Théodore Kaczynski, El buque de los necios, 1999

Érase una vez un capitán y sus oficiales que se volvieron tan presumidos, tan llenos de arrogancia y tan pagados de sí mismos, que se volvieron locos.

Pusieron rumbo al Norte hasta encontrarse con icebergs y témpanos peligrosos y, a pesar de ello, mantenían la misma dirección adentrándose cada vez más en las gélidas y temibles aguas, únicamente para darse el gusto de demostrar su pericia en tan temeraria navegación.

Como quiera que el barco se acercaba más y más al Norte, los pasajeros y la tripulación mostraban cada vez mayor inquietud, y comenzaron a debatir entre ellos y a quejarse de sus condiciones de vida.Lire la suite »

Theodore Kaczynski, Ship of fools, 1999

Once upon a time, the captain and the mates of a ship grew so vain of their seamanship, so full of hubris and so impressed with themselves, that they went mad. They turned the ship north and sailed until they met with icebergs and dangerous floes, and they kept sailing north into more and more perilous waters, solely in order to give themselves opportunities to perform ever-more-brilliant feats of seamanship.

As the ship reached higher and higher latitudes, the passengers and crew became increasingly uncomfortable. They began quarreling among themselves and complaining of the conditions under which they lived.Lire la suite »

Recension: E. Huzar, La Fin du monde par la science, 1855

Eugène Huzar, La Fin du monde par la science, 1855

(introduction de Jean-Baptiste Fressoz, textes choisis et annotés par Jean-Baptiste Fressoz et François Jarrige, postface de Bruno Latour)

éd. È®e, 2008, 160 pages.

Eugène Huzar (1820-1890), issu de la bourgeoisie catholique parisienne et aisée, a eu un destin étrangement inverse de celui qu’il s’était imaginé. Prévoyant d’écrire pour les siècles futurs et donc condamné à subir l’incompréhension de ses contemporains (La Fin du monde par la science est publié en 1855, un mois avant l’ouverture de la première exposition universelle), Huzar est paradoxalement lu et reconnu en son temps, alors même qu’il n’était pas parvenu jusqu’à nous avant cette heureuse édition critique publiée par la jeune maison È®e.Lire la suite »

Jean-Baptiste Fressoz, Les leçons de la catastrophe, 2011

Critique historique de l’optimisme postmoderne

« Il faut fonder le concept de progrès sur l’idée de catastrophe. Que les choses continuent comme avant, voilà la catastrophe ».

Walter Benjamin, Charles Baudelaire, Paris, Payot, 1982, p. 342.

 

Les catastrophes qui s’enchaînent engendrent curieusement de grandes espérances. Peu après le désastre de Fukushima, Le Monde publiait une série d’articles aux titres bien sombres mais qui témoignaient en fait d’un optimisme à la fois naïf et paradoxal [1]. Ulrich Beck, le sociologue allemand mondialement connu pour sa théorie de la Société du risque, expliquait : « C’est le mythe du progrès et de la sécurité qui est en train de s’effondrer » ; selon le psychosociologue Harald Walzer, c’est « l’ère de la consommation et du confort qui va s’achever ». L’annonce que font ces articles de la clôture d’une époque, l’emploi du futur proche ou de la locution « en train de » trahissent une conception téléologique de l’histoire : la catastrophe n’est pas même refermée qu’elle présage déjà d’une aube nouvelle de responsabilité, de réflexivité et de souci écologique. Car cette fois-ci, bien entendu, les choses ne peuvent continuer « comme avant ».Lire la suite »

Jean-Baptiste Fressoz, The Lessons of Disasters, 2011

A Historical Critique of Postmodern Optimism

“We must base the concept of progress on the idea of disaster.

A disaster is precisely when things carry on as before.”

Walter Benjamin, Charles Baudelaire, Paris, Payot, 1982, p. 342.

Curiously, repeated disasters inspire great hopes. Shortly after the disaster of Fukushima, Le Monde published a series of articles with quite bleak titles that actually revealed an optimism both naïve and ironic [1]. Ulrich Beck, a German sociologist known throughout the world for his risk society theory, explained: “The myth of progress and security is heading for collapse”; according to the psychosociologist Harald Walzer, “the era of consumption and comfort is ending.” The fact that these articles announce the end of an era, their focus on the near future, and the phrase “heading for,” all betray a teleological conception of history: the disaster had not even ended and it already presaged a new dawn of accountability, reflexivity and ecological consciousness. Because this time, of course, things would not “carry on as before.”Lire la suite »

Les casaniers de l’apocalypse

Apprendre à faire pousser des haricots, des choux-fleurs ou des rutabagas ; faire son pain (ou ses beignets d’orties), élever des poules ou mitonner des confitures, conserver des paquets de semences, se soigner à l’aloe vera, tricoter un chandail, faire fonctionner un moteur diesel à l’huile de cuisine, récupérer l’eau de pluie et de puits, rendre son chalet autonome en énergie, etc. Tout cela peut paraître innocent, voire réjouissant. Pour les preppers – ou adeptes du prepping, « préparation » -, cependant, ce n’est pas d’un simple passe-temps qu’il s’agit, mais d’un entraînement au futur probable. Lire la suite »