Archive

Posts Tagged ‘Guillaume Lecointre’

Guillaume Lecointre, guide critique 2014

23 janvier 2016 Laisser un commentaire

Téléchargez l’article au format PDF

N’écoutant que son courage et tout pénétré de son devoir de fonctionnaire du service public, M. Guillaume Lecointre s’est érigé en guide critique (selon le titre d’un de ses ouvrages), pourchassant dans l’opinion publique les erreurs à propos de l’évolution des espèces et marchant sur les pieds de ceux qui tentent de faire des « intrusions spiritualistes en sciences » en diffusant leurs idées aux relents créationnistes. Pour extraire les pailles mystiques et religieuses qu’il aperçoit dans les yeux de ses concitoyens, il n’hésite pas un instant à les extraire avec les très laïques poutres darwiniennes qu’il manie avec la dextérité de l’éléphant dans un magasin de porcelaine !

Cornegidouille ! Quel pestacle ! Quelle rigolade !!!

Il faut dire que notre illusionniste est d’abord et avant tout un clown matérialiste chevronné. Ce systématicien ne sait pas ce qu’est un être vivant, mais il sait qu’ils sont « soumis à la sélection naturelle » (voir Le déni du vivant). Cet évolutionniste est prêt à faire dans le révisionnisme historique pour laver son idole, le coryphée de la biologie évolutionniste Charles Darwin, de toute compromission idéologique avec l’infâme (voir Révisionnisme historique). Et enfin, le clou du spectacle : déguisé en preux chevalier, il transformera devant vos yeux désabusés, avec son épée en carton et sa cape miteuse, une vielle catin décrépie en une jeune vierge pimpante ! (voir Un obscurantiste scientiste)

Quel talent ! Cornes au cul ! Enfoncé le père Ubu !!!

Voici donc, tout de suite, quelques échantillons de cette haute voltige prélevés dans son opuscule L’évolution, question d’actualité ? (éd. Quae, 2014) où il répond à « 80 questions naïves ou faussement naïves posées par tout un chacun après ses conférences ». Comme nous allons le montrer, la pédanterie la plus plate s’y dispute aux simplifications foudroyantes. Lire la suite…

James R. Moore, Le profil de la carrière de Darwin: son aspect ecclésiastique, 1982

26 mars 2015 Laisser un commentaire

Téléchargez l’article au format PDF

« Autant par ceux qu’elle diffame,
une époque se juge par ceux qu’elle honore,
et par la manière dont elle les honore. »

Georges Orwell devant ses calomniateurs, éd. Ivréa/EdN, 1997.

 Rarement la vie d’un « grand homme de science » aura été décortiquée avec autant de minutie que celle de Charles Darwin. Les publications, notamment dans le monde anglo-saxon – n’y voyez surtout aucun chauvinisme ! – sur sa vie, sa carrière, ses travaux, ses motivations, ses croyances, etc. sont innombrables.

Pourtant, il est à croire que toute cette production, sinon agiographique, du moins toujours fort respectueuse du « grand homme », loin d’éclaircir les ressorts à l’origine de ses idées, a pour fonction d’entretenir les mythes et légendes qui l’entourent et de dissimuler sous le fatras de l’analyse minutieuse du moindre détail biographique la profonde médiocrité de ce personnage, la très victorienne pauvreté et le très bourgeois conformisme de ses idées.

On a pu lire récemment, dans le dernier ouvrage de vulgarisation sur l’évolution du classificateur au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, Guillaume Lecointre – qui réussit l’exploit de ne pas mentionner le nom de Lamarck (n’y voyez surtout aucun anti-chauvinisme !) – l’affirmation suivante dans une section finement intitulée “Darwin n’a-t-il pas mené au nazisme ?” :

« Dans ses livres scientifiques, Charles Darwin élabore un travail théorique dans le champ des sciences naturelles. En cela, il fait preuve à son époque d’une grande indépendance scientifique vis-à-vis du devoir dire social et religieux. »

Guillaume Lecointre, L’évolution, question d’actualité ?, éd. Quae, 2014, p. 103.

