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Posts Tagged ‘Gérard Nissim Amzallag’

Recension : G. N. Amzallag, La révolution du cuivre, 2008

2 juillet 2017 Laisser un commentaire

Gérard Nissim Amzallag,
La révolution du cuivre.
Les fonderies de Canaan et le début de la civilisation,
(texte en hébreu), Shani-Livna (Israël),
éd. Hameara Publishing House, 2008.

Sous ce titre courageux Gérard Nissim Amzallag, de l’université de Béershéva, propose une thèse de grande amplitude sur l’origine de la civilisation comme ensemble des acquisitions d’une société humaine, par opposition soit à la nature soit à la barbarie. Ce fondement lointain, postérieur cependant à la révolution liée à la découverte de la céramique, ne serait autre que l’invention de la métallurgie du cuivre, c’est-à-dire de la transformation d’un minerai, d’une terre, en une coulée brûlante de métal, utilisable ensuite directement ou par alliage pour créer des objets. C’était un prodige, qui fut vite entouré de secrets et de récits mythologiques. Plus précisément, cette découverte aurait eu lien en Canaan, et la Bible en porte de nombreuses marques. Cependant, observons tout de suite, avant même de présenter l’ouvrage, que les indices scripturaires qui étayent ou illustrent la thèse sont assez nets, mais à l’état de vestiges difficiles à dater, et ceci pour deux raisons : d’une part, la narration biblique se rattache à l’âge du Fer, où les références ont profondément changé, comme on va le voir ; d’autre part et surtout, la Bible bouscule tout ce qui paraît expressément cananéen, sauf peut-être la langue elle-même. Typiquement, les récits affirment que depuis Abraham les Israélites sont d’origine lointaine (Mésopotamie ou Égypte) et ne professent qu’une très faible estime pour les cananéens et leurs dieux. Lire la suite…

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Gérard Nissim Amzallag, Invitation à l’antiphonie, 2009

15 avril 2017 Laisser un commentaire

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Réflexions d’un biologiste
à la lecture d’Henri Maldiney

« Et nous demandons qu’on veuille réfléchir sur ceci : la religion et l’art ne sont pas des ruptures d’avec la simple vie moins expressément humaines que ne l’est la science ; or quel esprit sincèrement religieux, quel artiste authentiquement créateur, poursuivant la transfiguration de la vie, a-t-il jamais pris prétexte de son effort pour déprécier la vie ? »

Georges Canguilhem, La connaissance de la vie.

Henri Maldiney parle fort peu de science. On peut en découvrir la raison dans ses écrits. La pensée du rien [soit de ce qui semble insignifiant en apparence ; NdE], c’est-à-dire de ce qui est en amont de l’existence et qui la fonde, tient une place centrale dans son œuvre. Or Maldiney considère que la science ne permet pas d’entrevoir ce rien dans sa réalité propre. Il écrit ainsi :

« L’Homme de science ne parle du rien que pour l’exclure. Ce rejet, né de la conviction que l’étant est en tout positivité permet d’en déterminer l’en-soi dans la forme de l’objectité. Mais pour opérer sur quelque chose dans le monde, il faut d’abord avoir ouverture à lui. » 1

On ne peut que lui donner raison. Le concept de rien na aucune réalité propre en science. Il s’insère tout au plus comme négation d’une réalité positive comme le signe accablant d’un échec expérimental. Lorsque le rien fait surface, le savoir positif se rétracte Mais dans ce cas, n’est-ce pas le signe de sa remise en question, prémisse de son renversement impromptu ? Pas vraiment, parce que le rien dont il est question en science est un vide dénué de potentialité créatrice. Il n’anticipe pas une ouverture vers l’inconnu, mais invite seulement à rejeter la théorie dont il dévoile, par son irruption, les lacunes. L’expérience étant étroitement conçue en rapport à une théorie, elle ne peut engendrer de réponse hors du dualisme vrai-faux dans laquelle elle est par avance emprisonnée. C’est pourquoi la réponse nulle en science, le “rien” de l’expérience qui a échoué n’a pas grand chose à voir avec l’apparaître 2, et encore moins avec l’impression originaire qui lui est intimement associée 3. Or cette impression, Maldiney la caractérise ainsi :

« Elle ne se développe pas (elle n’a pas de germe), elle est création originaire. » 4

