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Posts Tagged ‘Herbert Georges Wells’

Georges Orwell, Le socialisme et l’industrialisation, 1937

7 novembre 2015 Laisser un commentaire

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Prié d’expliquer pourquoi les gens intelligents se trouvent si souvent de l’autre côté de la barricade, le socialiste invoquera en général des raisons de bas intérêt, conscientes ou inconscientes, la conviction non fondée que le socialisme ne peut pas « marcher », ou la simple peur des horreurs et désagréments inhérents à la période révolutionnaire précédant l’instauration du socialisme. Tout ceci a certes son importance, mais il ne manque pas d’individus insensibles à des considérations de cet ordre et qui n’en sont pas moins résolument hostiles au socialisme. S’ils rejettent le socialisme, c’est pour des raisons spirituelles ou « idéologiques ». Leur refus n’est pas dicté par l’idée que « ça ne peut pas marcher », mais au contraire par la crainte que ça marche trop bien. Ce qu’ils redoutent, ce n’est pas les événements qui peuvent venir troubler le cours de leur vie, mais ce qui se passera dans un futur éloigné, quand le socialisme sera devenu une réalité.
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Patrick Parrinder, Les démêlés de Wells avec les écrivains de son temps, 1986

En 1984 parurent trois ouvrages d’un immense intérêt pour les lecteurs de Wells. Les deux volumes de sa Tentative d’autobiographie (Experiment in Autobiography, 1934) furent réédités en même temps que H.G. Wells in love (La Vie amoureuse de H.G. Wells) dont l’existence avait été tenue secrète après la mort de l’écrivain en 1946. Un autre roman autobiographique, Héritage, dont l’auteur n’était autre qu’Anthony West, le fils de Wells, fut publié vers la même époque. Il y eut enfin la biographie de son père, très controversée, d’Anthony West également : H.G. Wells : Apects of a Life (H.G. Wells : aspects d’une vie). La publication de ces trois livres, a quelques mois d’intervalle, eut lieu juste après la mort en 1983 de la mère d’Anthony West, la romancière Rebecca West. Lire la suite…

Patrick Parrinder, Wells et la littérature prophétique, 1986

« L’âme prophétique du vaste monde rêvant de choses à venir… »

En 1922, C.K. Scott Moncrieff s’est inspiré des sonnets de Shakespeare pour donner un titre à sa traduction de La Recherche du temps perdu de Proust (Remembrance of things past). Quelques années plus tard, H.G. Wells fit lui aussi un emprunt à Shakespeare pour son roman Visage des choses à venir (The Shape of Things to come) dont Alexandre Corda tira un film en 1935. Si Wells est, comme Brian Aldiss l’a suggéré « le Shakespeare de la science-fiction » [1], c’est parce qu’il a manifesté la volonté d’apparaître comme le prophète d’un siècle où l’on pressentait que la science était capable non seulement de reconstruire le passé mais aussi d’anticiper l’avenir. Pour Shakespeare, l’immortalité de ses propres vers était l’unique défi à opposer au temps. Wells mit au point dans son laboratoire de l’imaginaire, une machine à explorer le temps et, à son bord, il s’embarqua pour des voyages de découverte. Lire la suite…

Herbert George Wells, Préface aux Romans Scientifiques, 1933

Le texte suivant a été publié en introduction aux Romans scientifiques de H.G. Wells (1933), paru aux États-Unis sous le titre : Sept romans célèbres de H.G. Wells (1934). Il représente l’exposé critique le plus complet de Wells sur la nature et la méthode de sa fiction scientifique.

M. Gollancz [1] m’a demandé d’écrire une préface à mon recueil d’histoires fantastiques. Elles sont mises dans l’ordre chronologique, mais je veux dire tout de suite au commencement du livre que, pour quiconque ignore encore tout de mon œuvre, il sera probablement plus agréable de commencer par L’Homme invisible (1897) ou La Guerre des mondes (1898). La Machine à explorer le temps (1895) est un peu ardu pour ce qui est de la quatrième dimension et L’Ile du docteur Moreau (1896) plutôt pénible [2].

On a comparé ces contes à l’œuvre de Jules Verne, et à un moment les critiques littéraires ont eu tendance à me nommer le Jules Verne anglais. En fait il n’y a aucune ressemblance littéraire entre les inventions anticipatrices du grand Français et ces fantaisies. Son œuvre s’est presque toujours occupée de possibilités réelles d’invention et de découverte, et il a fait quelques prévisions remarquables. L’intérêt qu’il évoquait était d’ordre pratique ; il a écrit et cru que l’on pouvait faire ceci ou cela, qui ne se faisait pas encore à l’époque. Il a aidé son lecteur à imaginer la chose faite et à comprendre quel amusement, quelle sensation ou quel mal en découlerait. Nombre de ses inventions ont été « réalisées ». Mais celles de mes histoires qui sont rassemblées ici ne prétendent pas rivaliser avec les choses possibles ; ce sont des exercices de l’imagination dans un domaine tout différent. Elles appartiennent à une catégorie d’écrits qui inclut l’Âne d’or d’Apulée, les Histoires vraies de Lucien, Peter Schlemil et l’histoire de Frankenstein [3]. Toutes sont imaginaires ; elles ne visent pas à être le projet d’une possibilité sérieuse ; en vérité, elles ne visent qu’à emporter la conviction autant qu’un bon rêve qui vous empoigne. Elles ont à retenir le lecteur jusqu’au bout par l’art et par l’illusion, et non par la preuve et par le raisonnement, et à l’instant où il referme la couverture et se met à réfléchir, il s’éveille à leur impossibilité. Lire la suite…

Eugène Zamiatine, Les contes de fées révolutionnaires de Wells, 1922

Les plus dentelées, les plus aériennes des cathédrales gothiques n’en sont pas moins bâties de pierre ; et les plus fabuleux, les plus absurdes contes de fées de n’importe quel pays n’en sont pas moins composés de la terre, des arbres et des animaux de ce pays. Dans les contes de fées de la forêt, il y a le lutin des bois, hirsute et rabougri comme un pin, dont le rire tire son origine de l’écho de la forêt ; dans les contes de la steppe, il y a le chameau blanc magique, qui vole comme du sable fouetté par le vent ; dans les contes des régions polaires, il y a le chaman-baleine et l’ours blanc au corps d’os de mammouth. Mais imaginez un pays dont le seul sol fertile est de l’asphalte ; et sur ce sol d’épaisses forêts – des cheminées d’usines – ; et des troupeaux de bêtes d’une seule espèce – des automobiles – ; et aucun parfum de printemps si ce n’est les vapeurs d’essence. Ce pays de pierre, d’asphalte, de fer, de pétrole, de mécanique s’appelle le Londres du XXe siècle, et naturellement il a dû produire ses propres lutins de fer motorisés, ses propres contes de fées mécaniques et chimiques. Il existe de tels contes de fées urbains : Herbert Wells nous les raconte. Ce sont ses romans fantastiques. Lire la suite…