Antoine Costa, La maison bleue et les techies, 2020

Un extrait du livre Silicon City sur le lien entre gentrification et Silicon Valley

 

La maison bleue, celle de Maxime le Forestier, est à vendre pour 3,4 millions de dollars. Si vous pensiez que San Francisco avait encore quelque chose à voir avec des chansons vieilles de cinquante ans (des camions Volkswagen, des communautés Hippies et des gens qui jettent les clefs de leur maisons) ou ce qu’essaient de vous vendre des livres de voyage, alors vous avez loupé un événement important : la révolution numérique.

Depuis quelques années la démographie de San Francisco a été modifié en profondeur et tout s’est particulièrement accéléré sous l’effet conjugué de deux événements : le développement des entreprises du numérique et l’arrivé massive de leurs employés extrêmement bien payés (les techies) et la crise des subprimes de 2008 qui allait finir de chasser les habitants les plus pauvres. Il est à noter que depuis dix ans les instances financières n’ont de cesse d’exonérer Wall Street de sa responsabilité dans cette crise, en stigmatisant ceux la même qui en furent les principales victimes : les populations noires et latinos [1]. Ces gens ont particulièrement été ciblés pour les prêts à risque, ils en ont payé le prix et on les tient maintenant pour responsable. Lire la suite »

San Francisco contre la Silicon Valley

Téléchargez l’ensemble des articles au format PDF

Depuis le mois de décembre 2013, des habitants de la ville de San Francisco (Californie, USA) manifestent contre les bus qui emmènent les « techies », ces employés des entreprises high-tech de la Silicon Valley, sur les lieux de leur travail.

Les autobus privés de Google, de Facebook, Genentech, Apple, Yahoo et d’autres sociétés sont un outil de travail, permettant de prolonger la journée de leurs employés : tous sont très confortables et proposent tout l’équipement pour travailler connecté pendant les longues heures de trajets dans une métropole où la circulation est difficile.

Pour les manifestants, ils sont le symbole de la gentrification de San Francisco. Celle-ci se fait d’abord au détriment du transport public, car ces autobus empruntent les lignes de bus publiques, s’arrêtent aux mêmes arrêts, ce qui a des effets d’engorgement sur le reste du réseau. Ensuite elle se traduit par l’accroissement des différences sociales, notamment à travers la hausse spectaculaire des loyers et la multiplication des expulsions (+25% en 2012) et les saisies, avec son lot de drames humains. Lire la suite »