Archive

Posts Tagged ‘énergie’

Radio: Philippe Bihouix, Les basses technologies, 2016

Du mythe de la croissance verte à un monde post-croissance

Un appel de la société civile, Crime climatique stop ! vient d’être publié (éd. du Seuil), avec les contributions de personnalités telles que le climatologue Jean Jouzel (vice président du GIEC et ex-CEA), de la journaliste Naomi Klein, ou d’un des initiateurs d’Alternatiba, le Basque Jon Palais. Voici un article de cet ouvrage collectif, signé Philippe Bihouix, ingénieur bordelais auteur de L’Âge des low tech, vers une civilisation techniquement soutenable (éd. du Seuil, 2014), où il démonte l’illusion d’une lutte purement technologique contre le changement climatique.

Nous connaissons maintenant les conséquences sur le climat de notre utilisation massive d’énergies fossiles. Pour les remplacer, le nucléaire, toutes générations confondues, n’est crédible ni industriellement, ni moralement. Indéniablement, nous pouvons et nous devons développer les énergies renouvelables. Mais ne nous imaginons pas qu’elles pourront remplacer les énergies fossiles et maintenir notre débauche énergétique actuelle.

Les problèmes auxquels nous faisons face ne pourront pas être résolus simplement par une série d’innovations technologiques et de déploiements industriels de solutions alternatives. Car nous allons nous heurter à un problème de ressources, essentiellement pour deux raisons : il faut des ressources métalliques pour capter les énergies renouvelables ; et celles-ci ne peuvent qu’être imparfaitement recyclées, ce phénomène s’aggravant avec l’utilisation de hautes technologies. La solution climatique ne peut donc passer que par la voie de la sobriété et de technologies adaptées, moins consommatrices. Lire la suite…

Matthieu Amiech, Les énergies renouvelables entretiennent le mythe de l’abondance énergétique, 2016

Le problème majeur qu’ont éludé tous les discours tenus dans le cadre de la COP21 – mais aussi de nombreux discours tenus autour d’elle –, c’est que la croissance permanente des quantités d’énergie nécessaires au fonctionnement ordinaire des sociétés industrialisées n’est ni possible ni souhaitable. Pour être précis : c’est cette croissance qui a amené aux divers dérèglements qui se manifestent depuis quelques décennies, et sa poursuite n’est possible qu’au prix de pollutions, de guerres et de contraintes politiques intolérables… bien que nous ayons pris l’habitude de les tolérer, notamment quand elles se produisent ailleurs. Lire la suite…

Radio: François Jarrige, Les énergies renouvelables au XIXe siècle, 2016

Dans la série Racine de moins un, nous vous proposons d’écouter une interview de François Jarrige (historien à l’université de Bourgogne). La révolution industrielle du XIXe siècle européen est fondée sur le triomphe du charbon, puis du pétrole. Or ces choix énergétiques, basés sur des ressources fossiles, l’ont emporté lentement sur d’autres moyens d’accroître l’énergie disponible, notamment les énergies renouvelables. L’exploration des expériences énergétiques oubliées et occultées par les développements ultérieurs est nécessaire pour affronter l’indispensable décroissance de notre dépendance actuelle aux énergies fossiles. Une conférence du cycle Modernité en crise donnée à la Citée des sciences et de l’industrie, à Paris, en mai 2016. Lire la suite…

Faut pas pucer, Lettre ouverte aux salariés d’Enedis, 2017

28 avril 2017 Laisser un commentaire

Lettre ouverte aux salariés d’Enedis et de ses multiples sous-traitants, qui sillonnent villes et campagnes de l’Hexagone pour installer à marche forcée les compteurs Linky et leurs relais.

Mesdames, Messieurs,

Vous n’êtes pas sans savoir qu’une étonnante vague de refus des compteurs Linky, dits « intelligents », traverse la France depuis plusieurs mois. Cette opposition a ceci d’étonnant qu’elle est informelle et décentralisée, qu’elle se développe hors de toute structure politique ou syndicale constituée, et en dépit de la puissante propagande de votre groupe, Enedis – en dépit, aussi, de l’absence de contre enquête de la part des grands médias sur les enjeux du projet Linky et les moyens utilisés pour le mettre en œuvre. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, Pour une histoire désorientée de l’énergie, 2013

24 février 2016 Laisser un commentaire

Du fait de la crise climatique, l’histoire de l’énergie connaît actuellement un regain d’intérêt. Selon certains historiens, l’examen des « transitions énergétiques » du passé permettrait d’élucider les conditions économiques propices à l’avènement d’un système énergétique renouvelable 1. Cette histoire de l’énergie à visée gestionnaire repose sur un sérieux malentendu : ce qu’elle étudie sous le nom de « transition énergétique » correspond en fait très précisément à l’inverse du processus qu’il convient de faire advenir de nos jours.

