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Posts Tagged ‘énergie’

Faut pas pucer, Lettre ouverte aux salariés d’Enedis, 2017

28 avril 2017 Laisser un commentaire

Lettre ouverte aux salariés d’Enedis et de ses multiples sous-traitants, qui sillonnent villes et campagnes de l’Hexagone pour installer à marche forcée les compteurs Linky et leurs relais.

Mesdames, Messieurs,

Vous n’êtes pas sans savoir qu’une étonnante vague de refus des compteurs Linky, dits « intelligents », traverse la France depuis plusieurs mois. Cette opposition a ceci d’étonnant qu’elle est informelle et décentralisée, qu’elle se développe hors de toute structure politique ou syndicale constituée, et en dépit de la puissante propagande de votre groupe, Enedis – en dépit, aussi, de l’absence de contre enquête de la part des grands médias sur les enjeux du projet Linky et les moyens utilisés pour le mettre en œuvre. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, Pour une histoire désorientée de l’énergie, 2013

24 février 2016 Laisser un commentaire

Du fait de la crise climatique, l’histoire de l’énergie connaît actuellement un regain d’intérêt. Selon certains historiens, l’examen des « transitions énergétiques » du passé permettrait d’élucider les conditions économiques propices à l’avènement d’un système énergétique renouvelable 1. Cette histoire de l’énergie à visée gestionnaire repose sur un sérieux malentendu : ce qu’elle étudie sous le nom de « transition énergétique » correspond en fait très précisément à l’inverse du processus qu’il convient de faire advenir de nos jours.

La mauvaise nouvelle est que si l’histoire nous apprend bien une chose, c’est qu’il n’y a en fait jamais eu de transition énergétique. On ne passe pas du bois au charbon, puis du charbon au pétrole, puis du pétrole au nucléaire. L’histoire de l’énergie n’est pas celle de transitions, mais celle d’additions successives de nouvelles sources d’énergie primaire. L’erreur de perspective tient à la confusion entre relatif et absolu, entre local et global : si, au XXe siècle, l’usage du charbon décroît relativement au pétrole, il reste que sa consommation croît continûment, et que globalement, on n’en a jamais autant brûlé qu’en 2013.

S’extraire de l’imaginaire transitionniste n’est pas aisé tant il structure la perception commune de l’histoire des techniques, scandée par les grandes innovations définissant les grands âges techniques. À l’âge du charbon succéderait celui du pétrole, puis celui (encore à venir) de l’atome. On nous a récemment servi l’âge des énergies renouvelables, celui du numérique, de la génétique, des nanos etc. Cette vision n’est pas seulement linéaire, elle est simplement fausse : elle ne rend pas compte de l’histoire matérielle de notre société qui est fondamentalement cumulative 2. Lire la suite…

Recension: J. Ardillo, Les illusions renouvelables, 2007

9 juillet 2015 Laisser un commentaire

Ardillo_cvJosé Ardillo,

Les illusions renouvelables.

Énergie et pouvoir: une histoire,

éd. L’Échappée, 2015 (300 p., 16 euros).

 .

 Au début de cette année, les éditions L’Échappée ont traduit et publié Les illusions renouvelables. Énergie et pouvoir : une histoire de José Ardillo, ancien rédacteur du bulletin anti-industriel Los Amigos de Ludd (traduction française aux éditions La Lenteur) et qui participe actuellement à diverses publications libertaires espagnoles.

Même si ce livre date de 2007 – donc avant la crise financière de 2008 – il reste d’actualité en ce qu’il se veut une analyse historique et critique de la production et de l’usage de l’énergie dans la société capitaliste et industrielle. Le sous-titre est à cet égard explicite: énergie et pouvoir. En effet, ceux qui se revendiquent de l’écologie ont tendance à l’oublier, l’énergie n’est pas seulement cette force qui permet de faire tourner les machines qui nous sont utiles dans notre vie quotidienne à notre échelle individuelle. Lire la suite…

Arnaud Michon, Du nucléaire au renouvelable, critique du système énergétique, 2013

