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Posts Tagged ‘Étienne Rabaud’

Étienne Rabaud, Les phénomènes de convergence en Biologie, 1925

I. Des critères en biologie.

Sous une apparence d’extrême simplicité, la question de la signification de la forme des parties diverses qui composent un organisme est, au fond, parmi les plus complexes. Si elle ne paraît point telle aux yeux des naturalistes et si elle ne retient pas leur attention autant qu’elle le mérite, c’est que, l’examinant d’une façon superficielle, ils acceptent la première solution qui se présente à l’esprit et semble s’accommoder avec les faits. Dès lors, ils accordent aux formes une valeur prépondérante et voient en elles le moyen de résoudre toutes les difficultés que soulève l’étude des organismes vivants.

Au premier abord, certes, les faits plaident en faveur de l’opinion courante qui attribue à la morphologie une importance presque exclusive. Mais ne serait-ce pas précisément le cas de répéter que si, dans l’ordre scientifique, les faits sont tout, ils ne sont cependant rien par eux-mêmes ? Faut-il redire que leur valeur dépend de leur nombre, des rapprochements qu’ils suggèrent et des rapports qu’ils soutiennent les uns avec les autres ? Cette vérité, depuis longtemps banale en d’autres disciplines, acquiert à peine droit de cité parmi les naturalistes. Implicitement ou non, ils considèrent comme définitif un certain groupement de faits et lui reconnaissent une valeur absolue ; en conséquence, ils n’aperçoivent pas qu’ils interprètent et que, pour interpréter, ils font intervenir des notions étrangères au domaine strict de l’observation et de l’expérimentation.

Sans discussion, les naturalistes admettent une relation étroite, s’établissant par un moyen ou par un autre, entre la forme d’un côté, le fonctionnement et la manière de vivre d’un autre côté. Certains faits, à coup sûr, évoquent violemment cette relation. Ils laissent pourtant le champ libre à deux interprétations différentes, voire opposées, quant à la manière dont cette relation s’établit. L’interprétation de Cuvier, attribuant aux diverses parties de l’organisme un enchaînement morphologique visant un but, tend à renaître de ses cendres. Elle s’oppose à l’interprétation transformiste suivant laquelle se produirait une adaptation des formes aux conditions d’existence, quel qu’en soit d’ailleurs le mécanisme : influence directe du milieu ou sélection des formes avantageuses. Lire la suite…

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Étienne Rabaud, L’interdépendance générale des organismes, 1934

3 février 2016 Laisser un commentaire

I. Multiplicité des germes et concurrence vitale

Suivant l’opinion commune, les rapports que les organismes soutiennent entre eux seraient ceux d’une compétition constante et inéluctable. Que cette compétition se traduise ou non par une lutte sanglante, elle aboutirait à la disparition d’une partie des concurrents.

L’opinion commune dérive, en partie, de l’un des aspects les plus frappants de la vie courante, de la concurrence qui s’exerce fréquemment entre les Hommes. Mais elle tire sa plus grande force de l’interprétation que Darwin donne d’un fait général : la disproportion entre le chiffre des germes émis et celui des individus qui, finalement, survivent. Souvent, le plus souvent peut-être, si tous les germes émis atteignaient leur complet développement, une seule lignée suffirait à couvrir rapidement la terre entière. Cette expansion démesurée engendrerait une lutte sans trêve et sans pitié, qui s’effectuerait par tous les moyens et se terminerait par la destruction du plus grand nombre. Lire la suite…

Étienne Rabaud, Le domaine et la méthode de la biologie générale, 1919

26 juin 2015 Laisser un commentaire

Étienne Rabaud (1868-1956) est un biologiste français de la première moitié du XXe siècle très critique vis-à-vis du darwinisme et de la génétique. Plutôt proche du néo-lamarckisme, ses prises de positions radicales et polémiques – soutenues par un caractère plutôt entier… – lui ont values l’hostilité de ses collègues universitaires. Néanmoins celles-ci s’appuient sur une épistémologie exigeante. Nous livrons donc ici le texte où il expose cette dernière de la manière la plus synthétique. Lire la suite…