Cela est évidement totalement faux. La démarche intellectuelle de Darwin n’est en rien “scientifique”, elle est tout entière imprégnée de la Théologie naturelle de William Paley, qu’il tente de réfuter en puisant des éléments idéologiques dans le contexte politique, économique et social de son temps et en les projetant sur le monde vivant. D’ailleurs, ans son Autobiographie, il ne parle de ses travaux scientifiques que dans cette perspective.

Nombre d’auteurs anglo-saxons le reconnaissent ouvertement et l’article qui suit est une analyse très documentée qui restitue dans le contexte intellectuel et social propre à Darwin un certain nombre d’éléments qui sont à l’origine des mythes et légendes qui l’entourent. Ce faisant, on verra que non seulement « Darwin soutenait l’ordre naturel, existant, de la société », mais surtout contribua à le naturaliser…

Andréas Sniadecki, mars 2015.

– • –

Quel genre de vie Darwin a-t-il mené ? Celle d’un dilettante rural, d’un voyageur au long cours, d’un scientifique professionnel ou d’un intellectuel de paroisse ? Vie de petite noblesse campagnarde ou de bourgeoisie urbaine ? Il est certain que la carrière de Darwin a offert un échantillon de tous ces modes d’existence. Elle n’est pas facilement classable, car dans l’Angleterre victorienne, beaucoup de « niches » sociales s’ouvraient à un homme bien né, pourvu d’une fortune familiale.

Selon les époques et les lieux, Darwin se montra dilettante, voyageur, professionnel et savant isolé. A chaque étape, sa vie a manifesté une combinaison de qualités bourgeoises et aristocratiques, provenant d’Edimbourg, de Cambridge et de son milieu culturel d’origine de l’ouest des Midlands. A aucun moment, il ne paraîtrait juste de généraliser touchant sa carrière, en prétendant : « Voici le genre de vie que Darwin a mené ». Lire la suite…

Guillaume Lecointre, guide critique, 2005

17 novembre 2012 Laisser un commentaire

Téléchargez le dossier complet au format PDF

Le 29 octobre 2005, sur la chaîne de télévision Arte, était diffusé un documentaire de Thomas Johnson intitulé Homo sapiens, une nouvelle histoire de l’homme, qui exposait la théorie de la paléoanthropologue Anne Dambricourt-Malassé. A la suite de pressions occultes impulsées par Guillaume Lecointre du Muséum d’Histoire Naturelle, la chaîne Arte organisa à la dernière minute un “débat” à la suite de ce documentaire entre divers scientifiques tous radicalement opposés aux thèses exposés dans ce film.

Sans avoir besoin d’approuver la théorie de cette scientifique sur l’origine de l’homme, et moins encore les accointances bien réelles qu’elle a entretenue avec les partisans de l’Intelligent Design [ID] ou d’autres confusionnistes (comme ce très œcuménique Jean Staune de l’Université Interdisciplinaire de Paris [UIP]), l’attitude de Lecointre dans cette affaire dénote non seulement d’un certain scientisme, mais de plus d’une vision pour le moins autoritariste de la manière de mener un “débat public”. Lire la suite…

Georges Henein Grup, Ni Dieu ni Darwin, 2005

15 novembre 2012 Laisser un commentaire

Depuis plusieurs années, plusieurs chaînes de télévision (La 5, FR3, Animaux, Planète, Disney TV, Arte), un nombre important de périodiques récréatifs pour enfants, et plusieurs radios nationales (France inter, France info, France culture) diffusent des émissions dites « scientifiques » sur les êtres vivants, leur lutte pour la survie, leur combat pour la reproduction, et leur investissement dans la transmission de leurs gènes.