La mauvaise nouvelle est que si l’histoire nous apprend bien une chose, c’est qu’il n’y a en fait jamais eu de transition énergétique. On ne passe pas du bois au charbon, puis du charbon au pétrole, puis du pétrole au nucléaire. L’histoire de l’énergie n’est pas celle de transitions, mais celle d’additions successives de nouvelles sources d’énergie primaire. L’erreur de perspective tient à la confusion entre relatif et absolu, entre local et global : si, au XXe siècle, l’usage du charbon décroît relativement au pétrole, il reste que sa consommation croît continûment, et que globalement, on n’en a jamais autant brûlé qu’en 2013.

S’extraire de l’imaginaire transitionniste n’est pas aisé tant il structure la perception commune de l’histoire des techniques, scandée par les grandes innovations définissant les grands âges techniques. À l’âge du charbon succéderait celui du pétrole, puis celui (encore à venir) de l’atome. On nous a récemment servi l’âge des énergies renouvelables, celui du numérique, de la génétique, des nanos etc. Cette vision n’est pas seulement linéaire, elle est simplement fausse : elle ne rend pas compte de l’histoire matérielle de notre société qui est fondamentalement cumulative 2. Lire la suite…

Recension: J. Ardillo, Les illusions renouvelables, 2007

9 juillet 2015 Laisser un commentaire

Ardillo_cvJosé Ardillo,

Les illusions renouvelables.

Énergie et pouvoir: une histoire,

éd. L’Échappée, 2015 (300 p., 16 euros).

 .

 Au début de cette année, les éditions L’Échappée ont traduit et publié Les illusions renouvelables. Énergie et pouvoir : une histoire de José Ardillo, ancien rédacteur du bulletin anti-industriel Los Amigos de Ludd (traduction française aux éditions La Lenteur) et qui participe actuellement à diverses publications libertaires espagnoles.

Même si ce livre date de 2007 – donc avant la crise financière de 2008 – il reste d’actualité en ce qu’il se veut une analyse historique et critique de la production et de l’usage de l’énergie dans la société capitaliste et industrielle. Le sous-titre est à cet égard explicite: énergie et pouvoir. En effet, ceux qui se revendiquent de l’écologie ont tendance à l’oublier, l’énergie n’est pas seulement cette force qui permet de faire tourner les machines qui nous sont utiles dans notre vie quotidienne à notre échelle individuelle. Lire la suite…

Arnaud Michon, Du nucléaire au renouvelable, critique du système énergétique, 2013

7 avril 2015 Laisser un commentaire

Pour dresser ce tableau critique sur le nucléaire et le renouvelable, je vais m’appuyer sur Le Sens du vent, le livre que j’ai publié il y a trois ans, qui portait précisément sur ce sujet. Je crois utile de commencer par quelques remarques élémentaires. D’emblée, il faut dire que quelles que soient les sources d’énergie renouvelable auxquelles je me suis intéressé (à savoir l’eau, le soleil et surtout le vent), je me suis avant tout attaché à leurs applications électriques, c’est-à-dire à leur capacité à produire, à l’aide de matériaux et de mécanismes divers, de l’électricité. Cette précision est nécessaire car l’énergie ne se résume pas, loin s’en faut, à l’électricité. Le soleil, comme on le sait, produit naturellement de la chaleur ; l’éolien lui-même a longtemps servi à produire de l’énergie mécanique (pour pomper de l’eau, par exemple).

Précisons par la même occasion qu’en France comme dans la plupart des pays industrialisés, l’électricité ne représente qu’à peu près un quart de l’énergie consommée (surtout constituée de pétrole, comme on s’en doute). C’est une distinction à bien garder en tête quand on se propose de critiquer le système énergétique. Une fois faite cette distinction énergie/électricité, je dois préciser que je ne vois aucun mal, sur le principe, à produire de l’électricité avec du soleil de l’eau ou du vent. J’irai même jusqu’à dire, si l’on me permet cette parenthèse « idéaliste », qu’au sein d’une organisation sociale qui serait parvenue à se libérer des conditions présentes et à considérer tout autrement la question de ses besoins d’énergie, il y aurait tout lieu de faire un usage abondant des énergies renouvelables (pas seulement pour produire de l’électricité). Mais nous n’en sommes pas là. Lire la suite…

Low-Tech Magazine, Les moulins-bateaux: des fabriques sur l’eau actionnés par la force du courant, 2010

19 mars 2015 Laisser un commentaire

Voici une traduction d’un article de la revue en ligne Low-Tech Magazine. Vous pouvez également télécharger cet article au format PDF avec la totalité des illustrations de l’article original.

