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Posts Tagged ‘histoire politique’

Jean-Baptiste Fressoz, La collapsologie: un discours réactionnaire?, 2018

14 janvier 2019 Laisser un commentaire

Très en vogue, les théories de l’effondrement trouvent leur origine chez les élites industrielles et colonisatrices du XIXe siècle. Elles risquent aujourd’hui de négliger la dimension politique des enjeux écologiques.

Le thème de l’effondrement de la civilisation industrielle, très présent dans les années 1970, revient actuellement en force. Depuis la parution du best-seller Collapse de Jared Diamond en 2006 (Effondrement, Gallimard), il ne se passe guère un mois sans qu’un nouvel essai, un article ou une tribune, nous prédise un « effondrement » à court terme des grandes structures productives et politiques du monde industriel. Cette vogue de l’effondrement – à laquelle ne se réduit pas la pensée écologique contemporaine – est bien entendu liée à la crise environnementale : la sixième extinction des espèces, le réchauffement prévisible de 3 °C en 2100, et, plus généralement, la perturbation des cycles biogéochimiques, bref, ce que les scientifiques du système Terre appellent « l’anthropocène ». Mais « effondrement » est-il le bon mot ? Est-ce la bonne manière de désigner et donc de penser ce qui nous arrive ? Sans avoir une opinion tranchée, j’y vois au moins quatre problèmes. Lire la suite…

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Henri Lefebvre, Sur les situationnistes, 1983

13 janvier 2019 Laisser un commentaire

La Critique de la vie quotidienne d’Henri Lefebvre a nourri les situationnistes au cours d’une amitié qui a duré « environ quatre à cinq ans » Dans cet entretien inédit réalisé par Kristin Ross en 1983, Henri Lefebvre raconte comment s’est noué ce rapport, autour de quelles thématiques : de nouvelles manières d’arpenter la ville, la nécessité de transformer l’urbain, et la Commune de Paris comme fête. Entre Amsterdam, Strasbourg, Navarrenx et Paris, du groupe CoBrA à Mai 68, Lefebvre retrace la grande fresque du moment « situ », de ses audaces et de ses sectarismes. Entre récit de rupture et témoignage bienveillant, Lefebvre revient sur une séquence d’innovations théoriques, artistiques, militantes qui ont bouleversé la théorie et la pratique révolutionnaires. Lire la suite…

Gérard Noiriel, La question sociale revient au centre du jeu politique, 2018

13 décembre 2018 Laisser un commentaire

Entretien. Historien et directeur d’études à l’EHESS, Gérard Noiriel a travaillé sur l’histoire de l’immigration en France (Le Creuset français. Histoire de l’immigration, Seuil, 1988), sur le racisme (Le Massacre des Italiens. Aigues-Mortes, 17 août 1893, Fayard, 2010), sur l’histoire de la classe ouvrière (Les Ouvriers dans la société française, Seuil, 1986) et sur les questions interdisciplinaires et épistémologiques en histoire (Sur la « crise » de l’histoire, Belin, 1996). Il vient de publier Une histoire populaire de la France. De la guerre de Cent Ans à nos jours (Agone, 832 p., 28 euros) et propose une analyse socio-historique du mouvement des « gilets jaunes ». Lire la suite…

Gilets jaunes : démocratie directe versus réseaux sociaux

12 décembre 2018 Laisser un commentaire

« Macron démission ! » Oui, et après ?