7 avril 2015 Laisser un commentaire

Pour dresser ce tableau critique sur le nucléaire et le renouvelable, je vais m’appuyer sur Le Sens du vent, le livre que j’ai publié il y a trois ans, qui portait précisément sur ce sujet. Je crois utile de commencer par quelques remarques élémentaires. D’emblée, il faut dire que quelles que soient les sources d’énergie renouvelable auxquelles je me suis intéressé (à savoir l’eau, le soleil et surtout le vent), je me suis avant tout attaché à leurs applications électriques, c’est-à-dire à leur capacité à produire, à l’aide de matériaux et de mécanismes divers, de l’électricité. Cette précision est nécessaire car l’énergie ne se résume pas, loin s’en faut, à l’électricité. Le soleil, comme on le sait, produit naturellement de la chaleur ; l’éolien lui-même a longtemps servi à produire de l’énergie mécanique (pour pomper de l’eau, par exemple).

Précisons par la même occasion qu’en France comme dans la plupart des pays industrialisés, l’électricité ne représente qu’à peu près un quart de l’énergie consommée (surtout constituée de pétrole, comme on s’en doute). C’est une distinction à bien garder en tête quand on se propose de critiquer le système énergétique. Une fois faite cette distinction énergie/électricité, je dois préciser que je ne vois aucun mal, sur le principe, à produire de l’électricité avec du soleil de l’eau ou du vent. J’irai même jusqu’à dire, si l’on me permet cette parenthèse « idéaliste », qu’au sein d’une organisation sociale qui serait parvenue à se libérer des conditions présentes et à considérer tout autrement la question de ses besoins d’énergie, il y aurait tout lieu de faire un usage abondant des énergies renouvelables (pas seulement pour produire de l’électricité). Mais nous n’en sommes pas là. Lire la suite…

Low-Tech Magazine, Les moulins-bateaux: des fabriques sur l’eau actionnés par la force du courant, 2010

19 mars 2015 Laisser un commentaire

Voici une traduction d’un article de la revue en ligne Low-Tech Magazine. Vous pouvez également télécharger cet article au format PDF avec la totalité des illustrations de l’article original.

Moulins-bateaux sur le Rhin, 1531

Moulins-bateaux sur le Rhin, 1531

Du Moyen-Âge jusqu’à la fin du XIXe siècle, la roue hydraulique a été la source d’énergie la plus importante dans le monde. Lorsque les plus petites rivières sont devenues inutilisables en raison de leur encombrement par ces roues, les constructeurs médiévaux se sont tournés vers des rivières plus grandes, ce qui a abouti à la mise en place des barrages de retenue ou chaussées comme on en connaît encore aujourd’hui. Les étapes intermédiaires qui ont menées à ces dispositifs sont moins connues, telles que les moulins-bateaux, les moulins sous un pont et les moulins pendants. Les moulins-bateaux existaient déjà au VIe siècle en Italie et se sont répandus dans le monde entier. La plupart sont restés en usage jusqu’à la fin des années 1860, quelques uns survivant après les années 1900.

Jusqu’à récemment, les moulins-bateaux, aussi connus sous le nom de moulins flottants, ne suscitaient que de la curiosité, une simple note de bas de page dans la longue histoire de l’énergie hydraulique. Aujourd’hui quelques historiens pensent qu’ils furent aussi répandus que les moulins à vent – bien qu’il faille remarquer que les moulins à vent à l’inverse de la croyance populaire furent moins courants que les moulins à eau. Les premières études internationales sur les moulins-bateaux ne paraissent qu’en 2003 et 2006 (voir la bibliographie). Elles contiennent parmi beaucoup d’autres faits nouveaux la découverte de trois moulins-bateaux minuscules sur une célèbre peinture médiévale de 1435 (La Vierge du Chancelier Rodin par le peintre flamand Jan Van Eyck). Personne ne les avait encore remarqués auparavant ou ne s’était spécialement aperçu de leur existence à cet endroit. Lire la suite…

Low-Tech Magazine, Des fabriques mues par le vent: histoire (et avenir) des moulins à vent, 2009

21 septembre 2014 Laisser un commentaire

Voici une traduction d’un article de la revue en ligne Low-Tech Magazine. Vous pouvez également télécharger cet article au format PDF avec la totalité des illustrations de l’article original.

Dans les années 1930 et 1940, bien des décennies après que les machines à vapeur eurent rendu obsolète l’énergie éolienne, des chercheurs néerlandais se sont obstinément attachés à améliorer leur moulin à vent traditionnel, lui-même déjà très élaboré. Les résultats furent spectaculaires, et il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui une armée d’« ecogeeks » pourrait encore les améliorer. Est-ce que cela pourrait avoir du sens de remettre le moulin à vent en activité et de transformer à nouveau directement l’énergie cinétique en énergie mécanique ?

