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Henri Lefebvre, Les idéologies de la croissance, 1972

13 novembre 2017 Laisser un commentaire

Le problème traité ici n’est autre que celui de la croissance économique et des idéologies qui y sont attachées. Le thème, ce n’est donc pas la croissance, mais le rapport entre croissance et idéologies. J’adopte le terme « croissance » au lieu du terme marxiste, seul scientifique, d’« accumulation élargie », précisément pour montrer que le terme « croissance » implique une idéologie. Ce n’est donc pas pour l’adopter sans critique, purement et simplement.

Il y a peu de temps les pays capitalistes avancés, ou plutôt leurs dirigeants, présentaient un tableau idyllique de la situation économique, malgré quelques ombres qui d’ailleurs s’effaceraient vite, disaient-ils. La croissance pouvait et devait être indéfinie. On la concevait telle, au moins virtuellement. Sauf erreur grave de la part des politiques, pensaient les économistes, le processus de la croissance pouvait tendre vers une courbe exponentielle. Vous savez ce que cela veut dire. La croissance économique se confondait avec une croissance mathématique. Cette croissance était toujours considérée comme quantifiable, comme chiffrable (en tonnes d’acier ou de ciment en barils de pétrole, en unités d’autos ou de navires, etc.). L’aspect quantitatif de la croissance passait pour « positif », au sens le plus fort du terme. La croissance, de ce fait, était considérée comme souhaitable. On la concevait comme moyen et fin, en passant sous silence certains aspects pourtant peu négligeables, comme le profit des capitalistes. La croissance s’exprimait en taux bien définis, parmi lesquels le P.N.B. (produit national brut) jouait un rôle privilégié, littéralement fétichisé. La croissance indéfinie passait pour possible, d’après la science que l’on déclarait alors la plus moderne : l’économie. Les économistes élaboraient des modèles, le meilleur étant celui qui proposait et certifiait la croissance indéfinie. Il ne devait plus y avoir de crises, tout au plus des ralentissements, des récessions. La théorie marxiste des crises était renvoyée aux poubelles de l’histoire. Lire la suite…

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