Philippe Bihouix, Des limites de l’économie circulaire, 2011

la question des métaux

« Au fil du temps, même l’or et les métaux se désagrègent,
les plus hautes montagnes s’érodent,
toute chose qui a forme se détruit facilement »

Zhang Zai, philosophe chinois (1020-1078).

La sagesse orientale oubliée, les métaux sont réputés recyclables à l’infini, donc futurs champions de l’économie circulaire à venir.

La réalité est moins rose, car les métaux sont malheureusement, au même titre que les énergies fossiles, des ressources non renouvelables, dont nous faisons un gâchis immense au détriment des générations futures. En faire le constat nous oblige à repenser de manière fondamentale notre société industrielle et son avenir. Lire la suite »

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Michel Claessens, ITER : une dérive systémique, 2022

Comme tous les grands projets technologiques, le réacteur expérimental de fusion nucléaire ITER a atteint son point de non retour : trop d’argent a déjà été investi pour arrêter le projet, les difficultés se multiplient et nécessitent de plus en plus d’argent pour simplement pouvoir continuer. Dans ces conditions, la direction, prise entre ces injonctions contradictoires, cherche à renforcer son emprise sur « l’image » et gratte des bouts de chandelle sur la sécurité… Voici le témoignage de l’ancien directeur de la communication d’ITER Organization.

[Résumé par Celia Izoard, « Stress, peur, pression : le difficile quotidien des salariés du réacteur nucléaire ITER », site Reporterre, 2 mars 2022.]

 

Mesdames et Messieurs les députés européens, chers collègues,

Je vous remercie de m’avoir invité aujourd’hui comme lanceur d’alerte. Nous avons vu des photos impressionnantes du chantier ITER. Elles reflètent le meilleur de la science et de la technologie. On prépare l’énergie du futur.

La réalité du projet est très différente.

Aujourd’hui, les collègues que je rencontre à Cadarache et à Barcelone me parlent, en tête-à-tête, d’un stress insupportable et d’une peur omniprésente – peur de perdre son emploi, d’être déplacé ou de devoir exécuter un ordre contraire à l’intérêt du projet, peur aussi de parler et d’être reconnu. Il y a, dans ce projet de pointe, une « omerta », une loi du silence scientifique. Lire la suite »

Michel Claessens, ITER: a systemic drift, 2022

Like all major technological projects, the experimental nuclear fusion reactor ITER has reached its point of no return: too much money has already been invested to stop the project, difficulties are multiplying and more and more money is needed to simply continue. In these conditions, the management, caught between these contradictory injunctions, seeks to reinforce its hold on « image » and scrape by on safety… Here is the testimony of the former director of communication of the ITER Organization.

 

Ladies and Gentlemen Members of the European Parliament, Dear colleagues,

Thank you for inviting me today as a whistleblower. We have seen beautiful photos of the ITER worksite. They show the best of science and technology. We are preparing the energy of the future.

The reality of the project is very different.

Today, the colleagues I meet in Cadarache and Barcelona talk to me, face-to-face, about unbearable stress and pervasive fear – fear of being displaced, fear of losing their job or fear to have to execute a decision against the interest of the project. They are afraid to speak and be recognized. There is, in this cutting-edge project, an “omerta”, a law of scientific silence. Lire la suite »

Jules Méline, Le gaspillage de l’énergie, 1912

L’auteur de ce texte, Jules Méline, malheureusement homonyme d’un ministre de l’Agriculture, a longtemps collaboré aux publications du mouvement anarchiste individualiste en France : durant les premières décennies du XXe siècle, il signe notamment des articles dans L’Anarchie (le journal de Libertad), La Vie anarchiste, ou encore Le Semeur contre tous les tyrans.

Il participe aussi à la rédaction de la monumentale Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure, qui sera publiée de 1927 à 1934, en rédigeant plusieurs notices, parfois fort longues et empreintes d’un certain hygiénisme, sur les questions de santé et d’alimentation : il y souligne entre autres les bienfaits du végétarisme, des exercices physiques ou du nudisme, et blâme la dépendance de l’homme moderne à l’alcool. Ce sont là les thèmes classiques d’un certain anarchisme individualiste, qui vise d’abord à ce que chacun se transforme dans sa vie quotidienne, pour pouvoir ensuite transformer la société.

Mais dans l’article que nous présentons ici, datant de 1912, Méline se livre à un travail plus philosophique, et présente une critique du capitalisme industriel en tant que véritable civilisation du gaspillage (et tout particulièrement du gaspillage de l’énergie). Dénonciation de la publicité, de la production délocalisée et de la falsification des marchandises : ce texte anticipe de manière étonnante les analyses que développent aujourd’hui les objecteurs de croissance, tout en plaçant la question énergétique sur le seul terrain qui permette sa résolution : celui des besoins humains, manipulés et adultérés par le mercantilisme ambiant. Lire la suite »