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Posts Tagged ‘école’

Rodolphe Töpffer, Du progrès dans ses rapports avec le petit bourgeois, 1835

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et avec les maîtres d’école

Le progrès, la foi au progrès, le fanatisme du progrès, c’est le trait qui caractérise notre époque, qui la rend si magnifique et si pauvre, si grande et si misérable, si merveilleuse et si assommante. Progrès et choléra, choléra et progrès, deux fléaux inconnus aux anciens.

Le progrès, c’est ce vent qui, de tous les points à la fois, souffle sur la plaine, agite les grands arbres, ploie les roseaux, fatigue les herbes, fait tourbillonner les sables, siffle dans les cavernes, et désole le voyageur jusque sur la couche où il comptait trouver le repos.

Le progrès (plus qu’une figure), c’est cette fièvre inquiète, cette soif ardente, ce continuel transport qui travaille la société tout entière, qui ne lui laisse ni trêve, ni repos, ni bonheur. Quel traitement il faut à ce mal, on l’ignore. D’ailleurs les médecins ne sont pas d’accord : les uns disent que c’est l’état normal, les autres que c’est l’état morbide ; les uns que c’est contagieux, les autres que ce n’est pas contagieux. En attendant le choléra, le progrès, veux-je dire, va son train. Lire la suite…

No-TICE pour le collège, 2015

2 février 2017 Laisser un commentaire

A la rentrée 2014 nous apprenions que notre collège serait « collège connecté ». Ce qui signifie que notre établissement se voit « doté d’équipements mobiles et de ressources numériques » et que nous bénéficions « d’une formation spécifique aux usages pédagogiques du numérique » 1. En novembre 2014 le Président de la République annonçait que tous les élèves de 5° seraient dotés de tablettes dès la rentrée 2016. Il est fait de l’utilisation du numérique au collège une priorité. Le ministère de l’Education Nationale affirme qu’il veut mettre en œuvre une stratégie ambitieuse pour faire entrer l’école dans l’ère du numérique 2.

Par le numérique nous entendons, tout comme les autorités d’ailleurs, le recours aux ressources en lignes, aux sites Internet en classe et surtout l’utilisation des tablettes par nos élèves. Nous nous intéresserons moins aux vidéo-projecteurs dans le sens où ils nous servent essentiellement de projecteurs diapositives très perfectionnés. Ils n’ont jamais eu pour vocation de changer nos pratiques, notre rôle d’enseignant ni l’environnement cognitif des élèves. Les tablettes, si 3.

Si on nous a abondamment consultés sur les pratiques du numérique, notamment lors de la concertation nationale sur le numérique lancée le 20 janvier 2015, on ne nous a jamais questionnés sur la pertinence de son utilisation et de sa massification. Comme si le bien fondé du numérique au collège allait de soi. Lire la suite…

Radio: Le progrès m’a tuer

9 décembre 2016 Laisser un commentaire

Dans la série Racine de Moins Un, émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle, en voici une nouvelle sur le thème de la technique et du progrès.

Je vous propose d’écouter d’abord une conférence de l’historien Jean-Baptiste Fressoz, intitulée Technologie et progrès, qu’il commence en retraçant « l’histoire de cette idée étrange selon laquelle on ne croit plus au progrès » :

« Une des tarte à la crème de la philosophie et de la sociologie actuellement, c’est l’idée qu’il y aurait eu une époque mythique, le XIXe siècle qui aurait eu confiance dans le progrès, dans la technique, et nous, à partir de la fin du XXe siècle, beaucoup plus éclairés, nous aurions pris conscience des dégâts du progrès, nous serions devenus “réflexifs”, selon le terme consacré par le sociologue allemand Ulrich Beck avec son ouvrage La Société du risque ; la modernité questionne maintenant sa propre dynamique et l’on serait capable de critiquer la technique, de prendre conscience des impacts de l’industrialisation sur nos modes de vie et sur l’environnement. »

Jean-Baptiste Fressoz, Technologie et progrès,
conférence donnée à la Fondation Copernic, janvier 2014.

Ensuite je présente un certain nombre d’ouvrages parus récemment sur ces thèmes.

