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Posts Tagged ‘Faut pas pucer’

Faut pas pucer, « Notre Bio n’a rien à cacher », 2012

29 avril 2017 Laisser un commentaire

Nous sommes des éleveurs de vaches et de brebis. Nous refusons de mettre des puces électroniques d’identification aux bêtes. Nous n’avons jamais considéré nos bêtes comme des machines, et nous ne nous considérons pas comme des producteurs de viande ou de lait, nous sommes des éleveurs, nous vivons avec des animaux, des compagnons.

C’est cette différence, un monde, qu’on nous vole lorsque des normes, des experts viennent décider les choses à notre place pour gérer, perfectionner, et sécuriser l’approvisionnement d’une organisation sociale démesurée, ou du moins en donner l’illusion. Les contrôles de plus en plus fréquents de notre travail nous humilient, nous rabaissent au rang de simples exécutants. Cette humiliation semble être devenue une conséquence obligée du mode de vie moderne, un mal nécessaire pour le bien de tous. Aujourd’hui, l’important succès de la traçabilité auprès de la population nous complique considérablement la tâche dans notre refus de mettre des puces électroniques aux brebis. Comment en est-on arrivé à un tel degré d’embrigadement et de soumission ? Comment, en France, le mouvement bio y a-t-il contribué, notamment en agriculture, en travaillant presque depuis sa naissance, dans les années 1960, au succès de la notion de traçabilité ? Lire la suite…

Faut pas pucer, Lettre ouverte aux salariés d’Enedis, 2017

28 avril 2017 Laisser un commentaire

Lettre ouverte aux salariés d’Enedis et de ses multiples sous-traitants, qui sillonnent villes et campagnes de l’Hexagone pour installer à marche forcée les compteurs Linky et leurs relais.

Mesdames, Messieurs,

Vous n’êtes pas sans savoir qu’une étonnante vague de refus des compteurs Linky, dits « intelligents », traverse la France depuis plusieurs mois. Cette opposition a ceci d’étonnant qu’elle est informelle et décentralisée, qu’elle se développe hors de toute structure politique ou syndicale constituée, et en dépit de la puissante propagande de votre groupe, Enedis – en dépit, aussi, de l’absence de contre enquête de la part des grands médias sur les enjeux du projet Linky et les moyens utilisés pour le mettre en œuvre. Lire la suite…

Plate-forme Écran total

13 septembre 2016 Laisser un commentaire

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Résister à la gestion et l’informatisation de nos vies

Depuis 2011, un certain nombre d’éleveuses de brebis et d’éleveurs de chèvres désobéissent à la directive européenne qui les oblige à poser des puces électroniques à l’oreille de leurs bêtes. Ils refusent de gérer leur troupeau par ordinateur et de se conformer aux nécessités de la production industrielle, comme la traçabilité. Ils s’organisent entre collègues, voisins, amis, pour répondre collectivement aux contrôles qu’exerce l’administration sur leur travail, et faire face aux sanctions financières qui leur sont infligées en conséquence.

De 2011 à 2013, des assistantes sociales ont boycotté le rendu annuel de statistiques, qui sert autant à évaluer leur travail qu’à collecter plus de données confidentielles sur les « usagers ». Elles affirment l’inutilité de l’informatique dans la relation d’aide. Elles dénoncent un des objectifs de l’administration et ses managers : celui de faire entrer l’obligation de résultats dans leur métier. Elles refusent qu’à chaque situation singulière doivent répondre des actions standard en un temps limité.

Dans les années 2000, des directeurs d’école et des parents d’élèves se sont opposés à la collecte de données personnelles sur tous les enfants scolarisés via le logiciel Base-élèves. Fin 2015, des personnels de l’éducation nationale ont dénoncé publiquement l’informatisation de l’école, par l’Appel de Beauchastel. Ils refusent de résumer leur enseignement à une pédagogie assistée par ordinateur, destinée à occuper la jeunesse en attente d’entrer sur le marché du travail.

En 2013 est né un réseau, baptisé « Écran total », pour fédérer ce type de résistances. Il réunit des personnes de toute la France travaillant dans l’élevage, l’éducation, le travail social, la médecine, la boulangerie, le maraîchage, la menuiserie ou les métiers du livre… Mais aussi des gens au chômage, au RSA ou sans activité. En comparant nos situations, nous avons reconnu une même logique à l’œuvre : l’informatique et la gestion détruisent nos métiers et dégradent les relations sociales. Nous nous y opposons ensemble, et appelons toutes celles et ceux qui vivent la même chose à rejoindre Écran total. Lire la suite…

Serge Tisseron, acceptologue du numérique à Albi, 2015

8 juillet 2015 Laisser un commentaire

gwen_tomahawk_anachroniqueMercredi 27 mai 2015, en début de soirée, à l’université d’Albi, le groupe Faut Pas Pucer a perturbé une conférence de Serge Tisseron, expert psychiatre de son état, qui s’intitulait Apprivoiser les écrans et grandir. Organisée par la MAIF (assureur militant), cette conférence visait à traiter les inquiétudes d’un public d’âge mûr vis-à-vis du tsunami numérique en cours.

