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Posts Tagged ‘Haldane’

Stephen Jay Gould, Haldane et la guerre chimique, 2002

9 juillet 2018 Laisser un commentaire

Les guerres longues, coûteuses et qui s’embourbent, débutent souvent dans la ferveur patriotique, mais tendent à se terminer dans la souffrance et la désillusion. Notre propre guerre de Sécession s’est soldée par un nombre de morts terriblement élevé et a cruellement remué la conscience collective de notre pays, dont la douleur n’a fait que s’accroître avec le temps. En 1862, les recrues de l’armée fédérale nordiste reprenaient à l’envi la chanson la plus célèbre de l’année :

« Oui, nous allons nous regrouper autour de notre drapeau, les gars, nous allons nous regrouper une fois de plus
Lançant bien haut le cri de bataille de la Liberté,
Nous allons descendre de nos collines, nous allons venir de nos plaines,
Lançant bien haut le cri de bataille de la Liberté…
C’est ainsi que nous accourons de l’Est et de l’Ouest
Et que nous allons expulser cette bande de rebelles du pays que nous aimons le plus. »

Mais deux ans plus tard, la chanson de Walter Kittredge, « Camper sur l’ancien terrain, » était devenue la rengaine favorite des deux armées. Le refrain, avec sa mélodie obsédante (même naïve), résumait bien l’état d’esprit que partageaient désormais les deux parties :

« Nombreux sont les cœurs las, ce soir,
Espérant la fin de la guerre ;
Nombreux sont les cœurs espérant le droit
De voir l’aube de la paix. »

Mais rien n’a égalé les horreurs de la Première Guerre mondiale, ce conflit que les Français appellent toujours la Grande Guerre, et que nous, Américains, avions qualifié de « guerre pour mettre fin à toutes les guerres. » Lire la suite…

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Recension: J.B.S. Haldane et B. Russel, Dédale & Icare, 1923

11 juin 2015 Laisser un commentaire

Livre Dédale et IcareNote de lecture sur un débat entre un scientifique et un philosophe à propos de la science et de l’avenir qu’elle nous réserve…

J.B.S. Haldane, B. Russell, Dédale & Icare, éd. Allia, 2015, 112 p.

 

En 1923, au cours d’une conférence donnée à Cambridge et intitulée Dédale ou la science de l’avenir, l’éminent biologiste et marxiste anglais John Burton Sanderson Haldane, au sortir de la Première Guerre mondiale et de ses atrocités mécanisées et industrielles, se demandais si :

« L’homme devient un simple parasite de la machine, un appendice du système reproducteur d’immenses moteurs compliqués qui usurpent ses activités l’une après l’autre, et finissent par lui retirer la maîtrise de notre planète. »

Et en conséquence :

« Y a-t-il le moindre espoir d’arrêter la recherche scientifique ? »

Mais en bon progressiste, sa réponse est évidement non. Pour lui, science et industrie sont indissociables. Mais s’il ne distingue pas la science de l’usage capitaliste qui en est fait, ce n’est pour s’opposer au développement ni de l’un ni de l’autre :

« Les avancées dans cette direction tendent à unifier de plus en plus l’humanité, à rendre la vie de plus en plus complexe, artificielle et riche de possibilités, et à augmenter indéfiniment la capacité humaine à faire le bien et le mal. »

Et donc, pour l’avenir, il n’y a plus qu’à considérer quels sont les problèmes techniques et quelle sont les capacités scientifiques nécessaires pour les résoudre. Car ce marxiste et scientifique n’imagine pas un seul instant qu’il soit possible non pas de sortir de la société industrielle, mais seulement de refuser ses progrès ou simplement de critiquer ses innovations comme de nouvelles formes de dépossession. Pour lui, il faut s’y adapter le moins mal possible, non en laissant faire le marché libre et autorégulateur, mais en s’en remettant aux spécialistes, experts et scientifiques bienveillants et humanistes… de la trempe de Haldane ! Lire la suite…

Le “manifeste des généticiens”, 1939

19 janvier 2015 Laisser un commentaire

Nous publions, à titre de document historique, la traduction de ce qui a été appelé à l’époque le Manifeste des généticiens, produit du septième Congrès International de Génétique qui s’est clôturé à Edinburgh trois jours avant la déclaration de la Seconde Guerre Mondiale. Les personnalités à l’origine de ce texte, notamment J. Huxley, J. B. S. Haldane et H. Müller, sont toutes progressistes.

Julian Sorell Huxley (1887-1975) est socialiste, promoteur de l’eugénisme, un des créateurs de l’UNESCO et l’inventeur du terme transhumanisme en 1957.

John Burdon Sanderson Haldane (1892-1964) est socialiste, inventeur du concept d’ectogenèse (reproduction humaine en dehors de l’utérus féminin). En 1938, il publie un livre (Hérédité et politique, trad. fr. éd. PUF, 1948) qui démontre l’inanité d’un programme eugéniste dans les conditions politiques et sociales de l’époque.

