Gabrielle Hecht, Uranium & Rayonnement, 2016

Gabrielle Hecht,
Uranium africain.
Une histoire globale,
Seuil, Paris, 2016.

 

Comment et dans quelles conditions le continent africain a-t-il contribué au développement de l’industrie nucléaire mondiale ? Alors que le Congo, le Gabon, Madagascar, le Niger, l’Afrique du Sud et la Namibie ont fourni jusqu’à 50 % de l’uranium importé par les pays occidentaux pendant la guerre froide, comment se fait-il que l’activité nucléaire de ces pays n’ait pas été reconnue comme telle ? À partir d’une enquête sur l’extraction et la transformation de l’uranium, première étape de la chaîne de production nucléaire, l’historienne américaine des sciences et des techniques Gabrielle Hecht saisit les dynamiques de mise en invisibilité des acteurs africains du « monde nucléaire », ainsi que leurs effets en termes de santé au travail et de santé environnementale. Lire la suite »

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Alpa Shah, Un autre livre de la jungle, 2022

Depuis quelques années, l’équipe de la revue Z a publié plusieurs ouvrages grâce à leur nouvelle structure, les éditions de la Dernière lettre. En ce printemps 2022, Naïké Desquesnes et Célia Izoard, respectivement éditrice et traductrice du collectif, publient un ouvrage que nous avions envie de vous faire découvrir: Le livre de la jungle insurgée d’Alpa Shah. Elle a accepté de répondre à quelques questions pour vous présenter sa plongée dans la guérilla naxalite en Inde.

Quilombo : Mis à part quelques personnes s’intéressant à l’histoire de l’Inde et de l’Asie, ou à celle des mouvements révolutionnaires dans le monde, peu de personnes en France connaissent l’existence du mouvement révolutionnaire naxalite. Basé dans les forêts du centre et de l’est de l’Inde, il est en guerre depuis plus de 50 ans contre l’État indien. Est-ce que vous pouvez nous présenter brièvement celui-ci?

Alpa Shah : Le secret est en effet bien gardé! Ce mouvement remonte aux années 1960, quand les idéaux d’une révolution pour mettre en place une société plus égalitaire et démocratique se sont diffusés partout dans le monde, et ici même à Paris en mai 1968. En Inde, des étudiants inscrits dans les universités les plus prestigieuses, avec des origines sociales privilégiées, ont abandonné leur petit confort et quitté les villes pour rejoindre les campagnes. Ils se sont alliés aux paysans pauvres pour occuper les terres, faire annuler les dettes et se débarrasser du joug des propriétaires terriens. Lire la suite »

Philippe Bihouix, Des limites de l’économie circulaire, 2011

la question des métaux

« Au fil du temps, même l’or et les métaux se désagrègent,
les plus hautes montagnes s’érodent,
toute chose qui a forme se détruit facilement »

Zhang Zai, philosophe chinois (1020-1078).

La sagesse orientale oubliée, les métaux sont réputés recyclables à l’infini, donc futurs champions de l’économie circulaire à venir.

La réalité est moins rose, car les métaux sont malheureusement, au même titre que les énergies fossiles, des ressources non renouvelables, dont nous faisons un gâchis immense au détriment des générations futures. En faire le constat nous oblige à repenser de manière fondamentale notre société industrielle et son avenir. Lire la suite »

Low-Tech Magazine, L’Économie circulaire est-elle vraiment circulaire ?, 2018

Tant que nous continuerons à accumuler des matières premières, la fermeture du cycle de l’économie restera une illusion, même pour les matériaux qui sont, en principe, recyclables.

 

L’économie circulaire est la nouvelle expression magique des partisans du développement durable. Elle promet l’idéal d’une croissance économique sans destruction ni déchets. Cependant, ce concept ne se concentre que sur une infime part des ressources utilisées et ne prend pas en compte les lois de la thermodynamique. Lire la suite »

Olivier Lefebvre, Chouiner l’anticapitalisme, 2021

Les penseurs du vivant, Lordon, et la question de la technique

Il y a quelques semaines, Frédéric Lordon écrivait « Pleurnicher le vivant », une critique aussi drôle que caricaturale des « penseurs du vivant » : s’opposant à l’écologie qui prônerait le rapprochement avec le vivant, il se rapportait au bon vieux marxisme simplifié, dans lequel c’est le capital et le capitalisme qui doivent attirer l’attention et être les cibles de la critique. Aussi désuet que puisse être le néo-léninisme de Lordon, le latourisme de gauche auquel il s’attaque pose néanmoins de vrais problèmes. L’impensé, dans la vogue actuelle du vivant, se loge très certainement dans le problème de la technique.