Dans l’impossibilité d’appréhender le rien, la science moderne se trouve dans l’incapacité d’appréhender la dimension créatrice contenue dans son “objet d’étude”. Elle se voit condamnée à une représentation déterministe du monde qu’elle étudie, dans lequel le temps est linéarisé et sécable à l’infini si bien qu’aucune rupture, aucune discontinuité n’en devient concevable. C’est la répétition éternelle du même, d’un réel inerte se transformant au gré de lois immuables, enfermé dans la “dichotomie du vrai”. Lire la suite…

Recension: S. Pouteau (dir.), Génétiquement indéterminé, 2007

15 novembre 2016 Laisser un commentaire

Sylvie Pouteau (dir.),
Génétiquement indéterminé.
Le vivant auto-organisé,
éd. Quae, 2007, 169 p.

Le vivant obéit à des lois internes, difficiles à appréhender. Faut-il pour autant recourir à des explications de mécanismes et de programmes conçus sur le modèle des machines fabriquées par l’homme ? Plus les hommes de science étudient le vivant comme s’il s’agissait d’une machine encore inconnue, plus le « moteur » leur paraît compliqué et plus il y a de questions. Le vaste domaine que représente la génétique animale et végétale n’a pas échappé aux interrogations de ses chercheurs.

Ce questionnement a atteint un seuil très sensible, au point d’avoir ébranlé le confort intellectuel jusqu’ici offert par le « vivant-machine » et le déterminisme génétique. D’où la dédicace assez émouvante présentée en tête de ce livre par la coordinatrice scientifique, S. Pouteau :

« à tous ceux qui auront l’enthousiasme et le courage de frayer de nouvelles approches pour comprendre l’organisme vivant et le délivrer du statut de machine dans lequel il est resté confiné depuis les Lumières dont il est permis de penser qu’elles n’ont pas suffisamment brillé en la matière. »

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Bertrand Louart, Eine kritische Geschichte der Biologie, 2013

4 avril 2014 Laisser un commentaire

It is above all against this shabby mechanization of our scientific imagination, which kills all ability to notice the unforeseen, that I protest, against this mat finish over a chaos of unrecognized ignorance, this butcher-like brutality with things that cry for gentle caution.

Erwin Chargaff, Essay on Nucleic Acids, chapter 11, 1963.

 

The comparison of the universe to a machine of human contrivance is so obvious and natural, and is justified by so many instances of order and design in nature, that it must immediately strike all unprejudiced apprehensions, and procure universal approbation. Whoever attempts to weaken this theory, cannot pretend to succeed by establishing in its place any other, that is precise and determinate.

David Hume, Dialogues concerning Natural Religion, 1779.

 

André Pichot ist Historiker und Wissenschaftsphilosoph. Er forscht an der Universität von Nancy. 2011 hat er ein umfangreiches Werk publiziert, das eine sehr kritische Analyse der modernen Biologie beinhaltet. Hier eine Übersicht über dieses ungewöhnliche Buch.

 

Seit den Neunzigerjahren hat André Pichot ein Dutzend Werke über Wissenschaftsgeschichte geschrieben, im speziellen über seine Lieblingsdisziplin, die Biologie. Die Geschichte, die er schreibt, ist allerdings nicht die eines ruhig dahingleitenden Forschungsprozesses, der wie selbstverständlich zum Triumph der aktuellen Theorien über das Leben führt. Im Gegenteil, es ist eine überraschende und komplexe Geschichte, voller Irrtümer und Sackgassen, plötzlicher Wendungen und unbrauchbarer Neuorientierungen. Eine Geschichte, umgeben von Mythen, Legenden und falschen Ideen, von Betrügereien und zweifelhaften Angelegenheiten mit dem Resultat, dass es etliche Leichen im Keller gibt… Es ist vor allem die Schilderung des Triumphs einer völlig irre geleiteten Auffassung, die sich entgegen allen Beweisen des Gegenteils durchgesetzt hat, nämlich die des Lebewesens als Maschine. Lire la suite…

Gérard Nissim Amzallag, L’arbre est un buisson, 2007

16 juin 2013 Laisser un commentaire

On ne sait exactement là où commence un arbre et là où il s’arrête. Ses racines s’enfoncent au loin, sans que personne ne puisse déterminer jusqu’où. Sous le sol, elles se lient aux racines des autres arbres pour former un inextricable réseau. Les points de contact forment des « greffes de racine », véritables passerelles d’échange d’on ne sait trop quoi entre les individus. Les champignons vivant autour des jeunes racines créent un réseau plus dense encore reliant lui aussi de façon indirecte les racines des arbres les plus divers. Lire la suite…

Gérard Nissim Amzallag, La raison malmenée, 2002

De l’origine des idées reçues en biologie moderne

CNRS éditions, 2002.

