un peu partout et largement développées dans le livre d’Alain Jaubert et Jean-Marc Lévy-Leblond, [Auto]critique de la science, éd. du Seuil, 1973. 

Adresse a l’Académie des sciences, arts et belles lettres de Lyon à l’occasion de la remise du prix Thibaud

C’est avec beaucoup de satisfaction que je reçois aujourd’hui le prix Thibaud décerné par votre Académie. Et j’éprouve à pouvoir vous remercier de vive voix un plaisir tout particulier, dont j’espère vous faire comprendre ici la nature. C’est qu’en effet ce prix m’est utile et précieux pour plusieurs raisons. En particulier, il m’a fourni l’occasion d’approfondir un certain nombre de questions quant à ma situation de chercheur, de scientifique, ainsi que la possibilité d’exposer aujourd’hui quelques unes de mes conclusions. Lire la suite…