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Les Pays-Bas avaient 5 fois plus de moulins à vent en 1850
qu’ils n’ont d’éoliennes industrielles aujourd’hui.

Il y a plus de 900 ans l’Europe médiévale est devenue la première grande civilisation à ne pas dépendre de la seule force musculaire humaine. Des milliers et des milliers de moulins à vent et à eau, avec l’appoint des moulins à manège (mus par des animaux) ont radicalement transformé les activités productives et la société. Ce fut une sorte de « révolution industrielle » fondée uniquement sur des énergies renouvelables – quelque chose dont nous ne pouvons que rêver aujourd’hui. Les moulins à vent et à eau furent en réalité les premières véritables usines de l’histoire humaine. Ils étaient constitués d’un bâtiment, d’une source d’énergie, de mécanismes et de personnel qui ensemble réalisaient un produit fini. Lire la suite…

La fureur énergétique, 2011

5 septembre 2012 Laisser un commentaire

(ou comment s’en défaire)

Depuis longtemps, la mémoire des hommes avait enregistré que la côte Nord-Est du Japon était exposée à des tsunami violents du fait de la proximité d’une zone sismique. Au XIXe siècle, une vague de 30 mètres avait été observée. Malgré ce que le Japon avait déjà subi de la science de l’atome en 1945 (Hiroshima, Nagasaki), le forcing industriel avait réussi quelques années plus tard à implanter là une centrale nucléaire à l’abri d’une digue de 5 mètres seulement. Le 11 mars dernier, la violence des flots a anéanti tous les dispositifs de sécurité. Pompiers, techniciens, liquidateurs volontaires ou forcés (certains sont réquisitionnés parmi les clochards), tentent depuis des mois au péril de leurs vies de freiner  le processus inimaginable qui s’est déclenché à Fukushima. Tellement inimaginable que personne n’en souffle plus mot, que les médias préfèrent ne rien nous en dire, et laisser ce démenti brûlant de l’arrogance moderne s’épancher dans un assourdissant silence – de honte. Lire la suite…

Bertrand Louart, ITER ou la fabrique d’absolu, 2006

22 novembre 2011 1 commentaire

Article au format PDF (16 pages)

Le 28 juin 2005, les grandes puissances (Union Européenne, Etats-Unis, Japon, Corée du Sud, Fédération de Russie, Chine, Inde) décidaient officiellement l’implantation d’ITER à Cadarache. Le 26 janvier 2006, des opposants au nucléaire perturbaient la réunion d’ouverture de la procédure du débat public à Aix en Provence. En effet, ce « débat public » n’est qu’un simulacre puisque toutes les décisions ont déjà été prises.

Ces miracles utilitaires, œuvres de la science, sont antidémocratiques moins par le mauvais usage que l’on peut en faire ou même par leurs résultats pratiques que par leur forme et leurs fins premières. Ceux qui se révoltaient contre le système avaient raison ; non pas de se dire que les machines réduiraient le nombre des ouvriers ; mais de se dire que les machines réduiraient le nombre des patrons. Plus de rouages veut dire moins de leviers de commande, moins de leviers de commande veut dire moins d’hommes. La machinerie de la science doit être individualiste et solitaire. Le spécialiste apparaît et, d’un seul coup, c’en est presque fait de la démocratie.

G.-K. Chesterton, Le monde comme il ne va pas, 1924.

Pendant longtemps, des savants ont cherché à réaliser le mouvement perpétuel, c’est-à-dire une machine qui tournerait sans consommer d’énergie – certains imaginaient même qu’elle pourrait en produire à partir de rien. Au XIXe siècle, suite à l’invention de la machine à vapeur, Sadi Carnot établit les principes de la thermodynamique qui démontrent l’impossibilité physique de tout mouvement perpétuel.

Premier principe : dans n’importe quel système ou machine, l’énergie est conservée, sa quantité reste constante, c’est-à-dire qu’aucun dispositif ne peut produire plus d’énergie qu’il n’en consomme.

