Jacques Roger, Biologie du fonctionnement et biologie de l’évolution, 1983

« Pour expliquer une machine, on ne sçauroit mieux faire que de proposer son but et de montrer comment toutes ses pièces y servent »

Leibniz, Suite de la réponse à Nicaise

 

« Dans l’étude de n’importe quel système biologique, à n’importe quel niveau de complexité, on peut poser deux types de questions : quel en est le fonctionnement ? et quelle en est l’origine ? »

François Jacob, Le jeu des possibles, p. 65.

 

Résumé :

La biologie expérimentale classique est une science relativement jeune. Annoncée par les intuitions de Descartes et le projet théorique de Lamarck, elle ne s’est affirmée que dans la seconde moitié du XIXe siècle grâce aux travaux des grands physiologistes allemands (Dubois Reymond, Karl Ludwig von Helmholtz) et français (Claude Bernard et ses disciples, Paul Bert, etc.). De la physiologie, elle a gagné l’embryologie, puis la bio-chimie. Adoptant la physique classique comme modèle de scientificité, cette biologie s’est voulue expérimentale, opérant sur des objets identiques, réductionniste, déterministe et causale. Par ses succès ininterrompus depuis 1850, elle s’est acquis un statut scientifique bien défini et parfaitement respecté.

Cependant, depuis la renaissance du darwinisme sous la forme de la Théorie synthétique de l’évolution, un nouveau type d’explication biologique s’est développé. Déjà décrite par Julian Huxley (1942), G.G. Simpson et Th. Dobzhansky, cette biologie a été développée par Ernst Mayr sous le nom de « biologie de l’évolution », par opposition à la « biologie du fonctionnement » que constitue la biologie classique. Cette nouvelle biologie cherche à expliquer l’existence des structures morphologiques ou comportementales par l’évaluation de leur « valeur sélective ». Par son caractère de reconstruction historique et son usage de la téléonomie, elle relève d’une épistémologie spécifique, exige une prudence particulière, mais contribue à notre compréhension de la nature et des formes vivantes.Lire la suite »

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Jacques Roger et l’Évolution, 2004

Résumé :

Jacques Roger a entrepris l’étude de la théorie de l’Évolution sous les deux points de vue qui lui étaient familiers, et qui ont fait de lui un des grands maîtres de l’histoire des sciences au XXe siècle. Il a en effet considéré l’Évolution en historien et en épistémologue. En historien rigoureux, qui a le souci de lire attentivement les textes des auteurs qu’il cite pour bien les connaître, et en épistémologue non moins rigoureux et averti, soucieux de bien les situer dans leur temps pour les bien analyser et les bien comprendre, mais aussi éventuellement en exposer les limites.

Absorbé par son étude des grands naturalistes du XVIIIe siècle, Jacques Roger n’est venu qu’assez tardivement dans sa carrière, vers les années 1970, à celle du XIXe, qui vit naître avec Lamarck la théorie de l’Évolution. Il reconnaissait lui-même volontiers que, s’il possédait, comme il me le disait, un « background » dans ce domaine, il lui manquait encore les connaissances précises et documentées qui permettent de posséder une maîtrise personnelle du sujet. En revanche, il connaissait déjà l’état actuel de la pensée évolutionniste, grâce à la lecture vaste et attentive qu’il faisait de la littérature qui lui était consacrée, et aussi grâce au fait qu’il avait établi une correspondance suivie et créé des liens d’amitié avec les chefs de file de la théorie néo-darwinienne que sont Ernst Mayr et Stephen J. Gould. C’est dans cette étude qu’il allait montrer la qualité de son esprit critique d’analyse, ce que nous verrons dans la deuxième partie de notre étude.Lire la suite »