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Posts Tagged ‘Goethe’

Nicolas Class, Goethe et la méthode de la science, 2005

24 juin 2016 Laisser un commentaire

Résumé

Malgré sa défiance pour la théorie, la recherche scientifique de Goethe n’est pas allée sans un soin tout particulier porté à la méthode qu’elle devait mettre en œuvre. Précisément parce qu’il fallait rendre compte du phénomène dans sa diversité et dans sa totalité, il importait de réfléchir aux moyens qui assureraient la réussite d’une telle démarche. Pour Goethe, il s’agissait de mettre en œuvre un concours harmonieux des différentes facultés de l’esprit humain, seul capable de répondre à la richesse du réel tel qu’il se manifeste à nous, et donc seul capable de fonder adéquatement une démarche expérimentale en science. Lire la suite…

Johann Wolfgang von Goethe, De l’expérience considérée comme médiatrice entre l’objet et le sujet, 1792

18 juin 2016 Laisser un commentaire

L’homme, dès qu’il aperçoit les objets qui l’entourent, les considère de prime abord dans leurs rapports avec lui-même, et il a raison d’en agir ainsi; car toute sa destinée dépend du plaisir ou du déplaisir qu’ils lui causent, de l’attraction ou de la répulsion qu’ils exercent sur lui, de leur utilité ou de leurs dangers à son égard. Cette manière si naturelle d’envisager et d’apprécier les choses paraît aussi facile que nécessaire, et cependant elle expose l’homme à mille erreurs qui l’humilient, et remplissent sa vie d’amertume.

Celui qui, mu par un instinct puissant, veut connaître les objets en eux-mêmes et dans leurs rapports réciproques, entreprend une tâche encore plus difficile; car le terme de comparaison qu’il avait en considérant les objets par rapport à lui-même, lui manquera bientôt. Il n’a plus la pierre de touche du plaisir ou du déplaisir, de l’attraction ou de la répulsion, de l’utilité ou de l’inconvénient, ce sont des critères qui lui manquent désormais complètement. Impassible, élevé pour ainsi dire au-dessus de l’humanité, il doit s’efforcer de connaître ce qui est, et non ce qui lui convient. Le véritable botaniste ne sera touché ni de la beauté ni de l’utilité des plantes, il examinera leur structure et leurs rapports avec le reste du règne végétal. Semblable au soleil qui les éclaire et les fait germer, il doit les contempler toutes d’un œil impartial, les embrasser dans leur ensemble, et prendre ses termes de comparaison, les données de son jugement, non pas en lui-même, mais dans le cercle des choses qu’il observe. Lire la suite…

Johann Wolfgang von Goethe, The Experiment as Mediator of Object and Subject, 1792

18 juin 2016 Laisser un commentaire

As soon as we perceive the objects around us we consider them in relation to ourselves – and rightfully so. For our entire fate depends upon whether they please or displease, attract or repel, benefit or harm us. This completely natural way of considering and judging things seems as easy as it is necessary. But it also makes us susceptible to a thousand errors that can shame us and embitter our lives.

Those human beings undertake a much more difficult task whose desire for knowledge kindles a striving to observe the things of nature in and of themselves and in their relations to one another. We no longer have the standard that helped us when we looked at things in relation to ourselves. We lack the measure of pleasure and displeasure, attraction and repulsion, use and harm. We must renounce these and as quasi-divine beings seek and examine what is and not what pleases. True botanists should not be touched by the beauty or the utility of a plant. They should investigate the plant’s formation and its relation to the remaining plant kingdom. Just as the sun coaxes forth and shines on all plants, botanists should consider all plants with an even and quiet gaze and take the measure for knowledge – the data that form the basis for judgment—not out of themselves but out of the circle of what they observe. Lire la suite…

Johann Wolfgang von Goethe, Der Versuch als Vermittler von Objekt und Subjekt, 1792

18 juin 2016 Laisser un commentaire

Sobald der Mensch die Gegenstände um sich her gewahr wird, betrachtet er sie in bezug auf sich selbst, und mit Recht. Denn es hängt sein ganzes Schicksal davon ab, ob sie ihm gefallen oder mißfallen, ob sie ihn anziehen oder abstoßen, ob sie ihm nutzen oder schaden. Diese ganz natürliche Art, die Sachen anzusehen und zu beurteilen, scheint so leicht zu sein, als sie notwendig ist, und doch ist der Mensch dabei tausend Irrtümern ausgesetzt, die ihn oft beschämen und ihm das Leben verbittern.