Nous avons distribué 150 exemplaires du tract ci-dessous, car même les plus motivés d’entre nous n’envisageaient pas une seconde qu’il y ait 600 personnes pour assister à cette opération de comm’ gluante. Il a été distribué dans la salle dès le début, comme complément d’information aux papiers de la MAIF disponibles à l’entrée, pour donner un point d’appui à nos interventions et perturbations ultérieures. Lire la suite…

Cédric de Queiros, Lettre ouverte de solidarité entre les métiers, 2014

2 décembre 2014 Laisser un commentaire

En soutient aux éleveurs condamnés dans le Tarn pour le refus de puçer leurs animaux, diverses lettres ont été envoyées aux administrations chargées de ces contrôles, dont celle qui suit, d’un plombier-chauffagiste habitant en Creuse…

Monsieur,

J’apprends que les services sous votre autorité ont condamné Nathalie Fernandez et Laurent Larmet, éleveurs dans le Tarn, à une suppression de primes agricole et à une lourde amende, pour « défaut d’identification » de leurs bêtes. J’ai suivi avec intérêt les diverses prises de positions de ces personnes et de leurs amis contre le puçage électronique des troupeaux, et plus généralement la dégradation de leur métier induite par les nouvelles technologies et les diverses politiques de gestion de l’agriculture.

De toute évidence, ce dont il s’agit ici n’a rien à voir avec une fraude motivée par des questions d’argent. C’est pour un choix à la fois moral et politique que ces personnes sont condamnées. Je ne suis pas éleveur ni agriculteur mais je me sens néanmoins concerné au plus haut point par les questions soulevées par madame Fernandez et monsieur Larmet ; et je me flatte de ne pas être le seul dans ce cas. Lire la suite…

Yannick Ogor, Lettre ouverte à ceux qui ne sont responsables de rien…

29 novembre 2014 Laisser un commentaire

…mais qui ont pour mission de gérer l’approvisionnement alimentaire des masses

Au sujet de l’identification électronique des petits ruminants et plus généralement de la traçabilité des denrées alimentaire

 

Mesdames, Messieurs les administrateurs du bien public,

Je viens de subir, ce mercredi 11 juin 2014, un quatrième contrôle en cinq ans par les services délégués de l’Agence des Services et des Paiements (ASP) pour le compte de l’administration agricole française concernant la conduite de mes troupeaux de brebis et de vaches. Compte tenu de la fréquence habituelle des contrôles dans les fermes françaises, reconnue statistiquement comme se répétant en moyenne une fois tous les dix ans sur une même ferme, il serait sans doute de bon ton d’épingler le scandale d’un acharnement à mon égard ; où l’on voudrait discerner une volonté politique de me mettre au pas de manière discriminante. D’autant que les contrôles précédents avaient donné l’occasion à l’administration de mesurer à quel point j’étais réticent à me conformer aux exigences des « bonnes pratiques » en matière d’alimentation industrielle des masses de consommateurs.

Je m’empresse de lever immédiatement un éventuel malentendu et les quelques inquiétudes qui menaceraient de vous assaillir. Je ne voudrais pas laisser croire que l’administration française serait noyautée par quelques humains zélés qui feraient preuve d’un libre-arbitre propre à orienter leurs actes sur la base de critères autres que la froide application de règlement. Vous nous avez trop systématiquement seriné que vous étiez de simples exécutants et que vous n’étiez responsables de rien pour ne pas vous prendre au mot. Lire la suite…

Trois actions simultanées contre le puçage!

16 avril 2014 Laisser un commentaire

Ce jeudi 27 mars 2014, environ 70 personnes (amis, voisins, clients, sympathisants de Nathalie Fernandez et Laurent Larmet) et 11 moutons ont occupé pendant deux heures la Direction départementale du territoire (DDT) du Tarn.

Elles venaient y dénoncer les sanctions infligées par cette administration à Nathalie et Laurent, suite à leur refus d’identifier leur troupeau conformément aux dernières réglementations en vigueur. A travers la puce électronique, elles dénonçaient le processus d’industrialisation forcenée auxquels sont soumises les activités agricoles depuis (au moins) 50 ans.

Précisément, ce matin avait lieu à la DDT la réunion mensuelle de la Commission départementale d’orientation agricole (CDOA) du Tarn, aréopage de bureaucrates et d’élus (syndicats, banques, Conseil général, préfecture…) qui administrent au quotidien, à un niveau local, cette politique d’industrialisation. Nous nous sommes fait un plaisir d’interrompre cette réunion, à laquelle a fait place une confrontation entre opposants au puçage et syndicalistes de la FNSEA, notamment.

La police est arrivée rapidement sur place pour assister à ces échanges, et a mis fin à notre occupation avant le pique-nique prévu dans la DDT. La directrice avait de toute façon interdit aux salariés de la DDT de quitter leurs bureaux et de venir écouter les propos que nous tenions dans le hall.

