Radio : Jarrige, Amiech, Izoard, Contre le totalitarisme numérique, 2021

Une critique du numérique et de la société qu’il fait advenir d’un point de vue écologiste et libertaire. Un critique du capitalisme et de son accélération, du colonialisme et de l’extraction des métaux comme des données. L’industrie électronique analysée comme un programme extra-terrestre qui sacrifie la planète, la vie sociale et la liberté. Lire la suite »

Matthieu Amiech, La gestion de la crise sanitaire nous entraîne vers une société-machine, 2021

Pour l’éditeur Matthieu Amiech, penseur critique du développement des technologies, la crise liée au Covid constitue « un effet d’aubaine pour les géants du numérique ». Face à « l’informatisation de toute la vie sociale », face à la mise « à l’arrêt » ou presque de la vie démocratique, les citoyens se retrouvent aujourd’hui « sans défense morale et politique ». Sa réponse : une « désobéissance concertée ».

 

Voilà un an que nous vivons sous le « régime Covid ». Un nouveau régime de relations sociales fait de perte du toucher, de disparition du festif, d’assèchement culturel et de reculs démocratiques. Un régime où le numérique s’impose à tous les niveaux, sans que l’impact écologique de cette mutation ne soit jamais interrogé.

Pour Matthieu Amiech, penseur de longue date du développement des technologies, celle-ci est pourtant profonde. En 2013, déjà, il alertait, dans un ouvrage collectif signé du groupe Marcuse (Mouvement autonome de réflexion critique à l’usage des survivants de l’économie), La Liberté dans le coma – Essai sur l’identification électronique et les motifs de s’y opposer, sur les menaces que fait peser la société numérique sur l’égalité et les libertés. Aujourd’hui, il s’alarme de la gestion technocratique et autoritaire de la pandémie.

Coordinateur et cofondateur des éditions La Lenteur, petite maison créée dans le Tarn en 2007, Matthieu Amiech a publié de nombreux textes critiques des évolutions technologiques, de la sphère internet au monde agricole, en passant par le nucléaire, ainsi que des ouvrages traitant d’anarchisme ou d’écologie politique. Entretien. Lire la suite »

Collectif de l’Appel de Beauchastel, Sous les masques, un nouveau pas dans l’école du désastre, 2021

Une journée d’école en 2021.

Élève de CP, je revêts mon masque une dizaine de mètres avant la grille de l’école. Parents, instituteurs, directeurs le portent aussi. Plus tard, après l’avoir partiellement ôté plusieurs fois, penché sur ma feuille en classe, je devrai demeurer parqué dans ma zone dédiée dans la cour, avant de manger au garde-à-vous. Même pas l’occasion de respirer. Collégien, j’ai déjà préparé mon masque dans la rue. Me tenant à la barre du bus, je toucherai ensuite mon masque, l’ôterai à moitié, histoire de jouer aux grands, de faire la bise à mes camarades, ou autres découvertes de mon âge. A la fin de la journée, j’aurai sans doute mal à la tête et mon accessoire de survie sera en mauvais état, mais il paraît que c’est ce qu’il faut faire. Lycéen et interne, je suis tenu de porter le masque en continu. J’oublierai d’en changer toutes les quatre heures. Plusieurs fois, je serai près d’enlever ce bâillon, moi qui suis, comme le savent ceux qui s’intéressent aux apprentissages du corps, traversé par des émotions contradictoires qu’il me faut apprendre à maîtriser par ma respiration. Comme tous mes camarades, j’attendrai d’être agglutiné à la cantine pour respirer en ingérant. De retour dans ma chambre, ma tête sera lourde, mais au moins aurai-je respecté les protocoles. Sinon pour moi, du moins pour les autres. Lire la suite »

François Jarrige, Rapiécer le monde, 2019

Les éditions La Lenteur contre le déferlement numérique

Alors que le monde numérique s’installe avec un fatalisme et une rapidité déconcertante, les éditions La Lenteur maintiennent vivante une critique radicale du capitalisme High Tech et de ses ravages. Leurs publications proposent une analyse de la bureaucratie managériale pensée comme un phénomène social que la technologie contemporaine porte à son paroxysme.

 

A propos de :

Groupe Marcuse,
La Liberté dans le Coma.
Essai sur l’identification électronique et les motifs de s’y opposer
,
éd. La Lenteur, 2013, nouvelle édition en 2019 ;

Le Monde en pièces.
Pour une critique de la gestion. I. Quantifier
,
éd. La Lenteur, 2012 ;

Le Monde en pièce.
Pour une critique de la gestion. 2. Informatiser
,
éd. La Lenteur, 2019. Lire la suite »

Renaud Garcia, Une commune humanité contre le capitalisme technologique, 2020

Déjà six mois que le virus est apparu, déjà deux que nous vivons reclus chez nous. Pendant ce temps, l’État centralisateur tel un état-major commande la population qui, d’un côté, l’appelle à l’aide tout en pointant ses erreurs et manquements, et de l’autre, s’auto-organise à différentes échelles en rêvant de lendemains qui chantent. Qu’est-ce que l’anarchisme nous dit de la situation ? Renaud Garcia, professeur de philosophie dans un lycée à Marseille, anarchiste et décroissant répond à nos questions.