Mélange trivial d’anthropomorphisme, de fausses évidences, de spectaculaire violent et d’idéologie libérale (au sens “la loi du plus fort”), ce discours, s’appuie sur une discipline fort en vogue, l’écologie comportementale, et se fonde sur le néodarwinisme qui se présente pour ses partisans comme la seule vérité universelle sur l’évolution du vivant et sur ses formes actuelles. Drapé de la « bénédiction » de quelques scientifiques patentés ayant compris tout l’intérêt qu’ils pouvaient tirer à titre personnel et professionnel de cette reconnaissance médiatique, ces articles et ces émissions propagent à tout va un discours typiquement capitaliste réduisant l’histoire du vivant à une compétition féroce et sans fin entre des gènes avides de domination planétaire. Des termes comme « maximiser son succès reproducteur », « coût et bénéfice d’une stratégie », « investissement parental », « budget-temps », « capitalist breeder », « optimal foraging » fleurissent à longueur de discours tant dans les revues scientifiques de l’écologie comportementale [1] que dans les émissions et les articles de vulgarisation sur le vivant. La vie et ses mécanismes réduits à un flux d’énergie et à une compétition entre gènes cyniques et calculateurs, voilà le monde tel qu’il fonctionne depuis l’apparition de la vie sur notre planète si l’on écoute les chantres du « monde génique » ! Lire la suite…

Philippe Grandcolas et la notion d’adaptation

10 février 2011 Laisser un commentaire

L’adaptation est certainement la notion la plus floue et la moins bien définie de toute la biologie, et cela alors même qu’elle est au cœur de la théorie darwinienne de l’évolution.

Un volumineux ouvrage publié en 2009 à l’occasion des 150 ans de L’Origine des espèces et du bicentenaire de la naissance de Darwin, Les mondes darwiniens, et qui a été pour cela qualifié – sans ironie – de « bible du darwinisme », nous propose dans son chapitre 4 consacré à l’Adaptation, la définition suivante :

L’adaptation peut-être définie de manière complète comme un caractère nouveau apparu chez un organisme et maintenu par la sélection naturelle. [Grandcolas in MD, p. 88]

Voici donc des darwiniens qui ont oublié que Darwin a élaboré le mécanisme de la sélection naturelle précisément pour expliquer les adaptations : on tourne en rond dans un cercle de 150 ans de circonférence ! D’autre part, cette définition ne nous dit pas ce qu’est l’adaptation, mais seulement comment elle se produit. Autrement dit, cette définition, qui se veut rien moins que « complète », n’en est tout simplement pas une ! Lire la suite…

Les orphelins du progrès

26 mars 2010 Laisser un commentaire

Nous reproduisons ici un article paru dans Le Monde Magazine qui, malgré quelques insuffisances et son parti-pris non critique en faveur du GIEC, a le mérite de montrer que ce qui menace la société actuelle est bien moins un obscurantisme religieux qu’un scientisme aussi borné que fanatique.

Dans sa petite bibliothèque des horreurs, Jean-Paul Krivine a rangé homéopathes, militants anti-OGM, agriculteurs biodynamiques, sourciers et chiropracteurs au même rayon que les anti-évolutionnistes à crucifix et les amateurs d’ovni. A la tête de l’AFIS, l’Association française pour l’information scientifique, cet « ingénieur en intelligence artificielle » est un rationaliste qui bataille contre le plus grand risque qui puisse, selon lui, nous frapper : la remise en question de sa sainte trinité, « progrès, humanisme et universalité ».

L’homme est nerveux. Il se demande ce que je lui veux. J’ai bien précisé au téléphone que la revue dont il est le rédacteur en chef, Science et pseudo-sciences, m’avait il y a deux ans étrillé pour un reportage en Suède à la rencontre de ces « électro-sensibles » qui fuient dans les forêts les ondes des portables et de la WiFi. Crime de lèse-science : la revue expliqua comment je manipulais le lecteur, l’amenant à penser qu’une technologie inoffensive pouvait être un risque pour la santé. Disons-le simplement : je n’ai pas d’avis sur la dangerosité des ondes. Et je n’ai pas pris rendez-vous avec Jean-Paul Krivine pour régler des comptes mais pour tenter de comprendre d’où vient ce sentiment de citadelle assiégée qui l’anime. Lire la suite…