D’autres actions de solidarité avec Nathalie Fernandez et Laurent Larmet ont eu lieu le même jour, l’une à Cachan (occupation de la Driaaf) et l’autre à Biarritz (intervention au congrès de la FNSEA). Nous saluons ces initiatives et appelons à leur multiplication partout où cela est possible. Lire la suite…

Puçage, identification, traçabilité et contrôle social, 2011

15 avril 2014 Laisser un commentaire

Quand on parle aujourd’hui de traçabilité, et que, comme nous, on la conteste, il est bon de savoir de quoi on parle. D’abord il est important de bien distinguer l’identification de la traçabilité, car si ces deux notions sont maintenant associées dans les discours et les esprits, elles n’impliquent ni les mêmes actions, ni les mêmes conséquences.

L’identification

Depuis toujours les éleveurs ont eu besoin d’identifier leurs bêtes, d’abord pour les reconnaître individuellement dans leur troupeau, mais aussi pour les distinguer des autres troupeaux (perte ou vol). Elle a pris dans l’histoire des formes diverses (fer rouge, marques sur les cornes ou les sabots, collier…). Elle était mise en œuvre par l’éleveur, pour satisfaire aux besoins de l’éleveur. Lors d’épizootie, une identification spécifique était mise en place par l’administration, pour isoler les animaux malades, empêcher la contamination et/ou empêcher qu’ils soient vendus ou consommés. Lire la suite…

François Jarrige, Faut pas pucer!, 2014

4 février 2014 Laisser un commentaire

En octobre dernier, une « transhumance urbaine » réunissant des éleveurs et leurs brebis a été organisée à Lyon pour protester contre le puçage électronique. Alors que les protestations bretonnes dits des « bonnets rouges » – qui défendent notamment l’agriculture productiviste au nom de l’emploi – font la une des médias, celles des petits éleveurs résistant depuis plusieurs années au puçage de leurs animaux sont largement passées sous silence. Ce mouvement est pourtant au cœur des mutations industrielles en cours, il mérite d’être soutenu et sorti de l’ombre.

A la suite des épizooties de fièvres aphteuses qui ont louché le nord de l’Europe en 2001, l’Union européenne a engagé une vaste réforme de l’identification et de la traçabilité des ovins et des caprins, et imposé la généralisation des puces électroniques au nom de la « traçabilité », de la sécurité alimentaire et même, affirme-t-elle, de la protection de l’environnement. Depuis 2010-2011, l’identification des animaux domestiques et d’élevage est devenue obligatoire. Tous les chats nés après le 1er janvier 2012 doivent ainsi être tatoués ou – de plus en plus fréquemment – dotés d’une puce électronique (ou transpondeur) insérée sous la peau. La plupart des personnes n’ont sans doute pas entendu parler de cette mesure et ne se soucient guère de son application. Depuis le 1er juillet 2010, le puçage électronique des animaux d’élevage a également été rendu obligatoire pour toutes les nouvelles naissances d’ovins et de caprins. Cette mesure suscite, dans un silence assez général, l’opposition d’éleveurs qui veulent préserver leur existence et leur mode de vie. Lire la suite…

Faut pas puçer, Le puçage électronique des troupeaux, 2011

11 février 2013 Laisser un commentaire

Retranscription de l’émission de France Culture, “Terre à terre”, du 14 mai 2011

Avec le Groupe Faut Pas Pucer du Tarn.

Ruth Stégassy : Terre à terre, le magazine de l’environnement, ce matin, le collectif faut pas pucer ! Gérard Pages, vous êtes agriculteur, éleveur. Dans quelle réalité vivez-vous ?

Gérard Pages : La réalité, il y en a plusieurs. Il y a une réalité : ce qui nous semble être ce qu’on voit. Et puis il y a aussi la réalité administrative. C’est semble-t’il, celle qui fait autorité, mais qui n’est pas réelle. Donc quand on déclare les surfaces à la PAC, on doit sur une photo aérienne, dessiner les parcelles, et désigner à l’intérieur ce qu’il y a comme cultures. Et donc évidemment, on est subventionné en fonction des surfaces de tels  végétaux, du blé, de ceci, de cela.

Et les surfaces des photos aériennes, ne sont pas les mêmes que les surfaces du cadastre. Et la déclaration, avant, se faisait sur le cadastre.

Quand le contrôleur vient, il va au bord des parcelles avec son GPS, et les surfaces ne sont pas les mêmes que les photos aériennes, et à plus forte raison, celles du cadastre. Dernièrement, les systèmes de projection ont changé. L’échelle et le calcul font que les surfaces sont encore différentes.

Donc ma réalité du champ que je vois dessous là, elle est un peu semblable, un peu toujours pareille. Par contre, la réalité de la grandeur de cette parcelle, au niveau administratif, sans cesse varie. Et cette réalité-là, c’est elle qui commande. C’est dur, parce que ce sont eux qui ont raison. C’est quand même le règne de l’arbitraire. Lire la suite…