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Posts Tagged ‘fin du monde’

Jérôme Baschet, Le XXIe siècle commence maintenant, 2020

20 avril 2020 Laisser un commentaire

Qu’est-ce qu’il nous arrive ?

Beaucoup de questions et quelques perspectives par temps de coronavirus

 

Il n’est sans doute pas faux de dire que le Covid-19 est une maladie du Capitalocène et qu’il nous fait entrer de plain-pied dans le XXIe siècle. Pour la première fois sans doute, il nous fait éprouver de façon tangible la véritable ampleur des catastrophes globales des temps à venir 1.

 

Le monde sera collaboratif et non compétitif ou ne sera pas

Mais encore faut-il tenter de comprendre plus précisément ce qu’il nous arrive, en ce qui concerne tant l’épidémie provoquée par le SARS-CoV-2 que les politiques sanitaires adoptées pour l’endiguer, au prix d’une stupéfiante paralysie de l’économie ; car on ne peut, sans ces préalables, espérer identifier les opportunités qui pourraient s’ouvrir dans ces circonstances largement inédites. La démarche n’a cependant rien d’assurée. Pris dans le tourbillon d’informations chaque jour plus surprenantes ou déconcertantes que suscite l’événement, on titube. On n’en croit parfois ni ses yeux ni ses oreilles, ni nul autre de ses sens. Mieux vaut admettre que bien des certitudes vacillent. Bien des hypothèses aussi. Mais il faut bien commencer à tenter quelque chose, provisoirement et partiellement, en attendant que des élaborations collectives mieux assurées ne prennent le relais. Lire la suite…

Jérôme Small, En Australie, l’apocalypse, 2020

7 janvier 2020 Laisser un commentaire

Depuis plusieurs semaines, des incendies dévastateurs ravagent l’Australie. Nous reproduisons ci-dessous l’analyse publiée par le site australien Redflag, affilié au mouvement australien Socialist Alternative, qui pointe du doigt la responsabilité des industries fossiles et de la classe politique australiennes.

Certains pompiers signalent des flammes de 150 mètres de haut. Relisez ça, lentement. Des flammes de 150 mètres de haut. Plus hautes qu’un immeuble de 40 étages.

C’est la nouvelle norme estivale en Australie. Des flammes gigantesques et des humains terrifiés, blottis sur la plage dans la nuit noire ou la lueur orange du jour. Désorganisées, paniquées, des milliers de personnes sont forcées de fuir. Des villes et des villages ont été enveloppés pendant des jours, des semaines et maintenant des mois dans une brume de fumée qui va de l’irritant au toxique jusqu’au mortel. Une zone incendiée dont la dimension dépasse largement celle des terres touchées par les incendies d’Amazonie et de Californie.

Des douzaines de personnes sont mortes ou portées disparues. Et ce n’est que le début. Lire la suite…

Muriel Louâpre, L’ère anthropocène: pour en finir avec la fin de l’histoire, 2015

13 décembre 2019 Laisser un commentaire

Entretien avec Jean-Baptiste Fressoz

 

Résumé

De crise environnementale en prédictions anxiogènes, le discours apocalyptique est devenu un genre contemporain en vogue, non sans analogie avec ce qui a pu se passer au XIXe siècle alors que s’imposait l’idée d’une autonomisation de l’homme vis-à-vis de l’histoire naturelle. Pour l’historien des techniques qui a réédité, avec François Jarrige, La Fin du monde par la science d’Eugène Huzar, la redécouverte de ces discours oubliés fait comprendre surtout les phénomènes qui ont permis l’occultation des donneurs d’alerte – et de questionner leurs avatars contemporains. La théorie de la modernité réflexive, en particulier, quand elle justifie la création d’une technonature, prolonge et célèbre cette séparation. Or si nous sommes bien entrés dans une ère postgéologique, l’anthropocène, dans laquelle l’action humaine transforme la planète à très longue échelle, reconstituer les « grammaires environnementales » du passé permettrait de mieux comprendre ce qui se joue dans la crise environnementale contemporaine, qualifiée ici de « fin du monde slow motion »Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, Cinécologie, 2015

3 novembre 2019 Laisser un commentaire

Si le cinéma, surtout sous son versant documentaire, s’est fait parfois enregistrement du délabrement, preuve visuelle d’un cancer industriel, il témoigne aussi d’un imaginaire et d’un optimisme technologique que la réalité environnementale ne cesse de désavouer. Cinéma-symptôme, qui demande à être lu à l’envers pour que s’y laisse déceler son accointance congénitale avec tout ce qui n’a cessé de propulser le désastre – le capitalisme.