Préface

Voilà un livre qui en agacera plus d’un. Sans doute lui trouvera-t-on quelques défauts ; mais il n’est pas sûr que ce soit ceux-ci qui irriteront ; car il a des qualités bien plus gênantes, dont la principale est d’appeler un chat un chat et de dire que l’empereur est nu, sans trop se soucier de l’étiquette et des usages qui prônent l’admiration là où non seulement il n’y a rien à admirer, mais tout simplement rien à voir.

Pour reprendre une des métaphores botaniques qu’affectionne son auteur, peut-être le buisson des critiques qu’il assène aurait-il mérité d’être un peu élagué et mis en forme. Certes. Mais, après tout, nul n’est tenu d’aimer la topiaire et les jardins à la française ; et, tel quel, ce foisonnement a l’avantage de présenter un large éventail de ce qu’on pourrait reprocher à la science actuelle, et plus spécialement à la biologie. A moins – puisque l’auteur appelle un chat un chat, et que la science ne se construit pas toute seule –, qu’il ne faille le reprocher aux chercheurs et enseignants, particulièrement aux biologistes (à tout seigneur tout honneur, les généticiens sont les plus concernés). Lire la suite…

Recension: G.N. Amzallag, La raison malmenée, 2003

Recension: Gérard Nissim Amzallag, La raison malmenée. De l’origine des idées reçues en biologie moderne, CNRS éditions, 2002.

Gérard Nissim Amzallag, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, présente une thèse forte : une nouvelle épistémologie qui, prenant appui sur les problèmes que soulèvent les sciences du vivant, crée un monde du savoir nouveau fondé sur la séparation entre sciences et technologie, considérant celle-ci comme « fondamentalement distincte de la connaissance, voire (opposée) intellectuellement. Un monde où il est ouvertement affirmé que, s’il n’y a de technique que du général, il n’y a de science que de l’individu. » L’auteur fait la démonstration de la nécessité de cette rupture à venir s’appuyant sur les travaux d’historiens et, naturellement, de scientifiques. Lire la suite…

Gérard Nissim Amzallag, Le monde est un vase sacré, 2003

26 avril 2012 Laisser un commentaire

Depuis plus d’un siècle, la biologie s’acharne à transformer les êtres vivants en machines. Pour ce faire, elle a limité le champ d’investigation aux phénomènes compatibles avec des interprétations calquées sur le monde industriel. En retour, une telle attitude permet de rejeter toute contestation en prétextant que l’organisme-machine est la seule approche scientifique possible. C’est ainsi que tout phénomène bien réel mais contredisant ces vues fut immédiatement écarté, qu’il s’agisse du ballet de séquences répétitives de l’ADN comme de l’autodétermination de la sensibilité des cellules aux hormones, ou même des processus d’adaptation à un nouveau milieu.

Une fois un tel postulat adopté, la démarche devint fort simple. Il suffisait de se focaliser sur les phénomènes qui se plient (ou du moins semblent le faire) aux impératifs imposés pour ensuite les étudier à fond, dans le détail, et généraliser le résultat. Le problème reste entier pour tout ce qui continue à être inabordable par cette méthode, mais le postulat d’organisme-machine est là pour rassurer : les ignorer n’est pas une faute, c’est simplement une méthode, la seule même qui permette de démonter correctement la machine, pièce par pièce et jusqu’au bout.

À partir du moment où cette perspective est acceptée, l’invoquer suffit pour servir de démonstration logique. Le moindre détail recèle une fonction (qu’il reste souvent à éclaircir) et ne doit son existence qu’à l’utilité qu’il confère au tout. À l’extrême, le génome se doit d’être le maître d’œuvre tout simplement parce qu’il n’existe pas d’autre moyen de construire une machine que sur la base d’un plan déjà élaboré avant sa construction. Lire la suite…