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Jean-Jacques Salomon, L’impérialisme du progrès, 2004

2 décembre 2013 Laisser un commentaire

Est-ce être irrévérencieux ? Il y a de l’ironie et même de la dérision – et pourquoi pas, autant le dire, de l’hypocrisie – dans la notion de développement durable. C’est bien pourquoi elle semble si allègrement convenir aujourd’hui à tous les esprits, de droite comme de gauche, même à ceux qui s’en réclament comme d’un vœu pieux pour en faire leur commerce et leurs profits. Il suffit, en effet, de voir ce que la formule dénonce – l’idée d’un développement non durable – pour en percevoir toutes les contradictions.

Durable, traduction (ou interprétation) européenne de la notion première, anglo-saxonne, de soutenable, comporte au moins deux sens : qui se maintient (ce qui dure ne change pas) et qui continue ou perdure (pas d’arrêt, c’est voué à se prolonger indéfiniment). Or, qu’est-ce qui n’est pas durable (ou soutenable) ? C’est bien le développement tel que nous l’avons pratiqué jusqu’à maintenant et continuons de le pratiquer en croyant (ou en faisant comme si nous « y » croyions) que les choses peuvent continuer en l’état malgré tous les signaux qui s’accumulent tendant à confirmer que, précisément, cela ne peut pas se maintenir et/ou que le processus peut s’interrompre et même s’achever. Lire la suite…

Jean-Jacques Salomon, L’irresponsabilité sociale des scientifiques, 2007

2 novembre 2013 Laisser un commentaire

Le texte qui suit est une version remaniée et élargie d’une conférence donnée devant les élèves de Première supérieure (Préparation à l’Ecole normale supérieure, à l’Ecole Polytechnique et à HEC) et leurs professeurs au Lycée Louis-le-Grand, Paris, 15 mars 2007. Sur l’argument l’auteur a publié le livre Les Scientifiques : Entre pouvoir et savoir, éd. Albin Michel, 2006.

Je commencerai par une anecdote. Un journaliste, m’interviewant à propos de ce livre, Les scientifiques : entre pouvoir et savoir, m’a demandé de distinguer les recherches qui n’ont rien à voir avec le complexe militaro-industriel et celles qui en dépendent. J’ai aussitôt répondu : « Il y a d’un côté la cosmologie et, de l’autre, l’astronomie ». En fait, naïveté ou ignorance, j’avais tort. Il m’a suffi de lire quelques jours après les Mémoires de Robert Dautray, l’homme qui a contribué à la mise au point de la bombe thermonucléaire française, pour percevoir qu’il n’y a effectivement plus beaucoup de domaines – pratiquement aucun – qui échappent à l’intérêt et au soutien des états-majors, fussent-ils, suivant la vieille distinction d’Auguste Comte, les disciplines les plus éloignées de notre intervention sur les phénomènes naturels. Dautray a beau jeu, en effet, de montrer que la combustion dont le soleil est le théâtre ressemble à celle qui se déroule au sein d’une bombe H, de sorte que l’étude et le savoir de l’un contribue à l’étude et à la maîtrise de l’autre. Comme il l’a écrit lui-même d’une façon presque poétique : « Je me fis ainsi le passeur entre le monde des armes et celui des étoiles » [1]Lire la suite…