Hermann Joseph Müller (1890-1967) est communiste, juif d’origine allemande. En 1933, lorsque Hitler arriva au pouvoir, il part en URSS et propose à Staline un programme d’eugénisme positif, mais se heurte à l’influence grandissante de Trofim Lyssenko qui s’oppose à la génétique occidentale. En 1935, il publie un livre (Hors de la nuit, vues d’un biologiste sur l’avenir, trad. fr. éd. Gallimard, 1938) qui se fait le promoteur de l’ectogenèse, propose de constituer des réserves de sperme de grands hommes, d’utiliser des animaux comme « mères porteuses » pour les enfants, etc. Il se réfugie en Angleterre en 1938.

Aldous Leonard Huxley (1894-1963), le frère de Julian Huxley, est l’auteur du roman de science-fiction Le Meilleur des mondes, publié en 1932…

Toute ressemblance avec ce qui se passe aujourd’hui autour de la procréation médicalement assistée (PMA) ou de la gestation pour autrui (GPA) est purement fortuite…

Andréas Sniadecki


 Biologie sociale et amélioration de la population

En réponse à une requête du Service Scientifique de Washington, D.C., adressant la question « Comment la population mondiale peut le plus efficacement être améliorée génétiquement ? » à un grand nombre de travailleurs scientifiques, la déclaration ci-dessous a été préparée et signée par ceux dont le nom apparaît à la fin.

Cette question « Comment la population mondiale peut le plus efficacement être améliorée génétiquement ? » soulève des problèmes bien plus larges que ceux qui sont purement biologiques, des problèmes que le biologiste rencontre inévitablement dès lors qu’il tente de mettre en pratique les principes de son propre champ de spécialité. Car l’amélioration génétique effective de l’humanité dépend de changements majeurs dans les conditions sociales, et de changements corrélatifs dans les attitudes humaines. Lire la suite…

The « Geneticists Manifesto », 1939

19 janvier 2015 Laisser un commentaire

Social Biology and Population Improvement

The Seventh International Congress of Genetics adjourned at Edinburgh only three days before World War II got under way. It is interesting to recall that just before the shooting started a group of geneticists at that Congress-informally formulated what we might call an Edinburgh Charter of the genetic rights of man. Now that we are setting forth on a sea of words toward the New Horizon and the Four Freedoms it may not be amiss to recall this statement of fundamentals, drawn up and subscribed to at a very solemn time, by some of the leaders of genetic thought.

The question “how could the world’s population be improved most effectively genetically” raises far broader problems than the purely biological ones, problems which the biologist unavoidably encounters as soon as he tries to get the principles of his own special field put into practice. For the effective genetic improvement of mankind is dependent upon major changes in social conditions, and correlative changes in human attitudes. Lire la suite…

J.B.S. Haldane, Être de la bonne taille, 1926

Présentation du traducteur

La traduction dans la revue Conférence d’un texte traitant de biologie – même si ce texte a été écrit pour un large public, et a été publié dans une revue généraliste – demande quelques éclaircissements. Non que la biologie soit ici mal considérée (encore qu’il y aurait à dire sur la façon dont elle est généralement envisagée et pratiquée aujourd’hui) ; mais on sait que qui trop embrasse mal étreint et qu’un exercice fécond de la pensée suppose certains choix. Or, comme ses lecteurs le savent, Conférence ne s’inscrit pas dans le sillage de Nature ou Science.

Cela étant, ce n’est pas directement que nous sommes arrivés au texte du grand généticien britannique J.B.S. Haldane (1892-1964) ici proposé, mais par l’intermédiaire d’un homme singulier, Leopold Kohr. Kohr, en partie parce que ses idées contredisent le mondialisme et le sans-frontiérisme ambiants, en partie parce qu’il était un homme sans prétentions et ne se mettait jamais en avant, est demeuré peu connu, sinon dans des cercles restreints ; et quand son nom est évoqué, c’est souvent à travers l’influence qu’il a pu exercer sur l’économiste anglais Ernst Friedrich Schumacher, auteur en 1973 d’un essai à succès dont le titre est devenu un slogan : Small Is Beautiful. Cependant, comme Ivan Illich l’a souligné dans une conférence prononcée en hommage à Kohr, sa pensée va bien au-delà d’une simple apologie du petit. Lire la suite…

J.B.S. Haldane, On Being the Right Size, 1926

The most obvious differences between different animals are differences of size, but for some reason the zoologists have paid singularly little attention to them. In a large textbook of zoology before me I find no indication that the eagle is larger than the sparrow, or the hippopotamus bigger than the hare, though some grudging admissions are made in the case of the mouse and the whale. But yet it is easy to show that a hare could not be as large as a hippopotamus, or a whale as small as a herring. For every type of animal there is a most convenient size, and a large change in size inevitably carries with it a change of form. Lire la suite…