Ein weit schwereres Tagewerk übernehmen diejenigen, deren lebhafter Trieb nach Kenntnis die Gegenstände der Natur an sich selbst und in ihren Verhältnissen untereinander zu beobachten strebt: denn sie vermissen bald den Maßstab, der ihnen zu Hülfe kam, wenn sie als Menschen die Dinge in bezug auf sich betrachteten. Es fehlt ihnen der Maßstab des Gefallens und Mißfallens, des Anziehens und Abstoßens, des Nutzens und Schadens; diesem sollen sie ganz entsagen, sie sollen als gleichgültige und gleichsam göttliche Wesen suchen und untersuchen, was ist, und nicht, was behagt. So soll den echten Botaniker weder die Schönheit noch die Nutzbarkeit der Pflanzen rühren, er soll ihre Bildung, ihr Verhältnis zu dem übrigen Pflanzenreiche untersuchen; und wie sie alle von der Sonne hervorgelockt und beschienen werden, so soll er mit einem gleichen ruhigen Blicke sie alle ansehen und übersehen und den Maßstab zu dieser Erkenntnis, die Data der Beurteilung nicht aus sich, sondern aus dem Kreise der Dinge nehmen, die er beobachtet. Lire la suite…

Roger Alfred Stamm, Une exploration «intégrative» de la vie, 2007

27 septembre 2015 Laisser un commentaire

Le morphologiste Adolf Portmann (27 mai 1897-28 juin 1982) était un chercheur et un enseignant reconnu. Avec sa « biologie de la forme », et sa conception de l’être humain en tant qu’entité libre et culturelle, il œuvra contre la perte de l’intégrité du vivant. Vingt-cinq ans après sa mort, en cette époque de technologie génique, cela vaut la peine de se souvenir de lui. Roger Alfred Stamm – professeur émérite de l’université de Lunebourg et curateur des archives Portmann à l’Université de Bâle – donne ici un bref aperçu sur lui.

 

Adolf Portmann grandit à Bâle et enseigna, de 1926 à 1968, la zoologie à l’Université de cette ville, pendant plus de 35 ans comme professeur titulaire et directeur de l’Institut de Zoologie.

Parmi les zoologistes du XXe siècle, Adolf Portmann était sans conteste quelqu’un dont la recherche méritait tout particulièrement le qualificatif de « gœthéenne ». Portmann était morphologiste, et donc le représentant d’une spécialité aujourd’hui à peine soutenue, cependant fondamentale pour la connaissance des êtres vivants. L’évolution embryonnaire et celle du jeune animal étaient son point fort, et Portmann a découvert des choses essentielles sur les stades évolutifs des crabes, des escargots et des seiches, des oiseaux et des mammifères. Nous lui devons les aperçus décisifs sur la fonction des oiseaux et mammifères nidicoles et nidifuges, mais aussi une connaissance approfondie de l’évolution du cerveau chez ces groupes d’animaux. Lire la suite…

Pierre Thuillier, Goethe l’hérésiarque, 1976

17 février 2014 Laisser un commentaire

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Goethe, dans les manuels classiques d’histoire des sciences, occupe une position assez marginale. Il est vraisemblable que, pour beaucoup de scientifiques, le vieux sage de Weimar fait partie d’une espèce de folklore para-scientifique (voire a-scientifique) dont il n’y a pas grand-chose à tirer. Dans la division du travail intellectuel telle qu’elle est aujourd’hui établie, il est devenu « évident » que Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) se définit avant tout, conformément au Petit Larousse illustré, comme un « écrivain ». Les Souffrances du jeune Werther. Poésie et vérité, Faust : voilà des réussites. Mais en science ? A première vue (et malgré le coup d’éclat de l’os intermaxillaire), le palmarès est moins brillant. Tout se passe comme si les productions scientifiques de Goethe ne constituaient qu’une parenthèse négligeable dans sa carrière d’homme de lettres.

Peut-être même serait-il charitable de ne pas insister. Car regardons-y de plus près : le trait le plus marquant de la « science » de Goethe, ce pourrait bien être le refus de Newton. Non seulement il déclarait avec insolence : « Ne prêtez pas la moindre attention aux Newtoniens » [1] ; mais toute une partie de son Traité des couleurs est expressément destinée à prouver que Newton n’y a rien compris [2]. En deux mots, Goethe refusait la vraie science, la science officielle. Il n’admettait pas, ce poète, que la physique mathématique fût le fin du fin en matière de connaissance ; malgré quelques coups de chapeau aux mathématiques, il ne ménageait pas ses sarcasmes à l’égard de la « gent mathématicienne ». Comment prendre au sérieux ce dinosaure de la pensée scientifique ? Lire la suite…