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Posts Tagged ‘écologie’

Jean-Baptiste Fressoz & Fabien Locher, L’agir humain sur le climat et la naissance de la climatologie historique, 2015

16 septembre 2018 Laisser un commentaire

Résumé

L’idée d’un changement climatique, causé par l’homme ou par des facteurs naturels, s’est imposée peu à peu, au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. La climatologie historique a émergé, dès cette époque, pour l’étudier grâce à un regard rétrospectif sur les registres météorologiques, les sources historiques, les végétations anciennes et l’évolution des fleuves et des glaciers. Dès 1671, Robert Boyle recommande d’observer le temps pour étudier l’action humaine sur le climat. Des enjeux multiples ont contribué à cette historicisation : la colonisation de l’Amérique du Nord et la comparaison transatlantique des climats ; l’essor d’un discours historique mêlant processus de civilisation des peuples et amélioration climatique ; le projet des monarchies éclairées d’améliorer le climat ; la volonté de percer le mystère des cycles météorologiques ; et enfin l’émergence d’une conception historiciste de la nature (la géologie, les théories de la Terre). Les théories influentes de Richard Grove et Dipesh Chakrabarty sur les liens entre histoire, climat et réflexivité environnementale des sociétés sont ici réinterrogées. Lire la suite…

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Jean-Baptiste Fressoz, Biopouvoir et désinhibitions modernes, 2013

16 septembre 2018 Laisser un commentaire

La fabrication du consentement technologique au tournant des XVIIIe et XIXe siècles

Résumé

La notion foucaldienne de biopouvoir permet de retourner la question mal posée de la « prise de conscience environnementale » et de ses origines historiques. D’une part elle souligne que la politisation de l’environnement possède une longue histoire puisant certaines de ses racines dans la biopolitique, dans la gestion conjointe des environnements et de la santé des populations ; de l’autre elle focalise le regard historien sur l’imposition technologique et la résorption de sa critique. Trois exemples de désinhibitions modernes au tournant des XVIIIe et XIXe siècles sont étudiés : le basculement des étiologies médicales de l’environnemental au social, l’application de la notion de risque à la gestion de la vie, la définition expertale des caractéristiques du vaccin après 1800. Lire la suite…

Carolyn Merchant, Exploiter le ventre de la terre, 1980

27 juin 2018 Laisser un commentaire

La domination de la terre par la technologie et l’avènement corrélatif de l’image du monde comme Machina ex Deo furent les grandes caractéristiques de la révolution scientifique des XVIe et XVIIe siècles. Au cours de cette période, ces deux concepts de mécanisme et de domination de la nature sont devenus les concepts clés et les représentations prédominantes de notre monde moderne. La conception organique qui a prévalu depuis les temps anciens jusqu’à la Renaissance, dans laquelle le principe féminin jouait un rôle positif significatif, fut graduellement sapée et remplacée par un état d’esprit technologique qui se servait des différents principes féminins en les exploitant 1. Parallèlement à la mécanisation croissante de la culture occidentale au XVIIe siècle, la terre nourricière et cosmique a été remplacée par la machine. Lire la suite…

Radio: Guillaume Pitron, La Guerre des métaux rares, 2018

27 juin 2018 Laisser un commentaire

Interview de Guillaume Pitron qui présente son livre La Guerre des métaux rares, la face cachée de la transition énergétique et numérique paru aux éd. Les Liens qui Libèrent, 2018. Ce livre, fort bien documenté, est très intéressant pour saisir les enjeux écologiques et géopolitiques autour des métaux rares. Concernant la prétendue « transition énergétique », il permet de comprendre toute l’esbroufe et le caractère mensonger de ce concept ; en fait de transition, c’est seulement la pollution due à la production d’énergie qui est délocalisée dans les pays producteurs des métaux rares. Lire la suite…

Recension : E. Huzar, La Fin du monde par la science, 1855

10 juin 2018 Laisser un commentaire

Eugène Huzar et l’invention du catastrophisme technologique

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Eugène Huzar, La Fin du monde par la science, 1855

(textes choisis et annotés par Jean-Baptiste Fressoz et François Jarrige, postface de Bruno Latour)

éd. È®e, 2008, 160 pages.

Résumé

En 1855, paraît La fin du monde par la science. Son auteur : un avocat obscur au nom d’Eugène Huzar ; son originalité : proposer la première philosophie catastrophiste du progrès technologique. Huzar nous intéresse aujourd’hui en tant que symptôme : à l’encontre du grand récit postmoderne, il nous montre que la modernité positiviste qui aurait pensé les techniques sans leurs conséquences lointaines semblait déjà caduque lors de la révolution industrielle. Découvrir l’œuvre de Huzar aujourd’hui nous force à penser la réflexivité environnementale des sociétés de la révolution industrielle.

« La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle ne se réalise ; et se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarme en leur rappelant que le pire ne s’est pas réalisé serait le comble de l’injustice : il se peut que leur impair soit leur mérite. »

Hans Jonas, Le Principe responsabilité, 1979 (trad. fr. éd. Flammarion, 1995, p. 233.)