 

Une stratégie de choc numérique

Martin Paquot : « Nous sommes en guerre », affirme Emmanuel Macron le 16 mars 2020. Depuis, la police patrouille, le couvre-feu est imposé ici et là, se déploie la surveillance numérique. Des stratégies de la peur mises en place par les autorités. Pourquoi, selon vous, la démocratie occidentale adopte-t-elle de tels moyens ? Qu’en est-il des libertés individuelles ?

Renaud Garcia : Difficile de répondre à la question « pourquoi », si tant est que l’on puisse trouver une réponse satisfaisante sous le déluge d’informations.

Des stratégies de la peur ? Sans doute. La situation des deux derniers mois ressemblait à une variante numérisée de cet état de guerre de tous contre tous, pas nécessairement déclarée, seulement larvée, que le philosophe Hobbes concevait au XVIIe siècle : chaque particule réputée contagieuse confinée dans son espace privé, des relations sociales régies par la hantise et la crainte, sous la puissance tutélaire de l’État. Lire la suite »

Écran Total, Des lits, pas des applis!, 2020

Les services de réanimation des hôpitaux sont actuellement surchargés, pour plusieurs raisons : parce que les malades atteints le plus gravement par le Covid-19 nécessitent un séjour très long, trois semaines, parfois un mois ; parce que le nombre de lits d’hôpital et de personnel est en constante diminution depuis des décennies, et enfin parce que la politique de prévention est presque inexistante (elle se limite au confinement, faute de mieux – et de tests).

Malgré tout, l’hôpital a « tenu ». Pourquoi ? Un peu grâce au confinement, un peu parce qu’on a réorienté certains malades depuis les régions les plus touchées par le coronavirus vers celles qui l’étaient moins, beaucoup grâce à l’abnégation du personnel, et aussi, et peut-être surtout, parce que la technocratie a, contrainte et forcée par la situation, desserré sa contrainte sur l’organisation du travail à l’hôpital et laissé un peu de marge de manœuvre aux soignants. Lire la suite »

Écran Total, Ne laissons pas s’installer le monde sans contact, 2020

Appel au boycott de l’application Stop-COVID19

 

Ne nous y trompons pas, la distance sociale a commencé il y a des années.

Du point de vue sanitaire, l’épidémie de COVID-19 mettra du temps à livrer tous ses mystères. Le brouillard qui entoure l’origine de la maladie, sa diffusion et sa létalité ne pourra se dissiper que lorsqu’elle cessera de frapper dans autant de pays à la fois. A ce jour, personne n’a l’air de savoir quand une telle accalmie se produira. D’ici là, pour continuer de vivre, nous ne devons ni sous-estimer, ni surestimer cette épidémie en tant que telle.

Par contre, ce que nous sentons très clairement, c’est que la crise sanitaire a des chances importantes de précipiter l’avènement d’un nouveau régime social : un régime basé sur une peur et une séparation accrues, encore plus inégalitaire et étouffant pour la liberté. Si nous prenons la peine de lancer cet appel, c’est que nous pensons que cela n’est pas joué d’avance et que des possibilités vont se présenter, pour les populations, de l’empêcher. Mais alors que nous, simples citoyens, ressentons violemment la fragilité de nos existences face à la menace du virus et d’un confinement long, l’ordre politique et économique en vigueur semble, lui, à la fois ébranlé et renforcé par la secousse en cours. Il paraît en même temps fragile, et très solide sur ses bases les plus « modernes », c’est-à-dire les plus destructrices socialement. Lire la suite »

Il n’y a pas de «continuité pédagogique»: éteignez les tablettes!, 2020

Confinement oblige, l’Éducation nationale invite à la « continuité pédagogique », possible grâce au numérique. Or, selon les auteurs de cette tribune, « la pédagogie virtuelle n’existe pas », et « seuls les élèves éveillés, enfermés avec des parents désœuvrés au fort niveau d’études vont bénéficier d’une pédagogie efficace : l’instruction en famille ».

 

Alors que le pays se claquemure et bascule dans la vie virtuelle, l’Éducation nationale invite à la « continuité pédagogique ». En clair, comme dans tous les secteurs, accélération de la numérisation : plateformes, tablettes, webcams, classe virtuelle, espaces numériques de travail, WhatsApp, Pearltrees, etc.

Cela dans un contexte où vont simultanément augmenter l’isolement et la promiscuité, où ont toutes les chances de se multiplier incompréhensions, conflits, angoisses et dépressions. Lire la suite »

Matthieu Amiech, Le confinement amplifie la numérisation du monde, 2020

Apéros Skype, soirées Netflix, militantisme 2.0… La numérisation du monde est en marche. Pour éviter que l’épidémie de coronavirus nous fasse « basculer dans la civilisation du sans contact », il faut réfléchir à « desserrer l’étau numérique sur nos vies », estime Matthieu Amiech dans cet entretien.

 

Reporterre — Comment traversez-vous cette période ? 

Matthieu Amiech — Au-delà des multiples difficultés personnelles que la situation entraîne, on sent qu’on vit un moment crucial. Cette crise sanitaire et économique peut favoriser de nouvelles éruptions de colère populaire, aussi bien que le basculement durable vers un ordre social plus autoritaire. Une épidémie, c’est un moment propice à la centralisation accrue du pouvoir politique et administratif, un moment où la peur peut être source de solidarité mais aussi de conformisme, d’appels à la répression. Il est difficile de critiquer les mesures d’exception qui sont prises, voire de continuer à réfléchir par soi-même, indépendamment du tourbillon d’informations et de commentaires. Lire la suite »