D’abord, un grand classique Lewis Mumford, Technique et civilisation (1934), réédité cette année dans une nouvelle traduction et une mise en page généreuse et agréable par les éditions Parenthèses de Marseille. Une grande fresque historique comme sait en faire cet écrivain américain (voir par exemple La Cité à travers l’histoire, éd. Agone ou Les Transformations de l’homme, éd. Encyclopédie des Nuisances, en attendant prochainement Le Mythe de la machine) sur les évolutions techniques et leurs répercutions sociales à travers l’histoire, essentiellement occidentale.

Ensuite David Noble, Le progrès sans le peuple (1992), traduit et publié encore cette année par les éditions Agone, toujours de Marseille. Ancien professeur au prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology, USA), cet historien américain est très critique sur les évolutions récentes de la technologie. A partir de son enquête sur l’automatisation des machines-outils utilisées dans le façonnage des métaux, il livre une réflexion curieuse et intéressante sur la fascination qu’exerce la machine automatique sur les ingénieurs et les patrons, et nous met en garde sur les conséquences de la mise en place de ce qu’il estime être en fait « machine de guerre contre les ouvriers ».

Encore ensuite, je présente l’ouvrage coordonné par le mensuel La Décroissance, Le Progrès m’a tuer, leur écologie et la nôtre, publié conjointement par les éditions L’Échappée et Le Pas de Coté. C’est un recueil de textes réunis à l’occasion du contre sommet organisé par La Décroissance lors de la COP 21, et qui finalement n’a pas eu lieu pour cause d’attentats. Critique du développement, durable ou non, de la croissance, du capitalisme, de la technologie, de l’endoctrinement publicitaire, du néo-colonialisme, etc., mais aussi un chapitre de propositions pour « en sortir ».

Enfin, je termine avec un survol de l’ouvrage de l’ingénieur Philippe Bihouix, et de la journaliste Karine Mauvilly, Le Désastre de l’école numérique (éd. du Seuil). Nous avons déjà relayé dans nos colonnes la critique de l’école numérique, projet phare du gouvernement Hollande, voici un livre de plus sur le sujet qui aborde les différents aspects de la chose. Il contient un retour historique assez curieux: depuis l’invention de ce que l’on appelait il n’y a encore pas si longtemps les diapositives (souvenez-vous, les photos prises avec un appareil argentique que l’on projetait en grand sur un mur avec une lampe…) au siècle dernier, toutes les nouvelles techniques (radio, cinéma, télévision, etc.) ont suscité leur lot d’enthousiasme pour un enseignement ludique et sans peine. Et maintenant, le numérique ; rien de neuf sous le soleil, donc.

Bonne écoute !

Tranbert

Téléchargez et écoutez sur le site de Radio Zinzine l’émission :

Le progrès m’a tuer

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Racine de moins un, une émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle sur Radio Zinzine.

Appel de Beauchastel contre l’école numérique

11 septembre 2016 Laisser un commentaire

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Une journée dans l’école numérique

Ma journée d’école commence, la sonnerie vient tout juste de retentir, je rentre dans ma salle de cours et déjà je m’interroge : dois-je accueillir la classe en disant bonjour aux élèves ou me tourner vers mon écran pour effectuer l’appel électronique ? Dans un souci de « diversification de mes pratiques », dois-je capter le regard des élèves à l’aide de l’écran de mon vidéoprojecteur, vérifier la mise en route de toutes leurs tablettes ou décider de me passer de tout appareillage numérique ? Alors que la séance se termine, prendrons-nous le temps de noter le travail à effectuer à la maison ou dois-je renvoyer chaque élève devant son écran pour consulter le cahier de textes numérique que je remplirai en fin de journée ? C’est la pause du repas ; à la cantine, que penser de ce flux d’élèves identifiés par leur main posée sur un écran biométrique et du bip régulier de la machine signalant son aval à leur passage ? Ces enfants dans la cour scrutant sans cesse leur téléphone, ces surveillants et ces professeurs derrière leur ordinateur, tout ce monde se disant parfois à peine bonjour, est-ce cela le progrès ? En fin de journée, dans la salle des profs, dois-je, toujours face à mon écran, trier mes courriels administratifs et remplir le cahier de textes numérique, ou ai-je encore le temps d’échanger de vive voix avec mes collègues sur le déroulement de cette journée de classe ? Lire la suite…