Si c’est pour mettre à sa place un autre oligarque, un autre homme ou une femme providentiels qui assouvira ses obsessions narcissiques et ses fantasmes de puissance en prétendant nous représenter, à quoi bon battre le pavé dans le froid et sous la pluie ? Quand une majorité de citoyens ne veulent plus payer l’impôt et expriment leur défiance envers les « corps intermédiaires » (partis, syndicats, associations…) qui les grugent depuis des décennies, quand l’abstention devient le parti majoritaire, quand des centaines de milliers de Français bloquent leur pays pour réclamer la démission du chef de l’État, c’est bien que l’actuelle « démocratie représentative » (qui n’a plus de démocratie que le nom) est en faillite. Nous devons retrouver notre souveraineté en inventant d’autres formes d’organisation. Lire la suite…

Radio: Célia Izoard, Avez-vous déjà entendu parler du CLODO ?, 2011

4 octobre 2018 Laisser un commentaire

Le Comité pour la Liquidation ou le Détournement des Ordinateurs

Avez-vous déjà entendu parler du CLODO ? À Toulouse, entre 1980 et 1983, ce mystérieux Comité pour la Liquidation ou le Détournement des Ordinateurs faisait la une des journaux en incendiant des usines d’informatique. C’est avant, bien sûr. Avant que nous ayons (presque) tous un iPod dans la poche et un portable à la main. À une époque où les gens étaient tellement sceptiques sur l’utilité d’un ordinateur à la maison que le gouvernement s’était mis à distribuer des Minitel à tour de bras…

La nuit du 5 avril 1980, à Toulouse, les locaux de la société Phillips Informatique sont en feu. Trois jours plus tard, on signale un incendie à la compagnie d’informatique CII-Honeywell-Bull. Le procédé est rudimentaire : ordinateurs, fichiers et documents ont été entassés dans le hall et brûlés. Le 10 avril, c’est-à-dire le lendemain de l’incendie de la CII, une fausse alerte à la bombe nécessite l’évacuation des locaux d’IBM, à Toulouse. On fait des rapprochements avec un attentat qui avait visé l’ancien siège de DATA Systems le 24 novembre 1977… Lire la suite…

Aurélien Berlan, Anatomie du chez soi, 2017

De l’usage commun à la spéculation immobilière,
analyse de la propriété foncière

La propriété telle que nous la connaissons aujourd’hui n’a pas toujours existé. La bête noire de la critique sociale du XIXe siècle – la propriété dénoncée comme « vol » par le théoricien anarchiste Proudhon – en est un type historique bien particulier : la propriété privée bourgeoise ou lucrative, purement marchande, centrée sur le droit d’abusus. Mais la notion plus vaste de propriété foncière est composée de plusieurs strates et de divers droits, qu’il s’agit ici de déplier pour penser la garantie d’un « chez soi » à l’heure où la plupart des gens sont dépossédés de tout et contraints par là même de se vendre pour habiter quelque part.

Comme la plupart des idées que nous employons tous les jours, celle de propriété est constituée de plusieurs couches. On peut au moins en repérer trois : elle présente une dimension existentielle, une dimension juridique et une dimension marchande. Si l’on veut comprendre ce qui caractérise notre conception de la propriété, et ce en quoi elle est critiquable, il me semble indispensable de commencer par bien distinguer ces diverses significations, même si elles sont intimement liées dans nos esprits. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, Pour une lecture politique des systèmes énergétiques, 2014

5 avril 2018 Laisser un commentaire

Timothy Mitchell, Carbon Democracy. Le pouvoir politique à l’ère du pétrole, traduit de l’anglais par Christophe Jaquet, Paris, La Découverte, 2013, 280 p.

Les systèmes énergétiques auraient-ils des propriétés politiques ? Le livre de Tim Mitchell, récemment traduit en français, propose une relecture de l’histoire du XXe siècle par le prisme du pétrole.