C’est dans cette optique que nous sommes allés frapper à la porte de Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, des techniques et de l’environnement, pensant avec raison que son regard éloigné nourrirait des réflexions enrichies par une connaissance aigüe des problématiques écologiques. Lire la suite…

Bertrand Louart, La collapsologie : start-up de l’happy collapse, 2019

2 octobre 2019 6 commentaires

L’avenir était quand même mieux
avant la fin du monde

Publié en 1972, le rapport du Club de Rome, groupe informel et international composé d’éminents hommes d’affaires, de dirigeants et de scientifiques, intitulé Les Limites à la croissance [1] anticipait à l’aide de simulations informatiques les problèmes que posait une croissance économique et démographique sur une planète aux ressources limitées. Il préconisait de « stabiliser » la croissance afin de préserver le système économique mondial d’un effondrement. Il fut par la suite à l’origine du concept de « développement durable » (sustainable development) qui cherche à concilier les aspects économiques, sociaux et environnementaux de l’expansion marchande. Autant essayer de préserver la chèvre et le chou ou le loup et l’agneau des fables de La Fontaine ! Denis Meadows, 40 ans plus tard, a bien été obligé d’admettre que tout a continué. Seuls les discours ont changé, faisant passer pour « écologiques » les nouveaux secteurs industriels qui ont émergé suite à la prise en compte des diverses nuisances générés lors des « Trente Glorieuses » [2].

La Collapsologie, « science de l’effondrement » (collapse en anglais) prétend maintenant élever la prophétie de l’effondrement de la société industrielle à la dignité d’une discipline académique. En France, Pablo Servigne et ses collègues [3] (ci-après désignés par Servigne & Co) sont en quelque sorte devenus les prophètes de cette prospective qui se veut scientifique.

« La collapsologie est l’exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition et sur des travaux scientifiques reconnus. » (2015, p. 253)

Depuis ce livre, Servigne multiplie conférences, articles, interviews, plateaux télé et radio et autres interventions sur Internet pour porter partout la bonne parole de l’effondrementalisme [4]. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, La collapsologie: un discours réactionnaire?, 2018

14 janvier 2019 Laisser un commentaire

Très en vogue, les théories de l’effondrement trouvent leur origine chez les élites industrielles et colonisatrices du XIXe siècle. Elles risquent aujourd’hui de négliger la dimension politique des enjeux écologiques.

Le thème de l’effondrement de la civilisation industrielle, très présent dans les années 1970, revient actuellement en force. Depuis la parution du best-seller Collapse de Jared Diamond en 2006 (Effondrement, Gallimard), il ne se passe guère un mois sans qu’un nouvel essai, un article ou une tribune, nous prédise un « effondrement » à court terme des grandes structures productives et politiques du monde industriel. Cette vogue de l’effondrement – à laquelle ne se réduit pas la pensée écologique contemporaine – est bien entendu liée à la crise environnementale : la sixième extinction des espèces, le réchauffement prévisible de 3 °C en 2100, et, plus généralement, la perturbation des cycles biogéochimiques, bref, ce que les scientifiques du système Terre appellent « l’anthropocène ». Mais « effondrement » est-il le bon mot ? Est-ce la bonne manière de désigner et donc de penser ce qui nous arrive ? Sans avoir une opinion tranchée, j’y vois au moins quatre problèmes. Lire la suite…

Recension : E. Huzar, La Fin du monde par la science, 1855

10 juin 2018 Laisser un commentaire

Eugène Huzar et l’invention du catastrophisme technologique

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Eugène Huzar, La Fin du monde par la science, 1855

(textes choisis et annotés par Jean-Baptiste Fressoz et François Jarrige, postface de Bruno Latour)

éd. È®e, 2008, 160 pages.

Résumé

En 1855, paraît La fin du monde par la science. Son auteur : un avocat obscur au nom d’Eugène Huzar ; son originalité : proposer la première philosophie catastrophiste du progrès technologique. Huzar nous intéresse aujourd’hui en tant que symptôme : à l’encontre du grand récit postmoderne, il nous montre que la modernité positiviste qui aurait pensé les techniques sans leurs conséquences lointaines semblait déjà caduque lors de la révolution industrielle. Découvrir l’œuvre de Huzar aujourd’hui nous force à penser la réflexivité environnementale des sociétés de la révolution industrielle.

« La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle ne se réalise ; et se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarme en leur rappelant que le pire ne s’est pas réalisé serait le comble de l’injustice : il se peut que leur impair soit leur mérite. »

Hans Jonas, Le Principe responsabilité, 1979 (trad. fr. éd. Flammarion, 1995, p. 233.)

