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André Pichot, Bioéthique et épistémologie, 2012

27 décembre 2012 Laisser un commentaire

Dans « bioéthique », il y a « éthique », mais il y a aussi « bio ». Or, si l’aspect « éthique » fait l’objet de toutes les attentions, l’aspect « bio » est assez négligé. Il est certes à l’origine des problèmes qui réclament un examen éthique, mais lui-même n’est jamais mis en question. Premièrement, parce que la bioéthique ignore tout questionnement philosophique sur la vie (il est vrai que ce champ d’études a disparu de l’université). Deuxièmement, parce que la bioéthique fait l’économie de toute réflexion sur la biologie, qu’elle soit épistémologique ou historique (elle tend même à se substituer à ces réflexions pour imposer son propre discours).

Tout se passe comme s’il y avait une science – la biologie – qui progresse de manière inexorable, produisant sans cesse des nouveautés dont les hommes doivent s’accommoder du mieux qu’ils peuvent (comme ils le font des phénomènes naturels, météorologie ou dérive des continents). Ce n’est pas qu’en eux-mêmes ces progrès soient mauvais, mais leurs applications (inexorables elles aussi) engendrent des problèmes éthiques, soit très concrets (dans la pratique médicale, par exemple), soit dans le domaine des idées (en perturbant des conceptions philosophiques, politiques ou religieuses établies). Les problèmes bioéthiques seraient ainsi, peu ou prou, les conséquences naturelles des incontestables et non moins naturels progrès de la biologie.

En réalité, ce schéma ne résiste pas à l’examen. Il existe une multitude de cas de figure. Les progrès et les problèmes ne sont pas toujours où on les voit, et ne sont pas toujours des progrès ni des problèmes. Les biologistes ne sont pas toujours les agents innocents du progrès, ils savent jouer avec les problèmes (y compris les problèmes éthiques), et se prennent parfois à leurs propres discours (voire à leurs propres pièges). Voici quelques exemples. Lire la suite…