 

Le dernier billet de Lordon propose une critique des « penseurs du vivant » [1] mordante et pleine d’ironie, conformément à son style. Certaines personnes ont pu se sentir blessées par ce ton sarcastique, et y ont vu le signe d’un intellectualisme narcissique plus intéressé à se payer de mots qu’à faire avancer les choses. D’autres ont reproché à Lordon d’effectuer une énième reductio ad capitalisum, faisant du capitalisme la cause ultime et unique de la catastrophe écologique [2]. On peut aussi regretter le fait que Lordon se soit saisi telle quelle de cette catégorie des « penseurs du vivant », comme si elle était effectivement représentative d’un courant de pensée homogène. Une critique de cette catégorie donnerait certainement à voir de profondes divergences d’analyses et d’orientations politiques entre celles et ceux qu’elle est censée regrouper. Lire la suite »

Radio : Jarrige, Amiech, Izoard, Contre le totalitarisme numérique, 2021

Une critique du numérique et de la société qu’il fait advenir d’un point de vue écologiste et libertaire. Un critique du capitalisme et de son accélération, du colonialisme et de l’extraction des métaux comme des données. L’industrie électronique analysée comme un programme extra-terrestre qui sacrifie la planète, la vie sociale et la liberté. Lire la suite »

Philippe Bihouix, Le mythe de la technologie salvatrice, 2017

Les coûts écologiques de la technique (déchets, pollution) sont rendus invisibles par la délocalisation de la production industrielle. Ils devraient nous inciter à promouvoir une technologie sobre et résiliente.

 

À l’exception – notable – des climato-négationnistes et de quelques « écologistes » sceptiques [1], rares sont ceux qui se risquent à contester l’état peu affriolant de notre planète. Il faut en effet déployer des trésors d’ingéniosité pour occulter l’évidence. Très localement, la situation a pu s’améliorer – la pollution de l’air dans certaines villes européennes est moindre qu’à la fin du XIXe siècle ou pendant le grand smog londonien de 1952. Mais sur les paramètres globaux, comment nier les forêts tropicales dévastées, le blanchiment des coraux, l’effondrement des populations d’animaux sauvages, l’accumulation de polluants sous toutes les latitudes, l’érosion ou la dégradation des terres arables, l’urbanisation galopante ? Sans faire le tour de la Terre, tout individu âgé de plus de 40 ans se souvient qu’il fallait nettoyer le pare-brise des voitures à la belle saison. Où sont donc passés les insectes ? Lire la suite »

Otto Ullrich, Technologie, 1992

Le Dictionnaire du développement,
un guide de la connaissance comme pouvoir

 

Le célèbre discours de Harry S. Truman du 20 janvier 1949 peut être considérée comme la proclamation officielle de la fin de l’ère coloniale. Il a annoncé un plan de croissance économique et de prospérité pour le monde entier, incluant explicitement les « zones sous-développées ».

« Nous devons nous lancer dans un nouveau programme audacieux pour mettre les bénéfices de nos avancées scientifiques et de nos progrès industriels au service de l’amélioration et de la croissance des zones sous-développées. […] Le vieil impérialisme – l’exploitation pour le profit de la métropole – n’a pas sa place dans nos plans […] Une production accrue est la clé de la prospérité et de la paix. Et la clé d’une production accrue est une application plus large et plus vigoureuse des connaissances scientifiques et techniques modernes. » [1]

Une plus grande prospérité exige une augmentation de la production, et une production accrue nécessite une technologie scientifique – depuis lors ce message a été repris dans d’innombrables déclarations des élites politiques de l’Ouest et de l’Est. John F. Kennedy, par exemple, a demandé avec insistance au Congrès, le 14 mars 1961, d’être conscient de sa tâche historique et d’autoriser les moyens financiers nécessaires à l’Alliance pour le progrès :

« Dans toute l’Amérique latine, des millions de personnes luttent pour se libérer des liens de la pauvreté, de la faim et de l’ignorance. Au Nord et à l’Est, ils voient l’abondance que peut apporter la science moderne. Ils savent que les outils du progrès sont à leur portée. » [2]