En avril 1855, à Paris, alors que la foule se presse au Palais de l’Industrie pour y admirer machines et inventions, paraît un petit ouvrage au titre énigmatique, La Fin du monde par la science. L’auteur, un avocat obscur au nom d’Eugène Huzar, propose ce qui constitue vraisemblablement la première théorie du catastrophisme technologique. Le livre est un succès et deux ans après, Huzar développe sa théorie dans L’Arbre de la science 1. Lire la suite…

Cécilia Calheiros, Le Projet WebBot, 2012

Résumé

Cet article propose d’analyser l’élaboration d’une prédiction issue d’un logiciel prédictif annonçant la fin du monde pour décembre 2012. S’adressant principalement à un public proche des théories apocalyptiques et des théories dites de la conspiration, les procédés narratifs des concepteurs de ce logiciel visent à générer un système de croyances autour de la capacité d’anticipation de leur système technique hybride. Ainsi, tout en insérant leur prédiction dans un imaginaire eschatologique plus large, ils présentent leurs énoncés prédictifs comme étant le fruit d’un savoir alternatif, reposant sur l’alliance de la science et de la métaphysique. Lire la suite…

Edward P. Thompson, Notes sur l’exterminisme, stade suprême de la civilisation, 1980

17 novembre 2015 Laisser un commentaire

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Camarades,

Il nous faut une analyse de classe bien convaincante de la crise internationale et des menaces de guerre actuelles. Certes. Mais si nous dominons à notre analyse la structure d’une suite rationnelle d’arguments, nous imposons une cohérence rationnelle 1 à l’objet analysé. Et si l’objet était irrationnel ? Et si les événements n’étaient pas provoqués par une logique historique unique (« l’attitude sans cesse plus agressivement militariste de l’impérialisme mondial », etc.), qu’on pourrait analyser en termes d’origines, d’intentions ou d’objectifs, de contradictions ou de conjoncture ? Si les événements étaient simplement le fruit de l’inertie et du gâchis ? Une telle inertie peut résulter, dans la situation dont nous avons hérité, de toute une série de forces fragmentaires (formations politiques et militaires, impératifs idéologiques, technologies d’armement), ou plutôt de l’antagonisme de deux ensembles de forces de ce genre, imbriqués dans leur opposition. Ce que nous subissons aujourd’hui s’est formé dans l’histoire, et à ce titre peut être soumis à une analyse rationnelle, mais l’ensemble de la situation forme aujourd’hui une masse critique, à la veille d’une explosion irrationnelle. L’explosion pourrait être déclenchée par accident, par une erreur de calcul, par la progression lente mais implacable de la technologie militaire, ou par une poussée soudaine de fièvre idéologique 2. Si nous organisons tous ces éléments dans une construction logique trop rigoureuse, nous resterons sans ressources face à l’irrationalité de l’événement. Il y a vingt et un ans, dans la revue qui précéda celle-ci, Peter Sedgwick (répondant à des arguments avancés dans une conjoncture différente) nous mettait en garde contre cette irrationalité :

« Toutes les analyses produites sont implicitement fondées sur la thèse du complot. Les « cercles dirigeants des États-Unis consacrent tous leurs efforts à la « préparation d’une nouvelle guerre » ; « de nouveaux plans d’agression » sont sans cesse élaborés par ces mêmes milieux. On attribue ainsi à l’ennemi une capacité criminelle de prévision, ce qui n’est ni plausible ni conforme à l’analyse marxiste. Ce que Wright Mills appelle « la dérive et la poussée vers la Troisième Guerre mondiale » doit en fait être attribué à l’existence de classes dirigeantes oligarchiques et militaires (dont la répartition sur les continents du globe est, soit dit en passant, plus large que les Partisans de la Paix ne le laissent entendre). Mais le danger de guerre ne provient pas d’un plan établi consciemment par les élites […]. S’il en était ainsi, nous pourrions tous dormir sur nos deux oreilles, car il est bien peu probable que les « cercles dirigeants » préparent leur propre annihilation […]. Il est possible que la guerre éclate à cause des politiques engagées par ces minorités irresponsables, comme maillon final imprévu d’une chaîne de conséquences déterminées à chaque étape par le choix précédent d’une classe dominante. La Troisième Guerre mondiale pourrait éclater « sans que personne l’ait voulue », comme résultat d’une configuration de forces sociales en lutte […]. Si l’homme est un jour effacé de la terre par les armes qu’il a lui-même construites, on ne pourra pas donner de réponse nette à la question : est-il tombé, ou l’a-t-on poussé ? » 3.

Vingt et un ans après, l’urgence de la question et les nécessités politiques de la situation plongent l’esprit dans l’angoisse. Je ne peux proposer que des notes, des bribes d’argumentation. Certaines de ces notes prendront la forme de questions, adressées à l’immobilisme de la gauche marxiste. Lire la suite…

Théodore Kaczynski, La nef des fous, 1999

4 avril 2014 Laisser un commentaire

Il était une fois un navire commandé par un capitaine et des seconds, si vaniteux de leur habileté à la manœuvre, si pleins d’hybris et tellement imbus d’eux-mêmes, qu’ils en devinrent fous. Ils mirent le cap au nord, naviguèrent si loin qu’ils rencontrèrent des icebergs et des morceaux de banquise, mais continuèrent de naviguer plein nord, dans des eaux de plus en plus périlleuses, dans le seul but de se procurer des occasions d’exploits maritimes toujours plus brillants.

Le bateau atteignant des latitudes de plus en plus élevées, les passagers et l’équipage étaient de moins en moins à l’aise. Ils commencèrent à se quereller et à se plaindre de leurs conditions de vie. Lire la suite…