En avril 1855, à Paris, alors que la foule se presse au Palais de l’Industrie pour y admirer machines et inventions, paraît un petit ouvrage au titre énigmatique, La Fin du monde par la science. L’auteur, un avocat obscur au nom d’Eugène Huzar, propose ce qui constitue vraisemblablement la première théorie du catastrophisme technologique. Le livre est un succès et deux ans après, Huzar développe sa théorie dans L’Arbre de la science 1. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, La main invisible a-t-elle le pouce vert ?, 2016

10 juin 2018 Laisser un commentaire

Les faux-semblants de « l’écologie industrielle » au XIXe siècle

Le capitalisme entend dorénavant se nourrir de lui-même. Les élites économiques et politiques rêvent d’une « écologie industrielle », d’une « économie circulaire », d’un capitalisme coprophage se sustentant des résidus de sa seconde nature. Selon la Commission européenne :

« L’Europe n’a d’autre choix que d’opérer une transition vers une économie circulaire régénérative. » 1

Sous des appellations diverses (industrial ecology, industrial symbiosis, circular economy, cradle to cradle, etc.) différentes approches visent à optimiser la circulation de matière dans l’économie afin de minimiser intrants et déchets [pour une présentation d’ensemble, voir Ayres & Ayres 2002, Buclet 2011]. Un présupposé central de l’écologie industrielle, surtout dans sa version néolibérale, est que la perte de matière ou d’énergie dans l’environnement représente également une perte financière pour l’entrepreneur. Ce principe d’équivalence des pertes (matière = argent) présente l’intérêt de relier écologie et profit [Anderson & Donald 2001].

Cet article étudie l’émergence du recyclage industriel et sa fonction politique au début du XIXe siècle 2. Dès cette époque, en effet, le recyclage industriel a joué un rôle fondamental pour désamorcer les contestations environnementales nombreuses qui entouraient les premières usines chimiques. Les entrepreneurs et les économistes insistaient sur la congruence naturelle entre la réduction des pollutions et l’augmentation du profit. L’intérêt d’exhumer l’ancienneté de cette promesse, de souligner sa répétition à deux siècles et une crise environnementale globale d’écart est de questionner le rêve d’une main invisible gérant de manière optimale les flux de matières. Lire la suite…

Anselm Jappe, Capitalisme, 2018

Le capitalisme a toujours aimé se présenter comme une forme d’ « ouverture ». Son discours regorge de métaphores sur l’ouvert. Il faut ouvrir de nouveaux marchés et désenclaver les derniers territoires pas encore suffisamment reliés aux centres capitalistes. On cherche des employés avec une mentalité ouverte, et il faut surtout éviter les réalités qui se renferment sur elles-mêmes. La révolution scientifique du XVIIe siècle, une des bases historiques du capitalisme, a été définie comme le passage du « monde clos à l’univers infini », et le colonialisme a été décrit comme l’ouverture des Européens vers le reste du monde. Les villes ont abattu leurs murs, et les frontières, douanières et autres, ont été abolies peu à peu. Être ouvert aux nouveautés est la condition sine qua non pour participer à la société capitaliste, et l’autodéfinition préférée du capitalisme comme « société ouverte » lancée par Karl Popper. Lire la suite…

Radio: Jean-Baptiste Fressoz, L’apocalypse joyeuse, 2013

24 avril 2018 Laisser un commentaire

Une histoire du risque technologique

Introduction

Les petites désinhibitions modernes

Ce livre étudie les racines historiques de la crise environnementale contemporaine. Il s’agit d’une enquête sur le passé de l’agir technique, sur les manières de le penser, de le questionner, de le réguler et, surtout, de l’imposer comme seule forme de vie légitime. Il décortique des pouvoirs, des torsions subtiles du réel et certaines dispositions morales qui, au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, nous ont fait prendre le chemin de l’abîme. Il démontre que le « siècle du progrès » n’a jamais été simplement technophile. L’histoire du risque technologique qu’il propose n’est pas l’histoire d’une prise de conscience, mais l’histoire de la production scientifique et politique d’une certaine inconscience modernisatrice. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, Pour une lecture politique des systèmes énergétiques, 2014

5 avril 2018 Laisser un commentaire

Timothy Mitchell, Carbon Democracy. Le pouvoir politique à l’ère du pétrole, traduit de l’anglais par Christophe Jaquet, Paris, La Découverte, 2013, 280 p.

Les systèmes énergétiques auraient-ils des propriétés politiques ? Le livre de Tim Mitchell, récemment traduit en français, propose une relecture de l’histoire du XXe siècle par le prisme du pétrole.

En dépit de son titre, Carbon Democracy raconte l’histoire de la lutte contre la démocratie au XXe siècle. La thèse principale, désormais célèbre 1, est que les propriétés physiques différentes du charbon et du pétrole ont façonné des « formes de vies » collectives très contrastées : à la fin du XIXe siècle, dans les pays industrialisés, le charbon a permis aux ouvriers d’obtenir des avancées sociales et démocratiques majeures ; à l’inverse, au Moyen-Orient, au XXe siècle, la fluidité du pétrole a privé les ouvriers d’un point d’appui technologique essentiel pour asseoir leurs revendications. Tim Mitchell invite à lire la démocratie non comme une idée, un mouvement social ou l’histoire de luttes politiques, mais comme un ensemble de vulnérabilités technologiques des oligarchies face au sabotage. Lire la suite…

Radio: La fête du vent à l’Amassada, 2017

7 février 2018 Laisser un commentaire

L’éolien industriel, faussement écolo mais vraiment répressif

L’éolien industriel s’appuie sur un mensonge majeur, affirme l’auteur de cette tribune : il serait une énergie parfaitement « verte », « propre », « renouvelable ». Les mécanismes de ce discours écoblanchissant ont été analysés par les militants de l’Amassada, lieu emblématique de l’opposition à l’éolien industriel. Ils sont exposés à une vive répression. Lire la suite…