Avec l’ère du développement, la science et la technologie ont occupées le devant de la scène. Elles étaient considérées comme la raison de la supériorité du Nord et la garantie de la promesse de développement du Sud. En tant que « clé de la prospérité », elles devaient ouvrir la voie à l’abondance matérielle et, en tant qu’ « outils de progrès », conduire les nations du monde vers les hautes terres ensoleillées de l’avenir. Il n’est pas étonnant que pendant des décennies, de nombreuses conférences dans le monde entier, et en particulier aux Nations unies, se soient focalisées, dans un esprit d’espérance quasi religieuse, sur les « puissantes forces de la science et de la technologie ». Lire la suite »

Otto Ullrich, Technology, 1992

The Development Dictionary,
A Guide to Knowledge As Power

 

Harry S. Truman’s famous statement of 20 January 1949 can be regarded as the official proclamation of the end of the colonial age. He announced a plan for economic growth and prosperity for the entire world, explicitly including the “underdeveloped areas”.

“We must embark on a bold new program for making the benefits of our scientific advances and industrial progress available for the improvement and growth of underdeveloped areas. … The old imperialism – exploitation for foreign profit – has no place in our plans.… Greater production is the key to prosperity and peace. And the key to greater production is a wider and more vigorous application of modern scientific and technical knowledge.” [1]

Greater prosperity calls for increased production, and more production requires scientific technology – this message has been proclaimed ever since in countless statements by the political elites of both West and East. John F. Kennedy, for example, emphatically challenged Congress on 14 March 1961, to be conscious of its historical task and authorize the financial means necessary for the Alliance for Progress:

“Throughout Latin America millions of people are struggling to free themselves from the bonds of poverty and hunger and ignorance. To the North and East they see the abundance which modern science can bring. They know the tools of progress are within their reach.” [2]

With the age of development, science and technology took over the leading role altogether. They were regarded as the reason for the superiority of the North and the guarantee of the promise of development. As the “key to prosperity” they were to open up the realm of material surplus and, as the “tools of progress”, to lead the countries of the world towards the sunny uplands of the future. No wonder that for decades numerous conferences all over the world, and particularly in the United Nations, focused, in a spirit of near religious hopefulness, on the “mighty forces of science and technology”. Lire la suite »

Otto Ullrich, Tecnología, 1992

Diccionario del desarrollo,
Una guía del conocimiento como poder

 

La famosa declaración de Harry S. Truman del 20 de enero de 1949 puede ser considerada la proclamación oficial del fin de la era colonial. Anunció un plan para el crecimiento económico y la prosperidad del mundo entero, incluyendo explícitamente a las “áreas subdesarrolladas”.

“Debemos embarcarnos en un audaz programa nuevo para poner a disposición los beneficios de nuestros avances científicos y progreso industrial para la mejora y crecimiento de las áreas subdesarrolladas… El viejo imperialismo -la explotación para el beneficio foráneo- no tiene lugar en nuestros planes… Una producción incrementada es la clave para la prosperidad y la paz. Y la llave a la mayor producción es una aplicación mas amplia y mas vigorosa del conocimiento científico y técnico moderno.” [1]

La mayor prosperidad demanda una producción incrementada y más producción requiere tecnología científica – este mensaje ha sido proclamado desde entonces en incontables declaraciones por las élites políticas tanto de Occidente como de Oriente. John F. Kennedy, por ejemplo, enfáticamente retó al Congreso el 14 de marzo de 1961 a ser consciente de su tarea histórica y autorizar los medios financieros necesarios para la Alianza para el Progreso:

“Por toda América Latina millones de personas luchan por liberarse de las ataduras de la pobreza, del hambre y de la ignorancia. En el Norte y en el Este ellos ven la abundancia que la ciencia moderna puede traer. Saben que las herramientas del progreso están a su alcance.” [2]

Con la era del desarrollo, la ciencia y la tecnología asumieron plenamente el papel conductor. Se les consideró como la razón de la superioridad del Norte y la garantía de la promesa del desarrollo. Como la “clave de la prosperidad” ellas iban a abrir el reino del excedente material y, como las “herramientas del progreso” iban a conducir a los países del mundo a las soleadas altiplanicies del futuro. No es sorprendente que por décadas numerosas conferencias en todo el mundo y particularmente en las Naciones Unidas, se enfocaran, en un espíritu de esperanza casi religiosa, en las “poderosas fuerzas de la ciencia y la tecnología”. Lire la suite »