Second principe : dans n’importe quel système ou machine, l’énergie est transformée, une partie se dégrade nécessairement. Elle passe spontanément de formes concentrées, canalisées et dirigées à des formes plus diffuses, dispersées et désorganisées (frottements, fuites, dissipation et déperditions diverses de chaleur, etc.). Le rendement est le rapport entre l’énergie engagée dans une tâche et le travail effectivement réalisé. L’entropie mesure cette tendance spontanée et irréversible de l’énergie utile à se transformer en énergie perdue, en déchet ou en pollution.

Au XXe siècle, Albert Einstein démontre l’équivalence entre la matière et l’énergie (la fameuse formule E=mC2) et depuis les physiciens croient de nouveau pouvoir produire de l’énergie à partir de rien, ou presque rien, par la désintégration de la matière à l’aide de réaction nucléaires de fission ou de fusion.

Il semblerait donc que ces scientifiques n’aient toujours pas compris ce que signifie l’existence de l’entropie. Elle a pourtant de nombreuses conséquences, et pas seulement dans le domaine abstrait et conceptuel de la science physique. Lire la suite…

Bertrand Louart, ITER oder die Fabrik des Absoluten, 2006

22 novembre 2011 Laisser un commentaire

Am 28. Juni 2005 beschlossen die Großmächte (Europäische Union, USA, Japan, Südkorea, Russische Föderation, China und Indien), dass das Projekt ITER [1] in Cadarache in Südfrankreich angesiedelt würde.

Am 26. Januar 2006 störten Atomkraftgegner die erste einer Reihe von öffentlichen Debatten zu diesem Thema in Aix-en-Provence. Dem Sprecher der Vereinigung «Sortir du nucléaire» (in etwa: «Weg von der Atomkraft!») zufolge ist die öffentliche Debatte über ITER eine Farce, weil alle wichtigen Entscheidungen bereits getroffen sind. Wir beginnen in dieser Nummer eine Reihe von Artikeln über dieses Projekt. Lire la suite…

Bernard Brunhes, La dégradation de l’énergie dans l’être vivant, 1909

3 août 2011 Laisser un commentaire

En 1944, Erwin Schrödinger publie son ouvrage Qu’est-ce que la vie ? où il tente d’expliquer les êtres vivants en tant que phénomènes physiques, notamment à l’aide de la thermodynamique. Pour expliquer la présence de « l’ordre » à l’intérieur des êtres vivants, il introduit à cette occasion l’idée que les organismes produisent une entropie négative, ou néguentropie, qui s’opposerait à la tendance naturelle au « désordre » que l’on observe dans d’autres systèmes.

Nous discuterons plus précisément ailleurs en quoi cette approche — toujours utilisée aujourd’hui par certains biologistes — est profondément erronée. En attendant, nous reproduisons ci-dessous le chapitre XIII du livre de Bernard Brunhes, La dégradation de l’énergie, paru en 1909, et qui montre en quoi les êtres vivants ne sont pas des phénomènes surnaturels et sont soumis, tout comme les autres phénomènes, au second principe de la thermodynamique. Ce chapitre constitue donc une réfutation de la notion de néguentropie plus de trente ans avant sont invention !

 

§ 1. — EXISTE-T-IL UNE THERMODYNAMIQUE SPÉCIALE À L’ÊTRE VIVANT ?

 

Robert Mayer avait su deviner que le principe de l’équivalence de la chaleur et du travail s’applique à la machine animale, la plus compliquée de toutes : ce sont ses réflexions sur l’origine du travail fourni par l’être vivant qui lui ont suggéré sa découverte immortelle. Par contre, les physiciens anglais qui ont apporté leur contribution à la thermodynamique, et particulièrement au second principe, se sont posé la question de savoir si l’être vivant obéissait à ce second principe. Thomson, dans le mémoire célèbre où il a, pour la première fois, déduit du principe de Carnot la « tendance universelle à la dissipation de l’énergie mécanique » dans le monde, déclare qu’elle n’est que proba­ble dans les phénomènes qui s’accomplissent dans les animaux et les végétaux. Joule exclut de ses raisonnements les « forces qui opèrent par l’intervention mystérieuse de la vie ». Plus tard, Helmholtz lui-même paraît avoir tout au moins envisagé l’hypothèse d’une restauration possible de l’énergie utilisable dans les êtres vivants. Lire la suite…