Moulins-bateaux sur le Rhin, 1531

Moulins-bateaux sur le Rhin, 1531

Du Moyen-Âge jusqu’à la fin du XIXe siècle, la roue hydraulique a été la source d’énergie la plus importante dans le monde. Lorsque les plus petites rivières sont devenues inutilisables en raison de leur encombrement par ces roues, les constructeurs médiévaux se sont tournés vers des rivières plus grandes, ce qui a abouti à la mise en place des barrages de retenue ou chaussées comme on en connaît encore aujourd’hui. Les étapes intermédiaires qui ont menées à ces dispositifs sont moins connues, telles que les moulins-bateaux, les moulins sous un pont et les moulins pendants. Les moulins-bateaux existaient déjà au VIe siècle en Italie et se sont répandus dans le monde entier. La plupart sont restés en usage jusqu’à la fin des années 1860, quelques uns survivant après les années 1900.

Jusqu’à récemment, les moulins-bateaux, aussi connus sous le nom de moulins flottants, ne suscitaient que de la curiosité, une simple note de bas de page dans la longue histoire de l’énergie hydraulique. Aujourd’hui quelques historiens pensent qu’ils furent aussi répandus que les moulins à vent – bien qu’il faille remarquer que les moulins à vent à l’inverse de la croyance populaire furent moins courants que les moulins à eau. Les premières études internationales sur les moulins-bateaux ne paraissent qu’en 2003 et 2006 (voir la bibliographie). Elles contiennent parmi beaucoup d’autres faits nouveaux la découverte de trois moulins-bateaux minuscules sur une célèbre peinture médiévale de 1435 (La Vierge du Chancelier Rodin par le peintre flamand Jan Van Eyck). Personne ne les avait encore remarqués auparavant ou ne s’était spécialement aperçu de leur existence à cet endroit. Lire la suite…

Low-Tech Magazine, Des fabriques mues par le vent: histoire (et avenir) des moulins à vent, 2009

21 septembre 2014 Laisser un commentaire

Voici une traduction d’un article de la revue en ligne Low-Tech Magazine. Vous pouvez également télécharger cet article au format PDF avec la totalité des illustrations de l’article original.

Dans les années 1930 et 1940, bien des décennies après que les machines à vapeur eurent rendu obsolète l’énergie éolienne, des chercheurs néerlandais se sont obstinément attachés à améliorer leur moulin à vent traditionnel, lui-même déjà très élaboré. Les résultats furent spectaculaires, et il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui une armée d’« ecogeeks » pourrait encore les améliorer. Est-ce que cela pourrait avoir du sens de remettre le moulin à vent en activité et de transformer à nouveau directement l’énergie cinétique en énergie mécanique ?

WindMill_01

Les Pays-Bas avaient 5 fois plus de moulins à vent en 1850
qu’ils n’ont d’éoliennes industrielles aujourd’hui.

Il y a plus de 900 ans l’Europe médiévale est devenue la première grande civilisation à ne pas dépendre de la seule force musculaire humaine. Des milliers et des milliers de moulins à vent et à eau, avec l’appoint des moulins à manège (mus par des animaux) ont radicalement transformé les activités productives et la société. Ce fut une sorte de « révolution industrielle » fondée uniquement sur des énergies renouvelables – quelque chose dont nous ne pouvons que rêver aujourd’hui. Les moulins à vent et à eau furent en réalité les premières véritables usines de l’histoire humaine. Ils étaient constitués d’un bâtiment, d’une source d’énergie, de mécanismes et de personnel qui ensemble réalisaient un produit fini. Lire la suite…

La fureur énergétique

5 septembre 2012 Laisser un commentaire

(ou comment s’en défaire)

Depuis longtemps, la mémoire des hommes avait enregistré que la côte Nord-Est du Japon était exposée à des tsunami violents du fait de la proximité d’une zone sismique. Au XIXe siècle, une vague de 30 mètres avait été observée. Malgré ce que le Japon avait déjà subi de la science de l’atome en 1945 (Hiroshima, Nagasaki), le forcing industriel avait réussi quelques années plus tard à implanter là une centrale nucléaire à l’abri d’une digue de 5 mètres seulement. Le 11 mars dernier, la violence des flots a anéanti tous les dispositifs de sécurité. Pompiers, techniciens, liquidateurs volontaires ou forcés (certains sont réquisitionnés parmi les clochards), tentent depuis des mois au péril de leurs vies de freiner  le processus inimaginable qui s’est déclenché à Fukushima. Tellement inimaginable que personne n’en souffle plus mot, que les médias préfèrent ne rien nous en dire, et laisser ce démenti brûlant de l’arrogance moderne s’épancher dans un assourdissant silence – de honte. Lire la suite…