En dépit de son titre, Carbon Democracy raconte l’histoire de la lutte contre la démocratie au XXe siècle. La thèse principale, désormais célèbre 1, est que les propriétés physiques différentes du charbon et du pétrole ont façonné des « formes de vies » collectives très contrastées : à la fin du XIXe siècle, dans les pays industrialisés, le charbon a permis aux ouvriers d’obtenir des avancées sociales et démocratiques majeures ; à l’inverse, au Moyen-Orient, au XXe siècle, la fluidité du pétrole a privé les ouvriers d’un point d’appui technologique essentiel pour asseoir leurs revendications. Tim Mitchell invite à lire la démocratie non comme une idée, un mouvement social ou l’histoire de luttes politiques, mais comme un ensemble de vulnérabilités technologiques des oligarchies face au sabotage. Lire la suite…

Radio: Jean-Marc Royer, Le Monde comme projet Manhattan, 2017

13 mars 2018 Laisser un commentaire

Des laboratoires du nucléaire à la guerre généralisée au vivant

Si les deux premières parties de ce livre débutent par une toute autre histoire du nucléaire, sa troisième partie, la plus importante aux yeux de l’auteur, a pour ambition d’en tirer les conséquences dans les domaines théoriques, historiques, philosophiques et politiques. Précisons qu’il n’est pas question de faire avec cette présentation un quelconque résumé de l’ouvrage mais d’attirer l’attention du lecteur sur des aspects jugés majeurs. Par conséquent, il n’y retrouvera pas le soubassement argumentaire de certaines des affirmations avancées.

I – S’il s’agissait uniquement d’une autre histoire du nucléaire, quelle en serait sa spécificité ?

Seule une étude attentive des archives disponibles a permis de saisir les gigantesques dimensions historiques, politiques et industrielles de l’évènement-nucléaire qui a changé la face du monde (au sens propre et au sens figuré) ; de comprendre dans le détail de quelle manière les États-Unis en ont usé pour s’attribuer le rôle de gendarme du monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale 1 et plus généralement comment les complexes (scientifico-militaro-industriels) qui en furent à l’origine ont fini par gangréner tous les appareils d’États. Mais pour en prendre toutes les dimensions, ce ne fut pas suffisant : il a également fallu remonter dans le temps long pour donner toute sa profondeur à cet évènement, nous y reviendrons. Lire la suite…

Radio: Une histoire de la CFDT, 2017

26 janvier 2018 Laisser un commentaire

Une histoire du syndicat CFDT (Confédération française démocratique du travail) dans les années 1970.

Claude Carrey nous raconte l’histoire de la CFDT autogestionnaire. Puis Marie Ghis Malfilatre, nous raconte l’engagement de certains syndicalistes CFDT dans le mouvement de critique de l’industrie nucléaire et auprès du mouvement antinucléaire (voir: La Hague, grands soirs et petits matins). Le tout avant le « recentrage » opéré par Edmond Maire à la fin de cette décennie.

Conférences données lors de la Ve rencontre du groupe Écran Total de résistance à la gestion et l’informatisation de nos vies en automne 2017.

Claude Carrey, Une histoire de la CFDT autogestionnaire dans les années 1970.

Marie Ghis Malfilatre, La CFDT anti-nucléaire dans les années 1970.

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Dans la série Racine de Moins Un, émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle, diffusée sur Radio Zinzine.

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Jan Waclav Makhaïski, Anciens et nouveaux maîtres, 1905

8 novembre 2017 Laisser un commentaire

Le centenaire de la Révolution Russe

Voici cent ans, la révolution russe mettait à bas le régime tsariste. En octobre 1917 la prise du pouvoir par les bolchéviks, avec à leur tête Lénine instaura ce qu’il appelait le « communisme », en fait un capitalisme d’État.

Ces événements eurent un retentissement mondial, ne serait-ce que parce que, après la mort de Lénine et la prise du pouvoir par Staline, le mouvement ouvrier né de la révolution industrielle du XIXe siècle et son aspiration à l’émancipation sociale furent identifiés aux partis politiques et aux régimes staliniens soutenus par l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Frères ennemis, le « monde libre » et le « camp soviétique », patrie du « socialisme réel », furent bien d’accord pour réprimer dans le sang toutes les révoltes populaires, de la révolution espagnole jusqu’au printemps de Prague, et noyer sous les mensonges et les calomnies les aspirations à un monde libéré de toutes les formes de domination hiérarchique et d’exploitation capitaliste. Lire la suite…